Posts Tagged ‘Viviane’

Viviane 27

Posted in Oulibouf on août 10th, 2018 by gerard – 2 Comments

Et voilà braves gens ! Nous avons ci-après le dernier épisode de « Viviane ». Grand merci à celui qui a su entretenir de bout en bout notre intérêt pour cette sympathique héroïne, énormes félicitations aussi pour le style; c’est une écriture qu’on a plaisir à lire. Bravo Raimondo !

27e épisode

Chapitre 2 : Courriers divers

Ce matin là, une secrétaire de l’Etude vint remettre à Maitre Montillac un courrier qu’elle n’avait pas  décacheté : une grande enveloppe kraft, sur laquelle figurait la mention « Personnel » indiquant que ce pli particulier, contenait des documents qui, à priori ne devaient pas être traité par le secrétariat. Demeuré seul dans son bureau, le notaire ouvrit ce courrier assez pesant sur lequel ne figurait pas le nom de l’expéditeur. Il en tira d’abord, une lettre manuscrite, dont il prit aussitôt connaissance, avant de s’intéresser aux autres documents qui l’accompagnaient.

Maître,        

Des circonstances particulières me contraignent à prendre certaines décisions qui pourront vous paraitre singulières mais que j’ai prises après mures réflexions.

Lorsque vous recevrez ce courrier, j’aurai quitté Toulouse, et avant mon départ, pour une destination qui importe peu, je fais une fois encore appel à vous et aux services de votre Etude notariale afin de régler certaines affaires qui requièrent vos compétences.

Vous trouverez ici, outre cette présente lettre qui précise ce que j’attends de vous, des courriers sous enveloppe cachetées sur lesquelles figure le nom de divers destinataires. Vous voudrez bien remettre ces plis à qui de droit, les priant d’en prendre connaissance hors de votre présence ; vous voudrez bien  leur signaler la date d’un prochain rendez vous en votre Etude. Ce jour là vous prendrez connaissance, et en leur présence ferez lecture de la lettre incluse sous l’enveloppe verte ci-jointe, qui vous est spécialement destinée, mais dont vous ne découvrirez le contenu qu’en leur présence.

Votre cliente qui a tissé avec vous et vos enfants, des liens d’amitié,

Viviane Jacquet. 

Le notaire rangea dans son coffre fort l’enveloppe de couleur verte sur laquelle figuraient son nom et la mention : « A n’ouvrir que plus tard, en présence de témoins Il trouva  également  trois enveloppes portant le nom des destinataires : Dorothée Montillac, Marc Montillac,  Madame  Adeline Soubise, la gérante du commerce de lingerie, propriété de Viviane.

Dans les heures qui suivirent, Maître Montillac se chargea personnellement de remettre ces lettres à qui elles  étaient destinées, veillant scrupuleusement à ce qu’elles ne soient pas ouvertes en sa présence.

***

 Ma chère Dorothée,

Avant que de quitter définitivement Toulouse, pour des raisons personnelles, je tiens à te dire combien j’ai apprécié l’aide que tu m’as apportée, depuis que mes problèmes d’héritage m’ont amenée en cette belle cité.  Il s’est créé entre nous une très sincère amitié que je suis heureuse d’affirmer en ce pli, le dernier sans doute.

En me confiant le secret de ton attirance, de ton amour devrais-je dire, pour Jeanne, tu m’as montré que je comptais pour toi et que nos rapports dépassait le cadre des affaires pour confiner celui de l’amitié, d’une amitié sincère que j’ai appréciée plus que tu ne saurais le penser.

J’ai eu avec ton père, une conversation au sujet de ton avenir et donc du mariage qu’il envisage pour toi. De toute évidence, c’est un projet dans lequel l’argent apporté par le « futur » entre en ligne de compte, sans même que l’on ait jugé utile de solliciter ton avis. Et puisqu’il s’agit d’argent, sache que le problème financier est sur le point de se résoudre et j’en suis très heureuse. Ceci étant, c’est à toi désormais de prendre ton destin en main et de décider qui sera à tes côtés dans ta vie professionnelle. Je n’ai pas d’avis à te donner, je ne m’en sens ni le droit, ni la compétence ; seul ton bonheur me préoccupe, et c’est à toi de  définir quelle forme il doit prendre.

Ton amie Viviane, qui ne t’oublie pas et te souhaite un bel avenir heureux.

Dorothée relut cette lette à plusieurs reprises. Elle fut bien sûr touchée par son caractère intime mais demeura perplexe sur certaines assertions par trop sibyllines qu’elle contenait.  Elle décida de s’en ouvrir à Jeanne qui, comme elle, ne pu apporter une quelconque lumière, sinon le fait de songer à l’élimination d’un « futur » plutôt indésirable. Cette charmante perspective, poussa les amantes à des embrassades de contentement ; d’intimes baisers amoureux furent échangés, les mains s’égarèrent à la recherche des recoins secrets de leurs corps. Bientôt les robes furent ôtées, la lingerie voltigea à travers la pièce et les deux femmes se chérirent avec passion, serrées l’une contre l’autre pour atteindre le délirant orgasme qui les fit feuler de plaisir.

***

Marc, mon cher amour,

C’est la première fois que je m’adresse à toi avec cette tendresse, usant de ces mots qui d’ordinaire, ne sont pas courant entre amants. C’est à dessein que je les emploie,  t’avouant qu’après nos premières effusions où seul le plaisir prévalait, j’ai ressenti naitre en mon cœur le bienheureux sentiment d’une femme passionnée qui découvre le bonheur d’aimer. Pour moi, notre intimité devint toute autre et je me suis donnée à toi avec le sentiment que nous allions parcourir ensemble, un long et merveilleux chemin. Avec ravissement j’ai découvert que j’allais être mère. Très vite hélas, le ciel n’a pas voulu que ce bonheur me soit permis…

Tu découvriras bientôt d’autres secrets et en particulier celui qui met fin à une liaison amoureuse que je te demande de ne pas oublier ; garde en mémoire cette femme, qui à l’opposé de bien d’autres sans doute,  t’a aimé avec passion.

Lorsque cette lettre te parviendra, j’aurai quitté Toulouse emportant avec moi le magnifique souvenir d’une flamme qui, je le déplore, s’est trop rapidement éteinte.

Je t’embrasse tendrement avec toute ma passion.

C’est en pleurs que Marc tenta de joindre téléphoniquement Viviane. Il n’entendit qu’un perpétuel « bip, bip » qui retentissait continuellement de façon languissante.

***

Chère Madame Soubise,

Je suis satisfaite d’apprendre qu’il vous a été possible d’obtenir le prêt vous permettant d’acquérir mon commerce de lingerie dont vous détenez pour l’heure la gérance. Sur le point de quitter Toulouse, j’ai donné ordre à Maître Montillac d’assurer toutes les formalités de la vente qui feront de vous la légale propriétaire de ce magasin.

Nous n’aurons plus l’occasion de nous revoir mais je tiens à vous redire combien j’ai apprécié le soin et l’énergie  que vous avez apportés dans la conduite des affaires, afin que cette enseigne bénéficie d’une excellente réputation et  réponde aux désirs d’une clientèle de plus en plus importante.

***

Quelques jours plus tard  les trois bénéficiaires de ces courriers, se retrouvèrent dans le bureau de Maître Montillac, chacun ayant en l’esprit diverses pensées. Dorothée se demandait par quel miracle les choses pourraient s’arranger pour elle. Madame Soubise voyait l’avenir avec satisfaction. Quant à Marc depuis plusieurs jours, après avoir appris le départ de Viviane et la fin de  leur intime liaison, il restait sombre et muet, se demandant à quel moment il allait s’éveiller de ce mauvais rêve.

C’est avec une certaine solennité que le notaire décacheta l’enveloppe verte. Il en tira une  lettre manuscrite et constatant qu’elle ne portait pas en entête un nom de destinataire il commença à la lire à haute voix.

Après quelques années de bonheur, je vais quitter cette belle ville de Toulouse, dans laquelle j’ai eu l’occasion de  rencontrer des amis très chers qui  m’ont permis d’y vivre d’heureux moments. Malheureusement, il se produit parfois  des circonstances inattendues qui viennent perturber le déroulement des évènements et le destin, une fois de plus, a bouleversé le cours de ma vie,  m’amenant à prendre quelques dispositions concernant mes biens, dont Maitre Montillac voudra bien assurer légalement le devenir.

Madame Soubise souhaitant  acquérir mon magasin de lingerie dont elle assurait jusqu’ici la gérance remettra à Maitre Montillac le chèque d’un montant prévu pour cette transaction dans un accord écrit dont elle est dépositaire et qu’elle  remettra aujourd’hui.

Cette somme, déduction faite des frais notariés, sera remise à Marc; il  sera sans doute le premier étonné de ce legs qui évitera à Dorothée un mariage incongru avec un « futur » tombé du ciel chargé simplement de fournir la part d’héritage dévolue à Marc, a qui je lègue également ma maison.

Maitre Montillac éclaira ses auditeurs en leur faisant part des projets qu’il avait envisagés pour assurer sa succession à l’Etude. Puis il termina la lecture de la lettre de Viviane.

Je souhaite de tout cœur que Dorothée organise désormais sa vie comme elle l’entend et qu’elle ne soit pas soumise à des obligations qu’elle ne souhaite pas.

Quant à moi, je vais quitter Toulouse ainsi que la France.

Une visite auprès de mon gynécologue consécutif à une fausse couche, a détecté chez moi un mal que la science soigne encore difficilement, que pudiquement on nomme, à tort parfois, une longue maladie. Je ne me vois guère soumise à des soins pénibles et fastidieux et  je n’ai pas le courage de voir mon corps se dégrader jusqu’ à une inéluctable issue que les médecins prévoient dans un très proche avenir.

Puisque la France n’autorise pas l’euthanasie je me suis  tournée vers un pays  voisin où  la législation est plus compréhensive. J’ai donc  pris des dispositions pour qu’une association me vienne en aide pour mettre fin à mes jours. 

Mes chers amis ne cherchez pas à  retrouver ma trace ;  de tristes circonstances ont voulu que je naisse inconnue, mon souhait est de poursuivre cet anonymat dans l’au–delà. Gardez seulement le souvenir de cette Viviane à laquelle vous avez offert, en l’ultime partie de sa vie, bien des joies et des satisfactions.

Un grand silence se fit dans ce bureau notarial, souvent témoin de quelques luttes intestines ou échanges d’invective. En ce jour, après la lecture du  message de Viviane l’émotion prévalait et les larmes de chacun accompagnaient le profond silence.

On entoura Marc, à n’en pas douter, le plus touché de tous. Sans toutefois amoindrir sa peine la tendre attitude de son père, peu courante il est vrai, le réconforta quelque peu.

***

Papa,

C’est tout à fait par hasard que j’ai trouvé dans la maison de Viviane, au fond d’un tiroir, un petit journal intime, qu’elle avait peut-être caché là,  laissant aux circonstances le soin de le  faire surgir. J’ai hésité à lire cet opuscule ne voulant pas m’immiscer dans quelque secret intime qui ne m’appartenait pas,  puis je me suis persuadé que Viviane n’avait pas détruit ce journal pour que je puisse un jour en prendre connaissance. J’ai découvert alors un secret que tu lui avais confié, concernant mon origine : tu doutais être génétiquement mon père.

Il ne manque pas actuellement de moyens scientifiques pour s’en assurer, mais  je ne  vois pas l’utilité d’un tel recours. Si  des incertitudes ont pu t’assaillir, sache que pour moi,  tu restes mon Papa, celui qui m’a donné une enfance heureuse dans un climat serein. Je n’ai pas toujours été le garçon idéal que tu aurais aimé avoir et mon caractère frivole a dû souvent t’importuner. Tu restes cependant pour moi, le père que je suis heureux d’avoir eu.

Je voulais te dire tout cela avant de rejoindre  la  Grande-Bretagne où avec quelques amis nous allons monter un groupe musical, projet qui depuis longtemps me tient à cœur.

Ton fils, Marc. 

Heureux d’avoir transmis à son père son message d’amour  filial, Marc songe a son avenir. Peut-être aura-t-il un jour une fille, qu’il prénommera  Viviane et à laquelle il contera l’histoire de cette femme exceptionnelle qui a côtoyé sa vie durant quelques mois.

Mais ceci est une autre histoire.

FIN

Viviane 26

Posted in Oulibouf on juin 10th, 2018 by gerard – 2 Comments

26e épisode et CINQUIEME PARTIE

L’implacable destin vient parfois perturber le cours des évènements.
Les descendantes de la Viviane médiévale auraient pu perdurer au fil des siècles trouvant une lointaine parenté dans l’époque actuelle ; peut-être aurait-on pu trouver un lien entre cette lointaine aïeule et la Viviane issue de cette inconnue de Ladinhac qui lui donna le jour. Hélas le sort en a voulu autrement ; la jolie Viviane, fille de Matteo Rosselli n’a pas eu de descendance. Cloitrée chez les clarisses d’Assises, elle n’a pas, comme celles qui l’ont  précédée, connu ni les transports de l’amour ni le bonheur de l’enfantement. La belle histoire de nos Viviane se termine en la seconde moitié du XVIIe siècle dans la cité Ombrienne  où naquit un certain François.
Il ne reste à notre curiosité que cette Viviane vivant désormais à Toulouse et qui ce jour, a retrouvé avec plaisir, Marc, le fils du notaire, Maître Montillac. 

Chapitre1 : Conversations diverses 

–        Tu es toujours aussi bandante !
–        Et toi, tu manques toujours de romantisme lorsque tu fais un compliment à une femme.
–        Mais enfin, pourquoi dis-tu cela ? Touche  ce sexe qui s’érige  en te voyant,  n’est-il pas la preuve de l’effet bandant que tu lui procure ?
–        J’en conviens, mais enfin tu pourrais t’exprimer de façon plus élégante : dire tout simplement que tu me trouve jolie par exemple.
–        Oui. Mais sache que j’ai connu bien des  jolies filles qui n’étaient pas bandantes, avec lesquelles j’ai expulsé mon trop-plein d’énergie sans avoir l’envie folle de leur apporter un peu de joie, si tu vois ce que je veux dire.
–        Oui  je vois, je ne suis pas débile : tu me trouves toujours à ton goût et tu as envie de t’envoyer en l’air avec moi, me gratifiant de ces gentillesses qui autrefois nous ravissaient tant ; je dis bien « autrefois » car je te signale que cela fait trois mois que tu n’as pas donné signe de vie. Je suppose que tu n’avais pas besoin de moi et qu’un joli tendron a fait place à la Viviane peut-être trop mûre pour toi.
–        Là, tu es injuste. Sache que j’étais à l’étranger accompagnant un groupe musical avec lequel j’ai quelques projets d’avenir. Je suis impardonnable de ne t’en avoir pas avisée ;  tu me connais, il m’arrive parfois de me montrer négligent, mais crois-moi, tu n’as jamais quitté mon esprit. D’ailleurs, dès mon retour, donc depuis hier, je t’ai contactée aussitôt afin de te revoir.
–        Tu avais envie de quelques gâteries ?
–        Là, c’est toi qui deviens vulgaire. Oui j’avais envie de te revoir. Oui j’avais envie de faire l’amour avec toi, de te serrer dans mes bras, de t’aimer, tout simplement.
–        J’aime ces douces paroles. Tu sais parfois être romantique et cela fait du bien. Viens.
Et ils firent l’amour ; plusieurs fois.
–        Au cours de ces trois mois, tu n’as pas eu quelques tentations ?
–        Pour être honnête, quelques unes ; il faut bien que le corps exulte, comme l’a chanté le poète. Et toi ?
–        Aucune.
–        Par fidélité ?
–        Va savoir…
Et ils refirent l’amour ; plusieurs fois.
–        Je t’ai manqué ?
–        Disons que le soir, seule dans ma couchette,  ton absence s’est souvent fait ressentir…
–        Serais-je indiscret en te demandant comment tu as palier cette privation ?
–        Oui… 
Et ils s’endormirent jusqu’au petit matin. En catimini, Marc s’éclipsa assez tôt laissant un petit mot : « Au fait, ma sœur Dorothée aimerait te voir… »

***

–        Allo Dorothée ? C’est Viviane. Ton frère m’a dit que tu voulais me voir.
–        Oui. J’ai besoin de ton avis et de tes précieux conseils pour une affaire importante.
–        Tu veux que je passe à ton bureau.
–        Surtout pas ; à l’étude, il y a trop de va et vient et trop d’oreilles indiscrètes. Je propose qu’on se retrouve dans un petit restau.
–        Pourquoi pas. On va chez Angelo ?
–        Heu…oui.
–        Ou ailleurs si tu ne goûte pas la cuisine italienne.
–        Non je ne suis pas contre la cuisine italienne  mais je n’aime pas trop quand Angelo me passe la main dans le dos et la fait glisser jusqu’à mes fesses.
–        Ce n’est là qu’un geste d’amitié…
–        Que je n’apprécie pas toujours. Mais enfin, va pour Angelo.
Elles se retrouvèrent donc chez Angelo, qui bien sûr les accueillit d’une main on ne peut plus chaleureuse. 
–        Un saltimbocca à la romana
–        Une escalope milanaise ; sans oublier le pichet de lambrusco.
C’est en prenant le café après la dégustation du tiramisu que Dorothée fit part de ce qui la préoccupait.
–        Mon père souhaite que je me marie.
–        Je suppose qu’il tient comme tous les parents à voir ses enfants installés pour faire leur vie.
–        Il souhait surtout me laisser son Etude et partir à la retraite.
–        Et en quoi cela pose-t-il  problème ?
–        Parce qu’il veut, pour m’assister,  me faire épouser le fils d’un de ses amis notaires, un blanc-bec pas très affable doté d’un strabisme assez prononcé.
–        Oui effectivement, le candidat n’inspire pas, à priori, l’enthousiasme. Mais toi-même, tu dois bien avoir des amis dont tu te sens proche avec lesquels tu aimerais bâtir un avenir.
–        Bien sûr, et c’est là où les choses se compliquent. J’ai connu à la fac un être d’exception avec lequel se sont ourdis des liens d’amitié puis d’intimité qui ne se sont pas démentis au fil des années.
–        Alors où est le problème ?
–        Le personnage en question, cher à mon cœur, se nomme Jeanne et je doute que mon père puisse apprécier les liens intimes qui se sont tissés entre nous.
–        Je vois.
–        Non seulement Jeanne est en matière de Droit un puits de science, mais dans l’intimité j’ai ressenti avec elle d’intenses frissons que les hommes n’ont pas toujours été à même de me procurer
–        En d’autres termes, tu es devenue homosexuelle.
–        Je ne sais pas si je suis devenue homosexuelle ou lesbienne ou comme tu voudras, tout ce que je sais : j’aime, je suis amoureuse, Jeanne m’apporte tout ce qu’un cœur souhaite et tout ce qu’un corps peut désirer.
–        Et à par moi, n’as-tu pas eu l’occasion d’en parler avec d’autres, à ta mère par exemple ?
–        Elle est bien la dernière à qui j’en parlerais. Ma mère a passé sa vie à dépenser les revenus procurés par l’Etude notariale et à batifoler avec de multiples amants. Ses enfants ont été élevés par des bonnes et se sont instruits dans des internats pour bourgeois nantis. Ce n’est pas à toi que j’apprendrais ce qu’est la jeunesse d’un enfant privé d’une mère.
–        Ceci étant, j’ai pour toi la plus grande estime et je tiens à te le montrer en tentant une démarche auprès de ton père.
Les deux amies quittèrent le restaurant en tapotant les fesses d’Angelo, qui n’apprécia pas ce geste, somme toute réservé aux hommes,  mais  fit sourire quelques clientes qui le remarquèrent.

***

Toulouse.
Madame, nous vous confirmons votre rendez-vous avec le Dr Durand (Gynécologue), mardi prochain à 16h30 

*** 

–        Maitre, j’ai l’intention  de vendre mon commerce de lingerie et j’aimerais que votre Etude se charge d’assurer toutes les formalités de la transaction.
–        Cette vente laisserait-elle supposer votre départ vers d’autres lieux ?
–        Pas du tout. Je suis devenue toulousaine, la ville me ravit, je m’y suis fait des connaissances, des amis et ne cherche pas à m’en éloigner.
–        Je ne voudrais pas me montrer indiscret, mais puis-je alors  vous demander pourquoi abandonner ce commerce florissant qui vous procure de confortables revenus ?
–        Ceci ne concerne que moi. Sachez simplement que j’ai quelques projets et pour les réaliser j’ai besoin de capitaux.
–        Mais enfin, si les capitaux vous manquent, il vous est possible d’emprunter auprès des banques.
–        A un taux usuraire, vous ne l’ignorez pas.
–        A un taux que votre commerce  prospère couvrirait aisément.
–        N’insistez pas Maître. Ma décision de vendre est irrévocable, malgré les efforts que vous mettez à m’en dissuader.
–        Ma foi, je ne souhaite pas vous importuner, je me permets seulement, en ma qualité de juriste, de vous donner quelques conseils, en toute amitié.
–        Croyez bien que j’ai toujours apprécié ce que vous et votre fille  avez fait pour régler mes affaires pour le moins complexes. Et à propos de votre fille, je crois savoir que vous avez pour elle des projets matrimoniaux.
–        Vous en savez des choses ! Qui donc vous a fait part de ce projet ?
–        La principale intéressée, Dorothée, votre fille.
–        Je suppose qu’elle est venue se plaindre auprès de vous, ignorant mes efforts pour lui assurer un avenir confortable.
–        Elle ne méconnait pas la chance qu’elle a de prendre votre succession à l’Etude notariale, mais regrette de n’avoir pas son mot à dire au sujet d’une union qui ne répond pas à ses désirs.
–        Au diable les désirs ! Croyez-vous que j’ai épousé ma femme par plaisir ? Eh bien non ; mon père a mis dans mes bras une fille de notaire, assez jolie j’en conviens, porteuse de capitaux capables d’apporter à notre modeste Etude l’importance qu’une confortable dot pouvait lui procurer.
–         C’était un autre temps, les choses se réglaient ainsi autrefois ; aujourd’hui on ne résout  plus les problèmes financiers par des mariages. Et d’ailleurs, je ne sache pas à quels problèmes votre Etude est confrontée ?
–        Vous oubliez que Dorothée n’est pas la seule enfant de la famille ; il y a Marc et je veux régler ma succession tenant compte de mes deux enfants : Dorothée recevra l’Etude et Marc une somme d’argent. Je crois savoir qu’il veut monter un groupe musical et je souhaite lui fournir des capitaux afin de réaliser ce projet.
–         Et si j’ai bien compris, le godelureau aux yeux qui louchent devrait vous apporter les subsides nécessaires…
–        A la satisfaction de tous ; croyez-en mon expérience, quelle que soit l’époque, les affaires sont les affaires. Sachez que lorsque j’ai épousé la mère de Dorothée, je savais pertinemment qu’il s’agissait d’une union de convenance avec une fille bien connue dans les milieux bourgeois de la cité pour avoir une vie sexuelle assez débridée.
–        ……
–        Et pour dire le vrai, je ne suis par sûr que Marc soit génétiquement mon fils ; ce qui ne m’empêche pas de l’aimer, même si son caractère volage m’agace parfois.

***

Toulouse.
Madame, nous vous confirmons votre rendez-vous avec le Dr Durand (Gynécologue),  vendredi  prochain à 18h. 

***

–        Allo Marc, tu es libre ce soir ? J’ai envie de toi. Réponds-moi dès que tu recevras ce message.

***

Lausanne (Confédération helvétique)
Madame, nous vous confirmons votre rendez-vous avec l’un des Docteurs de notre Institut  mardi prochain à 10h.

Raimondo – A suivre

Viviane 25

Posted in Oulibouf on avril 10th, 2018 by gerard – 2 Comments

25e épisode

Chapitre 5 : Florence

Ce matin là, à Florence en Toscane, dans l’atelier du maître Matteo Rosselli, l’un de ses plus talentueux élèves, Lorenzo, s’exerçait au pastel, à reproduire un visage de femme. Son modèle était une jeune adolescente de quelques 16 années, magnifique tanagra aux cheveux blonds, qu’il avait croisé dans les rues de la ville. Certes sa beauté l’avait incité à la choisir pour modèle, mais il avait en tête quelques idées polissonnes qui n’ayant rien à voir avec la peinture. C’est la raison pour laquelle il profita de cette heure matinale où l’atelier était désert pour y attirer la jolie Carolina.

En fait, ce matin là, il ne fut pas tellement question d’art pictural ; Lorenzo se montra très vite entreprenant et son modèle, après avoir montré une certaine réserve, ne dédaigna pas les chaudes caresses qu’il lui prodiguait avec douceur et se laissa entrainer dans la magie du batifolage. Ce fut d’abord un flirt, fait de baisers et de timides frôlements ; puis la réserve s’estompant, Lorenzo dénuda un magnifique buste que la jeune fille offrit sans retenue, sans la moindre pudeur, comme si elle souhaitait cette caresse qui ne lui était pas inconnue et qui, de toute évidence, semblait la satisfaire.

Bientôt ils furent nus et sur une ottomane qui trônait dans un coin de l’atelier, ils s’apprêtaient à une plus intime étreinte, lorsque surgit soudain, le maître de séant que l’on n’attendait pas aussi tôt,  Matteo Rosselli lui-même.

En cette année 1623, Matteo a atteint en matière de peinture baroque, la maturité de son art. Ses voyages auprès des peintres flamands ou romains, en a fait un artiste de notoriété, aux œuvres renommées par les florentin en général,  les Médicis en particulier, ainsi que diverses ville de Toscane. Il a d’ailleurs en commande une série de tableaux de femmes célèbres et justement a demandé à Lorenzo de lui présenter une ébauche de la légendaire reine Sémiramis.

Au vu de son élève préféré dans une tenue sans équivoque avec cette jeune fille, le maitre entra dans une violente fureur ; il n’admettait pas qu’on se conduise de la sorte en un lieu réservé à l’Art. Certes, il avait été dans sa jeunesse un chaud lapin et un  joyeux luron avec les modèles que l’on recrutait dans les ateliers ; aujourd’hui, à la  quarantaine, il ne dédaignait pas de courtiser quelques accortes  florentines, mais avait édicté pour son atelier quelques règles de bonne conduite, dont on ne devait pas déroger. Sans même lui laisser le temps de se rhabiller, il  chassa la jeune Carolina qui dut retrouver une tenue correcte, à l’extérieur, sous les quolibets de quelques passants, fort heureusement rares en ce lieu un peu à l’écart de la cité.

On oublia l’incident pour se remettre  au travail.  Tous les élèves s’attelèrent à la tâche afin de présenter au maitre le visage de la belle Sémiramis. Lorenzo, qui tenait à faire oublier son incartade, s’ingénia à trouver le modèle idéal qui puisse satisfaire l’œil expert du maitre.

Quelques jours plus tard, alors qu’il se promenait aux abords du Palazzo Vecchio, il fut abordé par une femme élégamment vêtue, et ce qui ne gâtait rien,  fort jolie. Elle s’adressa à lui dans la langue de Dante, impeccablement,  mais avec un soupçon d’accent qui laissait supposer qu’elle pouvait être étrangère.

  • Je crois savoir que vous travaillez dans l’atelier du peintre Matteo Rosselli.
  • J’ai effectivement l’honneur d’être l’un de ses élèves.
  • Alors je pense avoir trouvé l’homme providentiel capable de  m’introduire auprès du maitre que je connais de  réputation mais que je n’ai jamais eu le loisir de rencontrer.
  • C’est avec grand plaisir que je vous conduirai auprès de lui quand vous le souhaiterez.

Rendez-vous fut pris. La femme s’éloigna. Lorenzo la suivi des yeux durant un long moment. Lorsqu’elle eut disparu dans les venelles attenantes, il  regretta de n’avoir pas eu l’idée de l’accompagner. Après réflexion, il pensa que les choses étaient mieux ainsi ; elle n’aurait peut-être pas apprécié qu’il apprenne son lieu de résidence. Elle restait donc pour lui, la belle inconnue.

***

Quelques treize années auparavant, le 14 mai 1610,  le bon roi Henri IV succombait sous le couteau de Ravaillac. La Reine Marie de Médicis, native de Florence ayant entendu dire grand bien de Matteo Rosselli, commanda la réalisation de  quelques tableaux illustrant des scènes de la vie du feu roi son époux.  Cette nouvelle se répandit, ainsi que le nom de ce peintre jusqu’ici inconnu en France.

C’est cette époque que l’Abbesse de Montmartre Marie-Catherine de Beauvilliers eut l’occasion d’entendre le nom de Matteo Rosselli. C’est à cette époque donc, qu’elle songea à ce petit cadre de bois où figurait ce nom. Elle se rendit alors au palais du Louvre où résidait la Reine veuve, devenue régente du royaume durant la minorité du jeune Louis XIII, fils ainé du roi défunt.

Les deux femmes conversèrent longuement en privé, et l’Abbesse montra  à la Reine le petit cartel de bois dont elle était dépositaire. Elle narra les circonstances qui l’avaient mise en possession de cet objet et bien sûr de l’existence de la petite Viviane.

  • Et cette Viviane qu’est-elle devenue ? demanda la Reine
  • Ayant appris la mort de sa mère, peu après sa naissance, nous l’avons  élevée dans notre couvent, depuis huit ans déjà, dans l’espoir d’en faire peut-être, une nonne.
  • Pourquoi être venue me voir aujourd’hui  et qu’attendez-vous de moi désormais ?
  • Vous êtes la seule à connaitre ce Matteo dont j’ignorais jusqu’ici l’existence ; il serait bon de lui faire connaitre sa fille.

La Reine éclata d’un rire sonore.

  • Chère Abbesse vous êtes d’une incroyable naïveté. Croyez-vous que les hommes se soucient des bâtards qu’ils ont pu engendrer ça et là ? Croyez-moi, je suis bien placée pour connaitre leur façon d’agir dans ces circonstances.

Mais devant l’air déçu de Marie-Catherine, elle fit cependant  appeler l’une de ses dames d’honneur, Giovanna, native comme elle, de Florence.

***

Lorenzo retrouva   la belle inconnue sur le Ponte Vecchio, ce pont de pierre qui enjambe l’Arno, la rivière florentine, où des bijoutiers et des orfèvres ont installé leurs échoppes. Lorenzo voulant en savoir plus sur cette femme s’adressa à elle dès son arrivée.

  • Je suis très heureux de vous revoir, mais je ne sais, ni votre nom ni les raisons qui vous poussent à rencontrer mon maitre.
  • Cela aurait-il pour vous une importance ?

Lorenzo demeura coi devant cette réflexion, laconique mais somme toute très logique. La femme se rendant compte que sa réponse abrupte  avait pu le choquer, se montra plus avenante et déclara d’une voix douce, un tantinet charmeuse.

  • Sachez que je me nomme Giovanna, que je viens du royaume de France, où je vis. Quant aux raisons qui me poussent à voir Matteo Rosselli, c’est une longue histoire, que je vous raconterai peut-être un jour….

Si vous êtes sage, ajouta-t-elle en éclatant de rire.

Giovanna rencontra donc le Maitre et d’emblée, c’était pour la visiteuse la façon de se faire connaitre, lui montra la fameuse plaquette de bois, sur laquelle figurait son nom, et l’année 1602. Une vingtaine d’années déjà… Un temps suffisant pour que certains souvenirs s’estompent mais que d’autres  demeurent et Matteo se souvint soudain de cet amourette de jeunesse qu’il avait vécu à Paris à cette époque. Aujourd’hui, ce qu’il s’était ingénié à oublier, lui revenait par la présence de cette Giovanna, porteuse de ce petit cartel en bois marqué de faits qu’il avait voulu chasser de son esprit mais qui éclataient soudain.

  • Mais enfin qui êtes-vous ? Et que signifie cette plaquette où figure mon nom ?
  • Si vous acceptez de me suivre, vous connaitrez la suite d’une histoire ancienne qui débuta à Paris dans les débuts du siècle.

Ils quittèrent l’atelier et en chemin, Giovanna dévoila peu à peu des évènements auxquels il avait été mêlé.

  • Je me nomme Giovanna et je suis née à Florence, fille adultérine du Grand Duc François Marie de Toscane et d’une jolie chambrière œuvrant au Palais Pitti. Je suis donc la demi-sœur de Marie, la fille légitime qui est devenue Elle était mon aînée d’une dizaine d’années mais une certaine amitié s’étant  créée entre nous,  lorsqu’il fut question de la marier au roi Henri IV, je fis partie de la suite qui vint avec elle en France. »
  • J’entends bien, mais en quoi cela me concerne-t-il ?
  • J’y arrive. Au début du siècle, vous êtes venu à Paris où vous avez succombé au charme d’une certaine Viviane, et, peut-être ne le saviez-vous pas, une fille appelée Viviane comme sa maman est le fruit de cette belle aventure. Cette jeune fille, votre fille, a été élevée par ma mère, au Palais Pitti, à la demande de la Reine de France. De ce fait, elle a eu l’occasion de vous croiser dans la ville et aujourd’hui, elle désire avoir un entretien avec vous. »
  • ……..

Matteo demeura muet.

Certes il se souvenait de cette jolie Viviane ; il revoyait cette femme au corps splendide avec laquelle il avait vécu de savoureux moments. Il la savait   enceinte mais s’était malgré tout éloigné d’elle sans chercher à endosser une quelconque responsabilité. Aujourd’hui, le passé le rattrapait, venant lui demander des comptes ; pour une fois, il ne s’esquiva pas et accepta de voir cette jeune femme, fruit de ses amours de jeunesse.

***

Giovanna, comme promis, revit Lorenzo ; elle lui narrer la longue histoire de Matteo Rosselli, son maitre en peinture.  Elle lui apprit également, qu’après avoir longuement conversé avec ce père tombé du ciel, Viviane, pour s’éviter la  même mésaventure que sa pauvre maman, avait décidé d’entrer dans les ordres et qu’elle était sur le point de regagner le couvent des clarisses d’Assises.

Dans la modeste chambre de Lorenzo, où tous deux s’étaient retrouvés,  un lourd silence s’instaura  à la suite de cet émouvant récit ;  pour mettre un terme à ce calme pesant, voire  lancinant, Giovanna  entreprit de lui conter sa propre vie à la cour de France auprès de la reine Marie, sa demi-sœur, du roi Henri, le Vert galant qui n’hésitait pas à lutiner les jeunes filles  qu’il croisait dans les longs corridors du Palais du Louvre.  Elle fit allusion à quelques bonnes fortunes qui meublèrent sa vie amoureuse avec de sémillants mousquetaires, ces joyeux bretteurs qui  n’attiraient pas seulement les dames avec  la beauté de leur rutilant costume…

Cette femme ravissante fascinait Lorenzo ; timide, il n’osait se montrer audacieux malgré l’envie folle qui le tenaillait de la prendre dans ses bras, de goûter à ses lèvres purpurines et de sentir dans ses paumes les généreux seins qu’un élégant décolleté mettait en valeur.  Fort heureusement les femmes savent toujours se montrer conquérantes face à un amoureux effarouché, par  trop pusillanime ; Giovanna sans rien dire entreprit un lent déshabillage, prélude aux  moments d’intense volupté que Lorenzo apprécia. Jeune encore, manquant en vérité  d’expérience,  il fut émerveillé par les caresses que cette femme lui faisait découvrir. Ils s’aimèrent à plusieurs reprises et terminèrent leur nuit, amoureusement enlacés.

Au petit matin, Lorenzo admirant Giovanna, se dit qu’il avait enfin trouvé le modèle idéal pour représenter la Reine Sémiramis.

Fin de la quatrième partie.

Raimondo – A suivre

Viviane 24

Posted in Oulibouf on février 10th, 2018 by gerard – Be the first to comment

Chapitre 4 : Paris 

Quelques années ont passé.

Viviane a atteint  la trentaine. La maturité a effacé ses traits juvéniles pour faire place à une  jolie femme que le temps a façonnée et embellie. Semblable à ces femmes de la Bible, la Salomé d’autrefois, s’est transformée en une Judith remplie   d’expérience et ce qui ne gâte rien, pleine d’attraits. Elle ne manque  pas de courtisans et répond très volontiers aux avances que sa beauté suscite.

Précisément, ce soir, dans les bras de Mattéo, son actuel amant, elle vit une passion  délicieuse  au cours de laquelle elle n’hésite pas à user d’une nouvelle caresse qui s’est répandue depuis la venue  en France de mercenaires espagnols. Viviane offre sa splendide poitrine et accueille en son sillon mammaire un sexe qui sollicite sa dose de caresse. Mattéo est jeune, plein de vie, plein d’envies. Faire l’amour avec lui, apporte à Viviane le savoureux frisson que son corps réclame sans cesse. C’est un artiste peintre en devenir ; ce florentin est  de passage à Paris avant  de rejoindre, pour parfaire son apprentissage, les ateliers flamands, dont la renommée est parvenue jusqu’en Toscane où il est né.

Viviane l’a  rencontré à Paris au cours des fêtes somptueuses données lors de la naissance du dauphin Louis, en ce mois de septembre 1601. Après l’époque troublée des luttes religieuses, Henri IV à ramené la paix et la concorde dans le royaume. Il s’est converti au catholicisme, il a octroyé l’Edit de Nantes aux protestants, on peut donc désormais songer en toute quiétude à « la poule au pot », excellente gâterie dominicale instituée par le Roi.

Marie d’Elbeuf ayant quitté son château d’Anet, Viviane ne se trouvant  plus utile en ces lieux,  décida de poursuivre sa vie dans la capitale. Après des débuts difficiles, au cours desquels elle vécut de petits métiers tout justes suffisants pour lui permettre de vivre chichement, le destin l’a conduite vers le quartier de l’Arsenal où réside le grand argentier du royaume, Sully, croisé a Anet après la bataille d’Ivry. Elle songe donc à solliciter son aide pour obtenir une audience auprès du roi. Sully l’a reconnue ; par principe, il se méfie toujours des anciennes maitresses de son maitre qui sollicitent quelques faveurs, en souvenir, voire en paiement des moments intimes qu’elles ont offerts à leur souverain. Mais aujourd’hui il  se laisse toucher par Viviane, encore plus belle qu’autrefois, du temps où elle  soigna  avec succès le brave Rambures, sauveur du roi à la bataille d’Ivry.

Sully a fait part au souverain de cette visite. Henri, se souvenant de cette gentille femme, docile, à laquelle il avait appris quelques jolies figures de l’Arétin et qui, se souvenait-il savait utiliser sa bouche avec maestria, demanda à son ami Sully de bien vouloir octroyer à Viviane une petit pension, en récompense de services rendus au royaume. L’expression fit rire le roi, mais Sully soucieux des deniers dont il avait la garde, ne partagea pas cette hilarité. Il s’exécuta néanmoins rendant la vie de Viviane plus sereine.

Ce soir, avec Mattéo, après de nombreux intermèdes amoureux, dans un moment de quiétude, elle réfléchit à la proposition que ce dernier lui a faite : l’accompagner dans son périple auprès des peintres flamands. Elle est assez favorable à ce genre de suggestion, encore que… La nuit portant conseil, et suivant son habitude elle se retourne pour dormir sur le ventre ; cette position laissant apercevoir la troublante courbure de ses reins et deux voluptueuses fesses rondes qui donnent  à Mattéo quelques libidineuses pensées.

  • — Cara mia, ton joli pétit cul, il est magnifico !… Jé peux ?
  • — Non
  • — Uné fois, jé t’en prie.
  • — Non et non, profère Viviane d’une voix ferme.

En amour, aucune caresse ne lui déplait, aucun geste  ne la rebute, sauf, celle que Mattéo désire en cet instant et qui reste l’apanage des professionnelles ou des bourgeoises qui veulent éviter une maternité lorsqu’elles s’offrent à un amant.

  • — Tou sais, cara mia, à Firenze, la signora Rénata….
  • — Tu me l’a déjà, mais ici, on est à Paris et je ne suis pas  » la signora Rénata ». Je suis ravie que mes fesses te plaisent ; j’aime quand tu les caresses, lorsque tu les couvres de tes baisers empressés, mais ne m’en demande pas plus et ne t’avise surtout pas à laisser trainer, ne serait-ce qu’un doigt, vers cet antre que « la signora Rénata » offre à tout venant.

Devant cette fin de non recevoir, Mattéo devra se contenter de lover contre ces douces et attirantes rondeurs, un sexe quémandeur. Par de doux mouvements de son corps, Viviane l’aidera à faire naitre l’exaltation qu’il recherche avant de sombrer dans un sommeil réparateur, après ces longues heures de jeux amoureux.

Quelques jours plus tard, alors que nos deux tourtereaux se préparaient à gagner la  Flandre, Viviane se rendit compte qu’elle était enceinte. Lorsqu’elle vivait auprès de Jacquotte, celle-ci lui fournissait des plantes pouvant mettre fin à une grossesse non désirée ; mais aujourd’hui elle est seule, son amie ayant quitté depuis quelques années déjà le monde des vivants.

A n’en pas douter, Mattéo est le père de cet enfant.

Tous deux s’étaient rencontrés, par hasard, sur le chantier qui faisait alors la curiosité des parisiens : l’édification d’un pont de pierre, qu’on appelait déjà le Pont Neuf, à l’extrémité de l’ile de la cité. Mis en œuvre à l’initiative du roi Henri III, les travaux avaient cessés durant la période des guerres de religion mais dès son entrée dans la capitale, Henri IV avait remis ce projet à l’ordre du jour.

Viviane avait remarqué ce beau garçon, venu se rendre compte de l’avancée des travaux et qui lui avait fait compliments sur sa beauté, sur l’éclat de son sourire, sur la blondeur de ses cheveux, sur son élégance ;  bref, il la dragua avec le savoir faire de ces éternels conquérants d’au-delà les Alpes. Les jours suivants, ils se retrouvèrent à plusieurs reprises, Mattéo se faisant de plus en plus empressé ; comme tous ces florentins il parlait avec ses mains qui, de policées devinrent entreprenantes, et une nuit ils firent plus ample connaissance sur un lit douillet. Ils échangèrent les caresses les plus tendres, les plus folles ; ils ne se quittèrent plus, évoquant même un avenir commun.

L’honnêteté de Viviane, lui faisait obligation d’annoncer à Mattéo, sa paternité, ne serait-ce que pour l’en informer. Il ne chercha à se disculper, comme auraient tendance  à le faire certains jolis-cœur, mais quelques jours plus tard, il disparut. Un gamin apporta à Viviane une missive succincte :

 » Tu aurais dû faire comme la Signora Renata… »

Cette boutade provoqua chez Viviane, un léger sourire, tout aussitôt suivi d’un rictus de tristesse. Elle avait perdu un compagnon avec lequel elle aurait aimé parcourir un bout de chemin. Sa maternité devait la rendre plus sage : elle s’abstint désormais  de tout contact avec les hommes  et lorsque ses sens la tracassaient par trop, elle s’en arrangeait comme savent si bien le faire en pareille situation tous les êtres humains quel que soit leur sexe.

Mattéo resta quelques années à Anvers dans l’atelier florissant de Brueghel le Jeune, dont les thèmes picturaux étaient à l’époque très demandés par une riche bourgeoisie commerçante. Il batifola quelque peu avec Maria, la sœur du peintre, une grassouillette flamande ayant sans doute des idées plus larges que Viviane en matière de caresses amoureuses. Cependant, Florence venant à lui manquer il déserta après quelques années les brumes du nord pour retrouver la douceur du climat toscan. L’Histoire n’a point retenu s’il y retrouva la Signora Renata…

***

Au printemps de l’année 1602, devant la porte du couvent de l’abbaye St Pierre de Montmartre, on  découvrit un couffin d’osier dans lequel sommeillait un joli poupon de quelques semaines, sous les langes duquel on trouva une lettre, qui devait sans doute donner quelques explications sur la provenance de cet enfançon. La sœur tourière prévint l’abbesse Marie-Catherine de Beauvilliers qui, dans l’immédiat mit à l’abri cet enfançon, le confiant au soin des religieuses du couvent.

L’Abbesse prit connaissance de la lettre, et dès les première lignes fut frappée par la teneur du message qu’elle contenait :

« Madame, tout comme vous, j’ai été la maitresse de notre Roi Henri, du temps où il guerroyait pour conquérir Paris… »

Ce début évoqua chez la nonne, quelques souvenirs intimes, que son esprit ne parvenait pas à oublier. A l’époque, elle n’avait pas 20 ans, et assurait son noviciat, ayant dû suivre l’injonction familiale qui la destinait à l’état monacal, alors que son jeune corps réclamait assurément d’autres conditions de vie. Le fringant Henri, qui avait établi son quartier général en l’abbaye de Montmartre, n’eut aucune difficulté à prendre dans ses filets cette jolie religieuse, qui découvrait soudain, d’autres joies de l’existence.

Malheureusement pour elle, le volage amant pris par d’autres projets s’éloigna. En remerciement cependant,  c’est là une des ses remarquables façon de se comporter avec une certaine élégance, il souhaita et obtint que cette religieuse, née de noble famille prenne, malgré son jeune âge, la direction de ce couvent et en devint donc l’Abbesse.

 » Je confie à vos soins cet enfant de l’amour, qui n’est pas l’œuvre de notre Roi, mais celui d’un peintre qui a fait vibrer mon cœur et mes sens, durant de merveilleuses semaines. Je vais me fondre désormais dans quelque couvent hospitalier de ma province natale, où je veux me rendre utile aux malades, afin d’expier mes fautes.

Madame, nous avons vécu des circonstances semblables auprès d’un grand monarque, perpétuel amoureux des femmes, de toutes les femmes. Ces imprévus de la vie ne peuvent que nous rapprocher et je reste persuadée  que cela vous incitera à prendre soin de celle qui porte mon prénom : VIVIANE ».

Marie-Catherine de Beauvilliers fut touchée par le contenu de cette lettre et durant de longues minutes resta immobile, l’esprit embrumé de souvenirs. Elle songeait à l’avenir de cet enfant que le destin lui avait confié, sans trop savoir quelle initiative prendre. Dans l’immédiat cependant, elle désira voir ce bébé tombé du ciel, en un lieu où d’ordinaire la présence des enfants n’est pas envisagée.

Sœur Marie-Christine, qui avait autrefois été maman avant de d’endosser la bure monacale  s’était occupée de la petite Viviane.  L’Abbesse découvrit une gracieuse fillette repue par le  biberon qui lui avait été donné, entourée de langes propres, souriant aux anges.

  • — Elle est belle, n’est-ce pas ma Mère, constatèrent quelques nonnes que la curiosité appelait pour découvrir cette nouvelle pensionnaire.

L’Abbesse se contenta de sourire, sans laisser paraitre sur son visage le moindre objet de ses intimes pensées. Peut-être regrettait-elle à cet instant  de n’avoir jamais à connaitre les joies de la maternité. Sœur Marie-Christine profita de sa présence, pour lui  remettre un petit cadre en bois de conception très rudimentaire qu’on avait trouvé dans le fond du berceau.

L’Abbesse, put lire, gravé dans le bois :

« VIVIANE 1602 »

Et en dessous :

« Mattéo ROSSELLI ».

Raimondo – 2018 (à suivre)

 

Viviane 23

Posted in Oulibouf on décembre 10th, 2017 by gerard – Be the first to comment

Chapitre 3 : Anet

 Charles de Rambures repose, après la délicieuse galanterie que Viviane lui a offerte. Comme tous les amants, il somnole, les sens apaisés. A la porte de la chambre Albin, le majordome,  frappe toujours, discrètement et Viviane se décide  à l’introduire afin de se renseigner sur le mystérieux cavalier qui demande à être reçu par le maitre de séant.  C’est à ce moment qu’elle se rend compte de sa nudité. A peine couvre-t-elle ses seins avec ses bras croisés sur son buste ; il est vrai qu’à l’époque, la pudeur n’avait rien d’aussi rigoureux que dans les siècles suivants. Quand au majordome, en serviteur stylé, il fait celui qui n’a rien remarqué, même s’il a tout vu.

  • Dites-moi, cet inconnu serait-il un militaire chargé d’apporter quelque message du Roi ?
  • Que nenni, Madame Viviane, c’est un manant, un grand homme aux cheveux roux qui monte un gros percheron au pelage clair.

Cette sommaire description alerte aussitôt Viviane. Elle subodore la venue inopinée de son mari et cela ne lui dit rien qui vaille.

  • Laissez attendre ce visiteur et ne faites surtout pas baisser le pont levis avant d’en recevoir l’ordre du Comte.

Viviane s’en revient auprès de Charles et avec douceur, le tire de son sommeil. Il lui sourit, prêt à reprendre le délicieux combat amoureux ; ses mains déjà s’égarent sur les délicieux tétons qu’il titille avec ferveur. Mais Viviane met vite fin à ces caresses pour l’entretenir du visiteur, qu’il avait d’ailleurs complètement banni de son esprit pour ne retenir que les belles images des délicieux moments qu’il vient de vivre.

  • Charles, je t’en prie, sois sérieux ; je crains que le visiteur qui demande à te voir ne soit mon mari.
  • Comment cela se pourrait-il, puisque tu ne l’as pas averti de ta venue ici.
  • Bien sûr, mais Jacquotte était au courant.
  • Donc elle le lui a dit.
  • C’est impossible ; je connais ma Jacquotte, elle sait garder un secret. Je crains cependant qu’il n’ait usé de la force pour la faire parler.
  • Et bien je vais recevoir cet individu et si, comme tu le crains il s’agit de ton mari, je me charge de lui faire dire ce qui s’est réellement passé.

Charles de Rambures donne ordre de relever le pont levis et laisse entrer le visiteur qu’il va recevoir dans la salle des gardes, où se tiennent quelques écuyers  chargés de la sécurité du manoir.  Abel Lerouge, car c’est bien lui, usant d’un ton arrogant, annonce sans ambages l’objet de sa venue.

  • Je suis venu chercher mon épouse qui d’après mes renseignements se trouve ici.
  • Et qui tenez-vous ces renseignements ?
  • D’une folle sorcière qui a cru me berner, mais que j’ai réussi à faire parler, pour tout vous dire.
  • Je vois, répond laconiquement Rambures, je vois…

C’est bien ce que craignait Viviane, Lerouge a fait usage de la force pour faire parler Jacquotte. Dans l’immédiat, en entendant de prendre une décision, Charles de Rambures offre à Lerouge asile dans les oubliettes du sous sol, emmené manu militari par les gardes,  malgré ses hurlements de colère.

  • Tu vois Lerouge, moi aussi je sais user de la force !

Apprenant cette nouvelle et craignant qu’il ne soit arrivé quelque chose de grave à son amie Jacquotte, Viviane décide de partir sur le champ pour Anet, malgré l’heure tardive.  Charles tente de l’en dissuader ; en cette période de guerre, les chemins ne sont pas sûrs et il craint qu’elle ne  fasse en cours de route quelque mauvaise rencontre. Il éprouve pour cette femme, et c’est bien la première fois qu’un tel sentiment s’éveille en lui,  un intérêt certain qui le pousse à veiller à son bien-être. Jusqu’ici les femmes n’ont été pour lui qu’un heureux moyen de libérer ses pulsions, mais il doit reconnaitre qu’avec Viviane, outre le plaisir procuré par une brûlante intimité, s’ajoute quelque chose de plus profond. Finalement, il décide de l’accompagner jusqu’à Anet, avec une escorte de cavaliers, avant que de rejoindre l’armée royale qui doit pour l’heure cantonner autour de  la capitale.

Quelques jours plus tard, la petite troupe se retrouve à Anet. Viviane s’est révélé durant le voyage une excellente cavalière ; très tôt son père l’a initié à l’équitation et la longue chevauchée de Rambures à Anet n’a rien pour la rebuter, d’autant qu’elle a hâte de retrouver son amie pour laquelle elle se fait du souci. Il a cependant fallu faire quelques étapes, au cours desquelles, Charles et Viviane ont vécu quelques intimes moments dans les diverses auberges croisées en chemin.

Ils ne savent pas qu’à l’ avenir, ils n’auront plus jamais l’occasion de se revoir et que leur belle amourette n’était pas destinée à durer.

***

  • Viviane, ma belle, tu es revenue.
  • Tu ne crois tout de même pas que j’allais te laisser seule après avoir appris que Lerouge avait usé de violence envers toi.
  • Surtout envers mon chien, mon fidèle compagnon.

Et devant l’air étonné de Viviane, Jacquotte conte les pénibles évènements qui se sont déroulés.

Dès qu’il s’est aperçu de ta disparition, Lerouge après t’avoir vainement recherché ici, s’est dirigé sur Paris où se trouvaient les troupes du roi Henri. Bien sûr il ne t’y trouva pas. Il pensa alors, connaissant nos liens d’amitié, que je devais en savoir plus sur ton absence soudaine. Durant des jours il me harcela, usa même de violence, pour me faire parler et savoir ce que tu étais devenue. Fort heureusement, mon chien Pataud se trouvait à portée chaque fois que Lerouge devenait trop menaçant.

C’est les yeux en larmes que Jacquotte poursuivit son récit.

Un matin il se présenta. Pataud n’était pas là ; j’ai pensé qu’il était parti faire son petit tour matinal. En fait, Lerouge avait réussi à le capturer à l’aide d’un piège à loup et il me mit le marché  en main : me dire où tu étais ou ne plus revoir mon chien.

J’ai bêtement cédé.

Je dis bien  » bêtement », car ton infâme mari, satisfait de savoir où tu te trouvais, est reparti sans me faire savoir ou se trouvait mon chien, que je n’ai d’ailleurs jamais retrouvé malgré mes longues recherches.

Jacquotte était inconsolable d’avoir, selon elle, trahie son amie, en dévoilant l’endroit où elle se cachait. Viviane, la  serra tendrement dans ses bras afin de la consoler et pour bien lui montrer qu’elle n’avait pour elle aucun ressentiment.

– Tu n’a rien à te reprocher, ma petite Jacquotte. Je connais les façons d’agir de  Lerouge ; il est capable de toutes les ruses, de toutes les vilénies et tous les actes les plus malveillants. Actuellement, dans un cul de basse fosse, il est en train d’expier ses méfaits.

– Ne crains-tu qu’il revienne un jour et qu’il se venge ?

– Son sort m’importe peu et je ne crains ni sa colère ni ses représailles ; je  suis ici  de passage, je voulais avant tout avoir de tes nouvelles, et d’ici quelques jours, je partirai vers d’autres lieux, là où le destin me guidera…

***

Au château d’Anet, la vie a repris. Marie d’Elbeuf, est revenue s’y réfugier. Son époux,  Charles de Lorraine, duc d’Aumale,  héritier  des lieux faisait partie des ligueur ; il a  été fait prisonnier à la bataille d’Ivry et  elle attend son retour, alors qu’il  moisit actuellement dans une forteresse de flandrienne. Marie, est désemparée. Issue d’une branche cadette de la prestigieuse maison de Lorraine, elle n’est guère fortunée et son mari guerroyant depuis des années a dilapidé une grande partie de ses biens. Le château d’Anet est actuellement son refuge, où elle vit chichement, avec quelques serviteurs.

Abel Lerouge, régisseur des lieux qui en  assurait l’intendance ayant disparu, Marie est bien désemparée. Viviane, tenue par Jacquotte au courant de cette situation, prend alors l’initiative de proposer ses services à cette noble dame qui l’accueille avec grand plaisir, assurée de trouver en elle une femme pleine d’initiative qui lui sera d’une aide précieuse, voire indispensable.

  • Il est temps que cessent ces guerres de religion n’apportant que le malheur dans le royaume et que nous reprenions une vie heureuse comme autrefois.
  • Madame, je pense qu’il faut faire confiance à notre Roi Henri pour ramener la paix.
  • Je vous en prie, ne me parlez pas de ce huguenot de malheur. Il est grand temps que nos ligueurs mettent fin à sa chevauchée.

Cette réflexion, bien sûr, n’est pas du goût de Viviane. Le roi Henri reste pour elle un intime souvenir, qu’elle n’est pas prête d’oublier. Il lui importe peu qu’il soit catholique ou protestant, il reste pour elle le merveilleux amant qui lui a fait découvrir les délices de l’amour et les voies du plaisir.  Elle se demande durant quelques instants, si elle a eu raison de proposer ses services à cette femme aux idées différente des siennes ; mais, et c’est là l’un des atouts de son caractère, elle sait, quand il le faut,  prendre le temps de forger la bonne décision. Pour l’heure, oubliant les querelles de religion, elle décide de rester auprès de Marie d’Elbeuf, remettant au moment venu, la poursuite de son destin.

Cette sage décision fut pour tous la meilleure qui soit. La vie au château se fit plus radieuse ; le personnel reconnut en Viviane une maitresse femme et la duchesse d’Aumale, titre conféré par son mariage se fit plus  amicale avec elle, malgré leurs opinions différentes en matière de religion.

La vie coulait allègrement quand un soir, se présenta au domaine, Albin le majordome de Charles de Rambures. Son maitre, avait rejoint les troupes royales et l’avait chargé d’apporter à Viviane quelques nouvelles de son mari. La longue détention dans les oubliettes avait quelque peu troublé l’esprit de Lerouge frappé de folie  douce, la danse de saint Guy comme on disait alors.  On décida de le libérer et le pauvre hère poursuivit sa misérable existence, mendiant sa pitance ça et là, auprès des paysans qui l’avaient pris en pitié.

La nouvelle ne toucha pas spécialement Viviane mais elle  n’eut   pas  le cœur de s’en réjouir. On lui avait imposé cet homme qui n’avait pas sut lui apporter sinon le bonheur, du moins la quiétude ; une page de sa vie était tournée et quant à l’avenir, elle s’en remettait au destin.

La présence d’Albin, lui rappela quelques souvenirs et en particulier, ce jour où il vint annoncer à son maitre, l’arrivée d’un visiteur. Elle revit le moment où, toute nue, elle l’introduisit dans la chambre royale où avec Charles elle venait de vivre quelques savoureux  instants. Des évocations coquines surgirent dans son esprit. Elle remarqua alors que ce majordome, qui pouvait avoir une petite quarantaine d’année, n’était pas vilain garçon et sentit s’éveiller en elle un petit frisson délicieux. Depuis longtemps elle n’avait pas fait l’amour, aucune main d’homme n’avait effleuré son corps, caressé sa peau et cajolé son intimité. Elle se rendit compte soudainement de ce manque.

La nuit suivante Viviane n’hésita pas à gagner la couche d’Albin qui la reçut quelque peu étonné, certes, mais sans rechigner à ce bonheur soudain qu’il apprécia à sa juste valeur, avec un remarquable savoir-faire.

Il faut avouer qu’ils dormirent peu cette nuit là…

Raimondo – 2017 – À suivre

Viviane 22

Posted in Oulibouf on octobre 10th, 2017 by gerard – Be the first to comment

22e épisode

Chapitre 2 : Rambures

             Après quelques jours passés  à Anet, Henri IV se dirigea vers Paris.

S’il voulait être reconnu comme Roi de France, il lui fallait au minimum investir sa capitale ; mais les parisiens, tout comme les Ligueurs, ne voulaient  toujours pas admettre  à la tête du royaume un souverain  protestant. A la suite de sa victoire à Ivry, il se dirigea donc sur Paris. Mais la ville, confortablement protégée par ses fortifications demeura imprenable. Le Roi organisa un siège autour de la cité  afin d’empêcher les vivres de parvenir et de réduire  les habitants  à la famine. Autrefois, c’était une façon d’agir très courante : les sièges constituaient une tactique guerrière dont on ne se privait pas.

Au bout de six mois, les parisiens qui  possédait suffisamment de réserves vivrières ne cédant pas,  le Roi, jugea préférable de se retirer, d’autant qu’on annonçait l’arrivée de troupes espagnole venant au secours des Ligueurs.

Le Brave Rambures, le sauveur d’Henri IV, ne participa point à l’équipée, sa blessure au bras, qui avait du mal à se cicatriser, le faisait terriblement souffrir.  Le Roi lui-même ordonna qu’il puisse se reposer dans la demeure  familiale, un magnifique château d’architecture médiévale situé aux sud d’Abbeville.

A cours de son voyage, Charles de Rambures, qu’on avait confortablement installé dans un coche, eut le plaisir de voyager avec celle qui, à Anet lui avait prodigué des soins : Viviane. La jeune femme qui souhaitait se consacrer à son blessé quitta Anet, sans hésiter après avoir seulement prévenu Jacquotte. Elle s’était nantie  de toute une panoplie d’herbes et de juleps afin de poursuivre les soins indispensables.  Viviane avait trouvé ce moyen commode pour s’éloigner d’un mari qui ne lui apportait guère de satisfaction dans la vie courante, et qui au lit n’avait ni l’imagination ni les  audaces qu’elle avait découvertes auprès du Roi Henri.

Le voyage permit à Charles et Viviane de mieux se connaitre. Le Brave Rambures était un jeune militaire, d’à peine 20 ans, initié depuis son plus  jeune âge à l’art du combat, dans lequel il se montra vite courageux et même téméraire ;  n’avait-il pas, au risque de sa vie, porté secours au roi Henri à Ivry ? Viviane, à quelques mois près, était sa cadette. Elle le trouvait bel homme, admirant son corps musclé par les combats, sensible au charme de son sourire ; bref, il ne lui était pas indifférent

Le voyage pouvant se révéler un peu long et éprouvant pour le blessé, on décida de faire halte à proximité de Rouen dans une auberge au bord de la Seine. Après un bon souper et avant le repos nocturne, Viviane voulu vérifier l’état de la blessure et s’employa à renouveler les soins journaliers. Penchée sur la plaie, elle offrait à Charles la  jolie vue d’un charmant  buste que le décolleté de sa robe cachait mal. Charles s’en délecta, bien sûr :

_ Vous êtes très jolie.

Depuis longtemps Viviane connaissait  par expérience tous les sous entendus   qu’une telle phrase recelait et si autrefois elle avait coutume de répondre par un sourire railleur aux avances de quelque galant, ce soir, la remarque  de Charles de Rambures la toucha profondément. Elle décida de se montrer généreuse envers ce soldat blessé souhaitant lui apporter un peu de réconfort. Une menotte s’insinua à la recherche d’un sexe qui s’éveilla aussitôt sous l’effet d’un heureux va et vient. Charles aurait aimé prendre sa place dans ce concert amoureux, mais handicapé par sa blessure il fut contraint de s’abandonner à la délicieuse caresse prodiguée par cette femme, gardant seulement en l’esprit l’image  de ses magnifiques seins qu’il avait furtivement entrevus. Viviane n’attendait rien ; elle souhaitait simplement apporter par sa tendresse, la détente et « le repos du guerrier ».

Apaisé, Charles de Rambures s’est endormi ; Viviane a regagné sa chambre. Elle a du mal à trouver le sommeil ; trop d’images encombrent son esprit. Elle aurait tant aimé que Charles puisse la prendre dans ses bras, lui témoigner, sinon de l’amour au moins de la tendresse, en exprimant  l’envie qu’il ressentait pour elle, par des baisers d’affectueux et quelques troublantes privautés capable de l’enflammer. Morphée lui apporta quelques merveilleuses images qui  hélas, n’étaient qu’irréelles rêveries.

Le lendemain, le voyage se poursuivit, d’abord dans le silence. Après quelques lieues, Charles se décida à parler :

_Pourquoi avez-vous agi comme cela hier soir ?

_Vous n’avez pas aimé ?_Ne soyez pas sotte, vous avez bien senti que j’étais ravi de cette caresse !

_Donc, soyez satisfait, et ne vous posez pas de question.

_Mais…

Et de nouveau le silence s’installa, toujours pesant, silence qui n’empêchait pas Charles et Viviane de revivre en pensée tous les évènements qui s’étaient déroulés depuis ce 14 mars,  jour de la bataille d’Ivry. Charles rompit le silence, alors qu’au loin se profilait les tours d’un magnifique manoir.

_Voici Rambures, le château de famille transmis aux ainés depuis un demi-millénaire ; je vous y souhaite la bienvenue et espère me montrer, en reprenant un peu de santé, un hôte que vous trouverez agréable.

Le manoir de Rambures, en ce 16e siècle finissant gardait toujours son aspect médiéval : un bâtiment central flanqué de quatre tours, protégé par des douves encore remplies d’eau pour l’isoler d’une attaque possible. Il était entouré d’un parc à la verdure luxuriante qui ajoutait à son charme. Certes, il datait un peu ;  on avait oublié que le Moyen Age était loin et que désormais le style  Renaissance prévalait. Viviane fut cependant  agréablement surprise par  cette bâtisse d’une toute autre facture que celle d’Anet.

Charles de Rambures, retrouva son vieux père, Jean, devenu grabataire,  qui n’avait plus que quelques mois à vivre avant  de léguer le patrimoine au glorieux combattant d’Ivry. Pour l’heure, la domesticité se mit à l’ouvrage afin de préparer un festin pour fêter dignement le  retour du héros.

***

Et pendant ce temps là, à Anet, Abel Lerouge recherche vainement son épouse, mystérieusement disparue depuis le départ du Roi Henri et de ses lieutenants. Il se doutait  que Jacquotte devait certainement en savoir plus à ce sujet et il s’en vint la trouver. Il ne tira à priori aucun renseignement de cette femme qui, en bonne rusée, jura ses grands dieux  ne rien savoir à propos de Viviane. Mais Lebel qui ne l’entendait pas de cette oreille, haussa le ton, pour effrayer la vieille femme qu’il croyait apeurer par une attitude mâle et déterminée.

–Allons Lerouge, ne crois surtout pas me faire peur avec tes airs de matamore. Si ta femme a disparu, c’est que tu n’as pas été assez intelligent pour la retenir auprès de toi ; et c’est dommage car Viviane est une fille bien, mais il est un peu tard pour t’en apercevoir.

–Vous savez donc ce qu’elle est devenue ?
–Bien sûr ! Mais ne compte pas sur moi pour te dire quoi que ce soit.

Entendant ces propos, Lerouge fou de rage se précipita vers Jacquotte, dans l’intention de la frapper. Il n’avait pas compté sur la présence d’un chien d’apparence débonnaire, qui pour défendre sa maitresse avait pris dans sa gueule le bras de l’agresseur.

–Calme-toi Lerouge ; je n’ai qu’un mot à dire pour que ton bras devienne inutilisable.

Sur un signe de sa maîtresse, le chien se calma et Lerouge, comme un péteux quitta les lieux, remâchant sa colère ; satisfait tout de même de s’en tirer à bon compte.

***

A Rambures, les soins assidus de Viviane ont apporté un mieux qui, de jour en jour, active la cicatrisation des blessures de Charles. Il souffre moins et réussi à mouvoir son bras avec une certaine aisance. Aujourd’hui, il à montré à Viviane le magnifique parc ou croissent, en cette période printanière, des plantes à fleurs soigneusement entretenues par de nombreux jardiniers. Viviane fait l’admiration de son hôte pour les connaissances qui sont les siennes en matière de botanique. Décidément cette jeune femme n’a pas fini de l’étonner.

Un soir après un succulent souper, il l’entraine dans une aile du manoir qu’elle ne connaissait pas.

–Voici, lui dit-il, la chambre du Roi.

On le sait surement, mais tout châtelain se devait autrefois  de réserver une pièce somptueusement décorée, afin de donner asile au Roi, s’il venait à faire halte au château. A Rambures la chambre royale est parée de tapisseries, un peu vieillottes certes, mais encore soigneusement entretenues, qui illustrent les exploits guerriers d’un lointain aïeul durant les croisades.

Ce soir, on n’attend pas le Roi et pourtant dans la cheminée quelques bûches se consument apportant une douce tiédeur à cette pièce. Viviane imagine ce qui va survenir ; ce n’est pas pour lui déplaire : on ne dédaigne pas les attentions d’un bel homme, surtout lorsqu’on a été privé d’amour depuis quelques semaines.

Lentement elle s’est parée d’une nudité que Charles admire. Elle s’offre sans retenue au Brave Rambures qui se révèle un amant attentionné ; peut être manque-t-il encore d’une certaine expérience que le temps lui apportera, mais Viviane n’en fait pas cas. Elle se laisse dorloter, s’abandonne aux désirs de cet homme qui la caresse avec douceur et laisse errer ces lèvres sur les rondeurs d’un buste qui l’émerveille. Viviane prendra l’initiative de guider dans sa chaude intimité le sexe érigé ; elle apportera par les frémissements de son corps en liesse la conclusion de cet intermède amoureux qui les comblera de plaisir.

Dans les bras l’un de l’autre, muets, ils goûtent la quiétude des amants apaisés par la jouissance : ils sont heureux. Charles n’a jamais vécu d’aussi intenses moments. Comme tous les hommes de guerre il n’a connu que de sordides aventures avec ces femmes qui suivent les troupes, leur apportant la fausse sérénité des amours vénales. Il découvre un bonheur tout nouveau pour lui ; son esprit, un peu fruste n’imagine pas qu’il est en train de vivre les premiers frémissements de l’amour.  Mais est-il fait pour l’amour lui qui ne connait que la guerre ?

Près de lui Viviane est songeuse. Son corps a éprouvé la détente qu’elle désirait ardemment mais  son esprit ne cherche pas à enjoliver la réalité : Charles est noble et dans son avenir une modeste roturière n’a pas sa place. Après tout, seul compte le plaisir qu’ils prennent ensemble, et Viviane ne résiste pas à entreprendre une nouvelle cavalcade qui va les mener une fois encore au pinacle.

Alors qu’ils se font mille caresses et gentillesses de toute sorte, le majordome du manoir frappe discrètement à la porte :

–Monsieur le Comte, un cavalier demande à vous voir !
–Et qui est-il ce cavalier ?
–Il ne veut dire son nom qu’à vous-même. Dois- je faire baisser le pont-levis ?

Charles de Rambures n’aura pas, pour l’heure, l’occasion de répondre. Un violent mais délicieux orgasme le secoue vivement, plaisir provoqué par la bouche accueillante de la gentille Viviane.

Raimondo – 2017 – à suivre

Viviane 21

Posted in Oulibouf on août 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

QUATRIEME PARTIE

La jolie Viviane née à la fin du XVe siècle au château de Tournehem a eu de nombreux descendants durant le siècle suivant. Le prénom de Viviane n’étant plus à la mode, on l’oublia durant quelques décennies, ce qui n’empêcha pas les dames de cette famille, l’hérédité ne perdant pas ses droits, de vivre quelques belles aventures où chacune sut faire honneur au jeu du trou-madame. L’aimable prénom réapparu avec la femme d’un régisseur qui officiait à Anet, dans la magnifique propriété de la belle Diane de Poitiers.  C’est cette Viviane, qui un jour croisa le chemin du Vert Galant.

Elle ne fut pas déçue de la rencontre…viviane21

Chapitre 1 : Ivry 

             Le 14 mars 1590 eut lieu la  bataille  d’Ivry, bien connue historiquement car un certain Henri IV, y menait ses troupes en les priant de se rallier à son panache blanc, à savoir quelques plumes d’oie qu’il avait plantées dans son couvre-chef. L’anecdote, très contestée, demeure cependant dans les mémoires et les Malet, Isaac et autres grands historiens s’évertuent à la divulguer.

Henri de Bourbon, devenu le Roi Henri IV l’année précédente, d’obédience protestante,  voyait son titre contesté par la plupart de ses sujet, bons catholiques depuis Clovis. L’Histoire nous réserve toujours quelques paradoxe car pour régler des problèmes de religion, dont la philosophie repose sur la magnanimité et l’indulgence, on n’hésita pas à prendre les armes ;  c’est ainsi que l’armée royale se retrouva  à Ivry, face aux ligueurs catholiques conduits par le duc de Mayenne. Ce dernier regretta d’avoir engagé un combat au cours duquel son armée, pourtant supérieure en nombre subit une mémorable défaite.

Au soir de cette victoire, Henri IV convia tous ses chefs de guerre à fêter l’événement, en faisant bombance. On peut imaginer,  les chroniqueurs restant avare au sujet de ce même événement, qu’il se  fit ce soir-là une formidable ripaille bien arrosée, à laquelle les serveuses participèrent à leur manière, en  se mettant en quatre (pattes, peut-être…)  pour assurer le repos des guerriers.

C’est au cours de ce repas que François de Montpensier, l’un des convives présents suggéra au souverain, qu’on puisse s’accorder quelques jours de repos.

  • Que nenni mon ami, répliqua le Roi avec son remarquable accent béarnais, demain j’irai à la chasse. Qui m’aime me suive !

Il fut difficile à quiconque de ne pas montrer l’amour qu’il portait au Roi…Et le lendemain, le souverain s’en alla chasser le chevreuil entouré de ses fidèles lieutenants. Maximilien de Béthune, que la postérité honorera sous le nom de Sully, s’était chargé d’organiser une chasse dans le massif forestier proche d’Yvry,  celui du domaine d’Anet, appartenant à Louise de Brézé, qui en avait hérité de sa mère Diane de Poitiers, favorite du Roi Henri II.

Lorsqu’ Henri IV, vit le magnifique château, construit et embelli par les plus grands artistes de la Renaissance, il décida de s’y installer momentanément pour mettre au point son entrée dans Paris, sa capitale,  qu’il se devait de conquérir afin d’affirmer manu militari le titre royal qu’on lui contestait. Et comme les propriétaires du domaine ne résidaient pas dans le lieu en ces jours là, il décida d’y prendre ses aises durant quelques semaines.

Le régisseur chargé de gérer le patrimoine, un certain Abel Lerouge, patronyme que portait  la famille depuis de nombreuses générations, du fait d’un lointain aïeul aux cheveux rouquins, tenta bien de s’interposer à cette occupation, qu’il jugeait illégale,  mais on lui fit comprendre que son opposition n’avait aucune importance ; le maréchal de Biron lui fit même une remarque, cinglante :

  • Dites-moi, mon ami, avec une telle attitude, vous risquez de vous retrouver sous la plus haute branche d’un chêne,

Ajoutant au bout de quelques secondes :

  • Au bout d’une corde…

La remarque amusa tous les guerriers présents, sauf bien sûr Abel Lerouge et une très jeune femme qui se trouvait à ses côtés, son épouse Viviane.

***

             Viviane était la fille d’un bûcheron du domaine d’Anet. C’était, avait-on coutume de dire, un garçon manqué. Dès son plus jeune âge, elle avait pris le pli d’accompagner son père en forêt ; curieuse de tout ce qui concerne la nature, elle  apprit à reconnaitre les essences qui croissaient dans la région : les chênes, les hêtres et toutes les espèces de feuillus que son père lui avait fait connaitre. Une vieille rebouteuse, Jacquotte, qui vivait en troglodyte dans une galerie  souterraine de la forêt, lui apprit le secret des plantes qui  soignent  les maux et les blessures. Elle parvint même à lui inculquer quelques rudiments de lecture et de calcul.  Sa fine oreille lui permit de reconnaitre les oiseaux suivant leur chant ; elle pouvait distinguer  le croulement de la bécasse, ou le pituitement du rossignol voire le turlutement de l’alouette. Elle grandit ainsi, un peu  comme une sauvageonne, mais on s’aperçut bien vite que cette sauvageonne devenait avec le temps une magnifique jeune fille ; ses longs cheveux bruns et ses yeux verts ensorcelaient déjà les garçons mais lorsqu’ils s’aperçurent que son buste prenait une allure agréable que le décolleté de son bliaut mettait en valeur, ils commencèrent à tourner autour d’elle, lui proposant quelque promenade dans les halliers déserts. Viviane restait indifférente à ses attentions ; tout juste acceptait-elle, rarement d’ailleurs, un petit baiser sur la joue ou sur la main, mais savait rabrouer vertement, le malotru dont les mains baladeuses s’aventuraient vers des rondeurs, attirantes certes, mais interdites.

Le père de Viviane craignant pour la virginité de sa fille, jugea utile de « l’établir », entendez par là, de la marier au plus vite. L’occasion se présenta, puisque le régisseur Abel Lerouge, veuf depuis peu, sollicita sa main. Il avait besoin d’une femme pour tenir sa maison et évacuer son trop plein d’énergie. Bien sûr, on ne demanda pas l’avis de cette  jeune fille de 18 ans ; cette union ne la satisfaisait guère, mais Viviane se disait qu’elle avait en elle suffisamment d’énergie pour ne pas se laisser trop dominer par un époux presque quinquagénaire qui bénéficiait d’une certaine aisance, ce dernier argument  n’étant pas à négliger.

***

             Abel Lerouge n’osa pas répliquer face au châtiment que lui laissait entrevoir le maréchal de Biron ; il s’éloigna tout penaud et regagna son logis, alors que Viviane resta sur place. Le Roi et ses hommes se rendirent compte alors de la présence de cette ravissante jeune femme et l’œil du souverain s’éclaira à la vue de cette beauté. Des pensées coquines firent bouillonner son esprit et plus encore, comme à chaque fois qu’il croisait un joli minois. Viviane se rendit compte de l’intérêt que le souverain  lui portait ; elle était au courant des anecdotes que l’on  contait à son sujet, sur sa vie amoureuses  pour le moins tumultueuse mais ne pouvait   imaginer qu’il puisse lui porter un quelconque intérêt.  Par contre, elle constata que parmi les guerriers présents, un jeune écuyer, avait au niveau du bras, la manche de son habit ensanglantée. Elle se permit alors de s’adresser à lui.

  • Monsieur, le sang que je remarque sur votre habit donne à penser que vous êtes blessé au bras. Si vous le permettez, j’aimerai voir cette blessure afin d’y apporter quelques remèdes dont j’ai le secret.

Le Roi applaudit à cette secourable  intervention, le blessé étant Charles de Rambures un jeune nobliaux qui avait montré un grand courage durant la bataille et avait même sauvé son souverain sur le point d’être assailli par l’ennemi.

Viviane, à l’aide de ses potions naturelles soigna une plaie qui loin de se refermer présentait un très mauvaise aspect. Le jeune homme d’ailleurs était brûlant de fièvre et il était grand  temps d’intervenir. Soigné et pansé, Charles de Rambures avait toute chance de  reprendre des forces. On l’installa  dans l’une des splendides  chambres du château dans laquelle il s’endormit promptement.

Le Roi étant aux anges sachant le sauveur de ses jours en bonne voie de guérison, tint à remercier la jeune et jolie femme pour ses soins diligents. Il lui fit l’honneur de la convier à son souper. Viviane en fut flattée et pour faire honneur à son Roi, choisit parmi ses effets la parure la plus jolie qu’elle puisse posséder. Son mari s’en offusqua.

  • Voilà des manières qui ne me plaisent guère ; tu te conduis comme une gourgandine et d’ailleurs cette invitation ne me dit rien qui vaille.
  • Mon cher mari, s’opposer au bon vouloir du Roi ne me parait pas une bonne attitude. Souvenez-vous de la remarque du fringant maréchal.
  • Quelle remarque ?
  • N’était-il pas question de la plus haute branche d’un chêne ?

Les époux n’allèrent pas plus loin dans la discussion, la réflexion s’avérait explicite et Abel eut la sagesse de s’en tenir là.  Viviane, parée d’un  magnifique bliaud de soie, se rendit donc à l’invitation royale. Le repas y fut exquis : un vrai festin de roi.

Bien sûr, c’était à prévoir, et Viviane se doutait que cela se produirait, le Roi  l’entraina dans une splendide chambre, bien chauffée par d’énormes bûches qui se consumaient dans une immense cheminée parée aux armoiries de la belle Diane de Poitiers. Le Roi se montra galant ; avec délicatesse il dévêtit sa jolie partenaire qui ne chercha surtout pas à s’opposer  aux désirs du souverain. Admiratif, il contemplait ce joli corps à la blanche peau satinée, caressant les voluptueuses formes  qu’il découvrait, ravi.  Longuement, il prodigua de sensuelles caresses et Viviane se réjouissait de ces attentions que son piètre mari n’avait jamais eu l’idée de pratiquer ; il était du genre, en avant toute et on fait dodo. La jeune femme sentait monter en elle, un frisson tout nouveau, une onde inconnue s’emparait de son corps. Le Roi fit durer ces sublimes instants et lorsqu’il la pénétra, la jolie Viviane, pour la première fois de sa vie, ressentit le fabuleux plaisir provoqué par l’orgasme.

Jusqu’à une heure avancée de la nuit les réjouissances perdurèrent, à la grande satisfaction de Viviane qui découvrait enfin ce qu’étaient les larmes de jouissance.

Dès le lendemain, avant même de rejoindre son logis, elle alla raconter à Jacquotte, devenue sa confidente, la bonne nouvelle. Les deux femmes, depuis le mariage de Viviane, avait pris l’habitude de partager leurs petits secrets féminins et souvent Jacquotte avait évoqué quelques vieux souvenirs laissant entendre que dans sa jeunesse elle avait bien profité des plaisirs de la vie. Viviane était on ne peut plus radieuse après la nuit passée auprès du Roi et songeait même à un avenir radieux, éloigné de ce qu’elle avait connu jusqu’à présent. Jacquotte eut le bon sens de tempérer ses enthousiasmes et de lui signifier que passer la nuit dans le lit du Roi ne faisait pas d’elle une reine de France. Et comme Viviane était loin d’être sotte elle comprit très bien l’allusion.

Il y eut cependant une autre nuit, tout aussi réjouissante que la première ; elle y apprit quelques jolies séquences, tout aussi ravissantes…

Quelques jours plus tard,  le Roi et ses hommes  quittèrent le château, partant à l’assaut de Paris. Anet retrouva son calme ; Abel Lerouge avait évité la pendaison, mais dans l’aventure Viviane avait disparu.

Raimondo – à suivre

Viviane 20

Posted in Oulibouf on juin 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

20e épisodeviviane20

Chapitre 7 : retrouvailles

            Le samedi 27 janvier 1515, Viviane faillit perdre son pucelage…

           La veille, on s’en souvient, elle avait appris le secret de ses origines, et dès lors, une fois pour toute, elle chassa de ses pensées l’oncle mercier dont elle souhaitait radier de son esprit la parenté, de même que le joli cousin aux yeux bleu ; quoique celui-ci pour un petit encas… Viviane comme toutes les filles de son âge, avait quelquefois du vague à l’âme, un peu ailleurs également…

            Cependant, si ce cousin avait des yeux magnifiques, elle restait, comme beaucoup de rémoises, subjuguée par l’admirable Roi à la fière allure qu’elle avait aperçu alors qu’il défilait sur un noir destrier dans les rues de la ville. Elle pensait d’ailleurs, et n’en était pas peu fière, que ce monarque était pour elle un très lointain cousin, certes de la main gauche, mais cousin tout de même, puisque tous deux avait en commun un aïeul, le Roi Jean II, le vaincu de la bataille de Poitiers durant la guerre de Cent ans.

            Et c’est en suivant les défilés, afin de voir de près son « beau cousin », qu’elle remarqua un bel écuyer de la suite royale. Une fois encore, son cœur sensible frémit à sa vue ; il était jeune, beau, vêtu de jolis atours et tenait un écu portant en armoirie le blason vairé de Bretagne, emblème  dévolu à la jeune Reine de France qui avait hérité de cette province léguée par sa mère Anne de Bretagne. Viviane lui sourit, fit un léger signe de la main que ne manqua pas de remarquer le beau damoiseau.

             Le hasard, (mais était-ce bien le hasard ?) fit qu’ils se rencontrèrent le jour suivant et qu’ils lièrent conversation. Aymeric, ainsi s’appelait-il,  lui proposa de visiter les écuries, une grande bâtisse aménagée au cours des siècles par les moines de l’abbaye de Saint Rémi,  pour recevoir les nombreux chevaux qu’on devait héberger et soigner durant les jours de sacre. Viviane accepta volontiers cette invite d’autant qu’on était en hiver et que la température  n’était pas très clémente pour rester trop longtemps à l’extérieur.

            En lui tenant la main pour la guider, Aymeric  lui montra l’impressionnante file de stalles ou reposaient les destriers ; un peu plus tard  il enserra sa taille et profita bientôt de cette position pour se montrer plus hardi glissant sa main sur un sein, dont il sentit la fermeté à travers le lainage de sa robe. Le cœur de Viviane se mit à battre un peu plus fort. Elle avait jusqu’à ce jour connu quelques amourettes gentilles, celles que connaissent tous les préadolescents, mais cette fois le garçon se faisant plus pressant et même profitant d’un recoin destiné à entreposer le foin des destriers, il la renversa sur cette molle  litière,  glissa une main sous sa robe à la recherche d’une intime peau nue. Elle eut peur. Elle se doutait bien, les années passant, que les petits flirts deviendraient à la longue plus poussés, qu’une  intimité naitrait, faite de caresses et de privautés, mais elle voulait choisir le moment de sauter le pas et en aucune façon ne voulait laisser ce coquin agir comme un soudard.

            Viviane se rebiffa, repoussant tant bien que mal la main importune qui cherchait à l’envahir en violant son intimité ; elle poussa un cri guttural qui se répercuta sous la voute du bâtiment, cri que  perçut un lad  se trouvant dans les parages, pour accomplir ses tâches quotidiennes. L’homme approcha et aussitôt comprit la situation. Calmement il prit Aymeric par le cou et le tira violemment en arrière ; il avait une force peu commune et l’écuyer se retrouva piteusement sur le sol, les quatre fers en l’air. Malgré la douleur que la chute avait provoquée, il eut l’audace de s’adresser avec morgue à son agresseur :

        De quoi te mêles-tu, manant, sais-tu bien qui je suis ?

        Oui bien sûr je le vois, tu n’es qu’un malfaisant qui se conduit de façon ignoble avec une jeune fille.

        Je suis écuyer au service de la Reine et je te défends de m’interpeler sur ce ton.

        Eh bien Monsieur l’écuyer au service de la Reine, je vous prie de bien vouloir déguerpir d’ici rapidement, sinon je vais vous rosser de si belle façon que notre souveraine aura du mal à  vous reconnaitre après les  petites attentions que je vous réserve.

             L’homme était grand, fort, un colosse à la  voix de stentor ; tout en lui donnait à réfléchir. Aymeric eut assez de sagesse pour s’éloigner très lentement, non par bravade, mais tant les os lui faisaient mal après sa chute.

             Le lad s’en vint alors vers Viviane qui sanglotait, lui prit paternellement la main et par de douces paroles parvint à la rasséréner. Elle se calma, sourit à ce sauveur à la douce voix lénifiante.

        Merci Monsieur, d’être intervenu.  Que serait-il advenu si vous ne m’aviez pas prêté main forte ?

        Oublions tout cela, voulez-vous. La nuit va bientôt tomber et si vous le souhaitez je peux vous raccompagner chez vous.  

             Bien sûr, elle accepta. Elle ne connaissait pas ce colosse, mais tout en lui respirait la bonté, la bienveillance ; sa longue chevelure grise, rappelait les patriarches que Jehan, son enlumineur de père, avait dessiné pour illustrer une bible qu’un noble mécène lui avait  commandée.

             De retour au logis avec son sauveur elle fut le témoin d’une péripétie  pour le moins inattendue et   incompréhensible pour elle. A peine se virent-ils que le lad et Jehan se jetèrent dans  les bras l’un de l’autre, dans une amicale étreinte.

        Jehan, mon ami, que je suis heureux de te revoir !

        Guillaume, par quel miracle, te trouves-tu ici ?

             Certes ces manifestations d’affection étonnèrent Viviane, qui resta bouche bée et stupéfaite de la situation. Son père éclaira sa lanterne et une fois encore  elle découvrit un pan de sa vie qu’elle ignorait.

        Ma petite Viviane, ce charmant monsieur est un ami de longue date, que j’ai connu lorsque nous vivions au château de Tournehem. Il est le mari de Guillemette, cette femme qui t’a allaitée durant les premiers mois de ta vie. Au castel, c’est lui qui s’occupait des écuries de l’oncle Antoine de Bourgogne en veillant d’excellente façon  à l’entretien des chevaux. A l’époque, nous nous sommes  liés d’amitié et j’ai bien regretté que depuis notre retour à Reims l’occasion de nous revoir ne se soit pas présentée.

             Guillaume à son tour leva, pour Viviane et Jehan, le voile du passé. Après le décès du Grand Bâtard,  son petit fils Philippe hérita du manoir ; militaire, toujours par voie et par chemins, il y venait rarement.

        Il nous chargea, Guillemette et moi d’entretenir les lieux en bon état, ce que nous avons fait et continuons de faire. En outre, les moines de l’abbaye de Saint Rémi font toujours appel à mes services lors du sacre de nos Rois pour m’occuper des chevaux de tous les nobles venus en la circonstance. C’est le troisième sacre durant lequel j’officie, et certainement le dernier, car notre Roi est jeune, il a un long avenir devant lui et je quitterai ce monde avant la venue de son successeur.

             Sur ces entrefaites, Flore arriva et en un premier temps s’adressa à sa fille.

        Voyant que la nuit allait tomber je me suis inquiétée pour toi et je suis allée voir si tu n’étais pas chez ta marraine.

             Ce fut Guillaume qui intervint :

        Sachez, petite madame, que j’ai eu le plaisir de croiser dans la rue cette jolie jeune fille et n’écoutant que mon bon cœur, sans même savoir qui elle était, je me suis proposé pour la raccompagner chez elle.

             Flore reconnut alors cet ami d’autrefois et à son tour se jeta dans ses bras, heureuse de le revoir après de longues années.

             Ce jour-là on fêta les retrouvailles à l’Auberge des trois canards, et Eliette fut de la partie. On se régala ; on ressassa de vieux souvenirs ; on évoqua le Grand Bâtard de Bourgogne qui avait traversé leur vie. Eliette, l’incorrigible Eliette remarqua que ce Guillaume avait somme tout fière allure et qu’il devait être un excellent complice dans l’intimité. Elle imagina beaucoup de choses et cette nuit-là, se déroula une magnifique chevauché qui la fit crier de bonheur. Malheureusement pour elle, ce n’était qu’un rêve…

***

             En quelques jours la ville de Reims retrouva son calme habituel après le départ du Roi et de tous les participants que le sacre avait attirés. Les bourgeois de la cité, comme le veut la tradition, payèrent les frais engagés pour les diverses cérémonies, les défilés et la décoration de la cathédrale et des rues de la ville. Comme à l’accoutumée, ils se plaignirent des sommes exorbitantes  qui leur furent demandées, oubliant que ces fêtes attiraient beaucoup de monde et que les divers commerces avaient pu  en ces jours, remplir très largement leur escarcelle.   

             La cité ne sait pas qu’il lui faudra attendre 32 ans pour organiser le prochain sacre. Elle ignore encore que dans quelques mois le Roi François se couvrira de gloire à Marignan. Elle ne se doute pas qu’après cette retentissante et inoubliable victoire qui fera florès à l’avenir, viendront les revers, la défaite de Pavie, les démêlés du souverain avec l’ignoble Charles Quint. Elle méconnait aussi qu’à travers toutes les vicissitudes du règne, le royaume, après un long Moyen Age, va connaitre une ère nouvelle avec La Renaissance.

***

             L’année suivante Viviane se rendit à Tournehem, à l’invitation de Guillaume. Flore sa maman  l’accompagna en ces lieux  dont la jeune et jolie jeune fille ne gardait  qu’un souvenir très vague et qu’elle rêvait de revoir avec des yeux d’adultes.  Elle fut heureuse de retrouver Guillemette cette femme qui l’avait nourrie dans les premiers mois de sa vie.

             Le château restait de facture médiévale et malgré les bons offices de Guillaume, il commençait à accuser son âge ; de gros travaux auraient été nécessaires afin de rénover les toitures en mauvais état et les murs aux pierres érodées. Le propriétaire se souciait peu d’y réaliser les grands travaux indispensables ; d’ailleurs il n’en avait pas les moyens.

             Néanmoins, l’intérieur avait encore un certains charme que Tristan lui fit découvrir. Tristan était le fils de Guillaume et Guillemette, donc son  frère de lait ; à quelques jours près, ils étaient du même âge et bien vite une certaine camaraderie s’établit  entre eux. Tristan  lui fit visiter les combles où l’on pouvait admirer les magnifiques charpentes de chênes, œuvre du savoir faire d’autrefois, les échauguettes, les mâchicoulis et autres meurtrières. On était en été et le soir, les deux jeunes gens aimaient parcourir au clair de lune la campagne environnante. Avec la complicité de la nuit leur camaraderie se fit alors plus intime, un flirt s’ébaucha  se mua bientôt en amourette ; on échangea quelques baisers de plus en plus tendres et l’on osa des caresses qui, les jours passant, devenaient passionnées. Tous deux  étaient à l’âge où l’on a hâte de connaitre quelques nouveautés.

             Le lundi  7 juillet 1516, Viviane perdit son pucelage.

Raimondo – Fin de la IIIe partie (mais… toujours à suivre)

Viviane 19

Posted in Oulibouf on avril 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

viviane19

19e épisode

Chapitre 6 : 1515

– Marraine, en me promenant dans le quartier Saint Jacques j’ai aperçu un damoiseau qui m’a tourné l’esprit. Si tu savais comme il est beau, il a des yeux d’un bleu que j’ai rarement vu. Si tu savais !
– Je sais ma petite Viviane, je connais tes emportements ; il ne se passe pas une semaine sans que tu m’annonces avoir entrevu un beau godelureau qui t’a fait battre le cœur.
– Oui mais celui-là…
– Celui-là est comme les autres ; dans quelques jours tu viendras me dire que tu as croisé un bel éphèbe aux yeux de braise dont tu ne peux oublier le charme qui t’a retourné les sens, et que tu ne peux oublier.

La Viviane enthousiaste qui dialogue avec sa marraine, est cette enfant née voici bientôt 16 ans au château de Tournehem, la fille de Jehan, l’enlumineur, et de la belle Viviane dont elle porte le prénom, décédée en lui donnant la vie. Quant à la marraine, à qui elle confie les élans de son cœur d’adolescente, il s’agit d’une femme qui en amour a une expérience certaine : c’est Eliette, l’apothicaire, qui malgré sa cinquantaine épanouie a toujours, comme on dit, de beaux restes qu’elle n’hésite pas à s’offrir lorsque l’occasion s’en présente ; et l’occasion se présente encore assez souvent, au grand plaisir de son corps demandeur.

Il y a bientôt seize ans, Jehan découvrait cette jolie Viviane, sa fille, orpheline d’une maman disparue en lui donnant la vie, mais entourée par l’amour de tous : le Grand Bâtard et Jeanne son épouse ainsi que tous le personnel du château de Tournehem et en particulier la cuisinière, la grosse Guillemette qui venait d’accoucher et qui fut pour cet enfançon, une nourrice toute trouvée ; sans oublier, parmi tous ces dispensateurs d’amour, Flore, l’amie de la malheureuse défunte.

Flore avait connu plusieurs hommes dans sa vie et s’était vite rendu compte qu’elle n’enfanterait jamais, c’est pourquoi elle décida de recueillir ce bébé et de l’élever comme s’il avait été le sien. Il faut avouer que Jehan fut on ne peut plus satisfait de cette généreuse initiative qui assurait l’avenir d’une enfant dont il ne rejetait pas la paternité, mais dont il ne se sentait pas capable d’assurer le quotidien. Pendant quelques années, le Grand Bâtard leur assura le gite et le couvert en son castel et la petite Viviane grandit en toute quiétude dans ce village flamand entourée par les soins et l’amour de Flore, celle qui, à ses yeux était sa maman. Jehan poursuivit ses travaux d’enluminure, soutenu par le mécénat de son oncle. Quant à Gautier, ce clerc avec lequel Flore avait vécu quelques aventures intimes, il prit ombrage de l’intimité qui s’était créée entre les parents de la petite Viviane, et quitta Tournehem lorsque le Grand Bâtard mourut.

On était en 1504, Viviane venait d’avoir 5 ans. Il fallait penser à lui assurer une éducation convenable et tout naturellement on pensa au couvent de Cormontreuil dont les religieuses assuraient toujours l’instruction des jeunes filles de bonne famille. Jehan et Flore revinrent à Reims où les choses y avaient bien changé, ce qui facilita leur retour ; seule subsistait parmi les connaissances d’autrefois la jolie Eliette, toujours aussi belle, toujours amoureuse du moindre joli garçon croisant son chemin, toujours partante pour passer quelques moment de plaisir ; elle fut heureuse d’accueillir ses amis et de connaitre enfin cette fillette, cette nouvelle Viviane avec laquelle s’instaura bientôt une profonde affection doublée d’une réelle connivence. Fort des sentiments qui tout naturellement se firent jour, on décida qu’Eliette serait désormais la marraine de la fillette, Jeanne qui, en son temps la porta sur les fonds baptismaux ayant disparu depuis quelques années.

            C’est à cette époque que se créa une profonde intimité entre Jehan et Flore. Cette dernière était libre désormais et lui, malgré quelques aventures destinées à maintenir un équilibre physique, n’avait contracté aucun lien durable. Entre eux, il n’y avait eut aucune attache équivoque ; seuls les avaient réuni les soins dont ils entouraient cette fillette, objet de leur affection. Aujourd’hui, les choses avaient changé et un soir Jehan constata que sa couche était occupée par Flore, nue et offerte. Ils ne se dirent rien, mais comprirent que dorénavant une ère nouvelle allait commencer pour eux. Cette nuit là, ils apprirent à se connaitre et ce fut merveilleux ; nuit trop courte pour échanger toutes les caresses qu’ils avaient grande envie de partager.

***

            Les années passent et en ce mois de janvier 1515, on prépare le sacre du nouveau roi, François, premier du nom, que l’on va oindre ce jeudi 25. Et c’est en se promenant dans la ville, où règne l’activité créée par les préparatifs des cérémonies du couronnement que notre Viviane a aperçu ce beau jouvenceau aux yeux bleus, rencontre qu’elle confia aussitôt à sa marraine.

            Eliette constata que 17 années plus tard des évènements semblaient vouloir se renouveler ; mais aujourd’hui les choses étaient quelque peu différentes, et elle s’en ouvrit à Jehan.

– Savais-tu que ta fille avait entrevu un beau garçon qui vit dans le quartier Saint Jacques ?
– Et alors qu’y a-t-il là d’extraordinaire ?
– Il y a que je crois savoir qui est ce beau damoiseau ?
– Et cela a une importance ?
– Peut-être, car le garçon en question est le fils du mercier, en d’autre terme, le frère de la Viviane que tu as connue et aimée autrefois…
– Ce qui voudrait dire que ma fille et lui sont cousins. Et alors ?
– Et alors ? Fais un peu marcher ton cerveau, cela veut dire aussi que le mercier en question est l’oncle de ta fille, un oncle dont elle ignore l’existence, tout comme elle ignore les évènements qui ont entouré sa naissance.
– Mais à part nous, qui peut connaitre les origines de ta filleule ? C’est un secret de famille dont seuls quelques initiés sont au courant.
– Sache mon petit Jehan, que les secrets de famille sont faits pour être connus tôt ou tard…

            Jehan ne répliqua pas, mais cette réflexion le troubla quelque peu ; Eliette était une femme de bon sens, dont les avis méritaient de n’être pas négligés. Tout le reste de la journée, il se terra dans un mutisme que Flore constata, mais qu’elle ne chercha pas à contrer. Par expérience, elle savait que l’homme qui partageait sa vie, se confierait à elle s’il avait un souci ou une quelconque préoccupation. En général la douceur d’un lit douillet restait propice aux confidences.
C’est d’ailleurs ce qui se produisit cette nuit là. Jehan devint tendre ; les années n’avaient pas mis de frein à la passion de leurs corps et à l’envie de leurs caresses. Flore se fit accueillante répondant sans réserve aux désirs de son bien aimé ; longuement ils se cajolèrent, usant de tous les gestes bienfaisants qui font frissonner, de toutes les caresses que leur passion imaginait et Flore cette fois là cria son plaisir avec plus d’éclat qu’à l’ordinaire.
Durant le calme qui suit la tempête amoureuse, alors qu’ils reprenaient leurs esprits lovés l’un contre l’autre, Jehan conta l’objet de sa conversation avec Eliette. Et s’il semblait considérer la situation sans gravité ni inquiétude, Flore au contraire, comprit vite qu’il ne fallait pas prendre la situation à la légère. Depuis longtemps elle redoutait qu’une circonstance imprévue ne vienne révéler à Viviane ses origines. Elle appréhendait surtout qu’elle apprenne l’existence de sa véritable maman ; elle ne voulait pas n’être qu’une mère de substitution, car au fond de son cœur, même si Viviane n’était pas la chair de sa chair, elle avait pour elle les sentiments intimes que ressent une génitrice. En cet instant elle craignait qu’on la dépossède de cette maternité qu’elle revendiquait.
Soudain, elle éveilla Jehan qui s’était assoupi :
– Jehan, mon amour, je t’en supplie, fais-moi un enfant, donnons une sœur à Viviane.
– Mais enfin…
– Oui, je sais, mais essayons une fois encore.
Et devant l’inertie de Jehan elle eut des gestes tendres de la main afin qu’il puisse la pénétrer. Elle ne chercha pas le plaisir, elle voulait seulement accéder enfin à une maternité qui lui faisait défaut jusqu’à présent, et montrer à tous qu’elle pouvait donner la vie. Elle pensait sans doute s’attacher, s’il en était besoin, l’amour d’une Viviane sur le point d’apprendre le secret de ses origines, car elle ne doutait pas qu’il faille en arriver là.
Jehan, sans imaginer les pensées intimes qui assaillaient sa compagne, fut envahit par le plaisir et longuement Flore le tint serré contre elle ; terrassé par le sommeil, il n’aperçut pas ses yeux remplis de larmes.

***

            Ignorant les préoccupations de ses parents, Viviane avait passé la nuit chez sa marraine qui devait l’accompagner sur la place de la cathédrale, tôt le lendemain afin d’assister à l’entrée du Roi sous les arches séculaires de ce joyaux gothique. Durant les longues heures de la cérémonie sacrale la foule massée sur le parvis prenait plaisir à regarder les saltimbanques, les bouffons qui faisaient leurs facéties dans l’espoir de récupérer quelques piécettes. Comme Eliette s’était quelque peu éloignée pour suivre les pas d’un jeune et joli jongleur qui tout en marchant faisait tourbillonner en l’air de nombreuses boules de bois, Viviane fut abordée par un homme à la mise soignée et au sourire avenant.
– Comment vous nommez-vous jolie damoiselle ?
– On m’appelle Viviane depuis bientôt seize années
– Et savez-vous d’où vous vient ce prénom ?
Devant l’air étonné de la jeunette, il poursuivit longuement son propos à la fin duquel Viviane s’enfuit en courant vers l’atelier de Jehan où demeurait ses parents.
Arrivée auprès d’eux, reprenant son souffle après sa longue course, elle se jeta dans les bras de Flore, entre lesquels elle se sera avec passion.
– Petite maman, je t’adore.
– Je le sais ma grande, moi aussi je t’adore.
– Mais moi aujourd’hui je t’aime encore plus fort depuis que j’ai entendu la belle histoire que m’a contée un charmant monsieur…
Viviane se tut un court instant avant de poursuivre :
– … qui m’a expliqué pourquoi on m’a nommée Viviane ; il m’a dit qui était celle qui m’a donné la vie et m’a appris le rôle merveilleux qui tu as tenu par la suite.
– Mais enfin qui a put te raconter de telles histoires ?
– Ce ne sont pas des histoires, je le sais, je le sens. Et d’ailleurs ce brave monsieur m’a bien précisé qu’il te connaissait.
– T’a-t-il dit au moins son non ?
– Oui, Gautier.
Seul Gautier, cet amant d’autrefois, pouvait en effet connaitre tous les faits concernant les origines de Viviane. Tout à leur joie, après ces révélations, les deux femmes se tinrent serrées dans les bras l’une de l’autre. Flore savait enfin qu’elle serait désormais la maman qu’elle souhaitait être.
Tard dans la journée, ce 25 janvier 1515, toute souriante, heureuse de vivre, Eliette vint les retrouver :
– Si vous saviez… ce beau jongleur, il baise comme un dieu !

Raimondo – 2017- (à suivre)

Viviane 18

Posted in Oulibouf on février 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

viviane-18

18e épisode 

Chapitre 5 : Viviane

Et la vie suit son cours.

Le Roi Louis XII a obtenu son divorce d’avec Jeanne de France : le Pape a donné son accord ; il y a toujours des arrangements possibles, moyennant quelques compensations. Le Roi peut épouser Anne de Bretagne dont il est amoureux depuis sa jeunesse. Ces problèmes domestiques réglés, il peut enfin faire de la politique et en particulier songer à poursuivre la conquête du Milanais sur lequel il fait valoir ses droits qu’il a hérité de sa grand-mère. Comme quoi, même en ces temps anciens, un petit héritage est toujours bon à revendiquer.

A Reims, les parents de Viviane attendent de ses nouvelles. On peut  penser qu’ils n’en recevront pas de sitôt… Jehan et Eliette filent le parfait amour ; les événements de ces derniers temps leur ont donné l’occasion de renouer la romance d’autrefois. Certes ils se doutent que cela ne sera pas éternel, mais pour l’heure ils ne boudent pas leur plaisir et peut même écrire « leurs plaisirs ».

A Tournehem, Viviane et Flore reprennent goût à la vie. L’épouse du Grand Bâtard, Jeanne,  les entoure et se montre avec elles comme une aïeule attentive. Flore semble s’intéresser à un jeune clerc chargé de prendre soin des livres du maitre des lieux qui, comme  son père Jean le Bon,  se révèle un bibliophile averti. Elle n’a pas encore cédé aux attentions de ce beau damoiseau, mais elle sent bien que cela ne saurait tarder.

Reste le cas de Viviane ; elle est enceinte et Jehan, le seul homme qu’elle n’ait jamais connu, est de toute évidence le père de l’enfant qu’elle porte Elle a bien caché à tous la nouvelle, mais Jeanne, fine mouche à flairé l’évènement : les nausées, ne trompent guère une personne d’expérience.

–         Quand te décideras-tu à me dire que tu es grosse ?

–         Mais comment avez-vous su ?

–         Peut-être as-tu oublié que j’ai mis quelques enfants au monde et je connais bien tous les phénomènes qui surgissent lors d’une grossesse.

Viviane est finalement heureuse de pouvoir confier ce qu’elle pensait être un secret à cette femme pleine d’expérience qui va l’aider à aborder la vie de mère qui sera bientôt la sienne.

Flore, quand à elle, ne se pose aucun problème de maternité, même si elle a enfin renoué avec les jeux de l’amour en cédant au jeune Gautier. Le clerc lui a fait visiter son domaine, il lui a montré les livres remplis d’enluminures magnifiques, dont elle a appréciées l’élégance ;  et si elle s’est émerveillée de toutes ces beautés artistiques,  elle a apprécié, un jour,  le délicat frôlement d’une main sur son joli fessier, cet effleurement n’étant qu’une étape, avant que d’aborder des divertissements capables de produire bien d’autres satisfactions.  Flore,  a accueilli avec plaisirs toutes ces  caresses dont le manque ternissait son équilibre et son moral. On trouva dans le château mille recoins secrets où l’on pouvait, en toute tranquillité échanger quelques gentillesses.

Gautier se révélait un amant plein de prévenance, d’une débordante imagination et Flore en élève appliquée savait apprécier les détours savoureux menant à l’extase, qu’elle découvrait avec lui. A son tour, elle imagina, un soir au clair de lune, sous les frondaisons du parc, une gentillesse que sa bouche besogneuse lui alloua avec grand art. Gautier goûta à sa juste valeur cette gâterie inattendue qu’il ne connaissait pas et Flore apprécia, pour des raisons pratiques,  la présence d’une fontaine gazouillant à proximité…

Si la vie à Tournehem se déroule de façon idéale, il n’en va pas de même à Reims où les parents de Viviane, attendent toujours des nouvelles de leur fille. Dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur cette inexplicable  disparition, ils ont à plusieurs reprises contacté Eliette, mais cette dernière ne leur en n’a  pas dit plus et même, à la longue, lasse de leurs continuelles visites, elle s’est montrée assez cassante avec eux.

–         Après tout, disait-elle à Jehan, c’est bien de leur faute ; pourquoi donc vouloir cloitrer leur fille dans un couvent contre sa volonté ?

–         Bien sûr, reconnaissait Jehan, mais pourquoi montres-tu tant de dureté envers avec ces pauvres gens.

–         Je suis dure et je m’enflamme  parce que leurs pleurnicheries m’ennuient ; ils n’avaient qu’à réfléchir aux conséquences de leur décision concernant l’avenir de leur fille.

–         Décidément ma pauvre Eliette tu es toujours aussi entière, incapable de montrer un brin de raison et un peu d’humanité ; tu t’emportes, tu hausses le ton. Il ne t’est pas venu à l’idée que ces parents, un peu tardivement peut-être, regrettent le  choix de vie qu’ils ont imaginé pour leur enfant ?

–         Jehan mon ami, tu m’ennuies. Je te rappelle que j’ai imaginé la « disparition de ta Viviane », pour éviter de te compromettre dans une affaire qui aurait pu t’apporter quelques ennuis avec les soldats du guet. Alors tes réflexions, tu peux te les foutre …

Eliette emploie ici une expression qui n’était peut-être pas en usage en cette fin du 15e siècle, mais que Raimondo utilise pour donner plus de vigueur à son récit. Pardonnons à ce génial conteur, l’anachronisme qu’il se permet pour la  bonne cause littéraire.  (Note de l’Editeur)

La discussion entre Jehan et Eliette, se termina sur ces magnifiques paroles. Les deux amants se séparèrent fâchés ; chacun regagna son propre logis. Ce soir, il n’y aurait pas de petit câlin, pas de main caressante, pas de doigt fripon, pas de bouche avenante ; bref, rien de ce qui aurait pu apporter un peu de sérénité dans ce monde de brute…

Le lendemain, Eliette vit paraitre en son échoppe un jeune adolescent chargé de lui remettre un pli dont elle prit connaissance aussitôt. C’était un mot de Jehan.

« Chère Eliette, j’ai besoin de me changer les idées, et c’est pourquoi je vais me rendre à Tournehem, auprès du Grand Bâtard.  Donne une petite pièce au porteur de ce message.»

Eliette resta de marbre  à la lecture de cette froide missive, mais la colère montait en elle, en constatant l’attitude fuyante de Jehan. Elle retint un instant le messager, le temps d’aller chercher, pour le remercier, quelques piécettes ;  mais celui-ci avait filé, pressé sans doute par quelque tâche urgente et en particulier, la remise d’un mot de Jehan destiné à la famille de Viviane et un autre, à la supérieure du couvent de Cormontreuil.

Mais cela Eliette ne le sait pas.

***

Après son algarade avec Eliette, Jehan a passé la nuit à réfléchir. Certes, la faribole imaginée pour expliquer la disparition de Viviane a pu, un temps du moins, satisfaire sa famille, mais désormais, il pense que les choses allant trop loin, il y a lieu de rétablir la vérité. Il a donc décidé de se rendre à Tournehem afin de ramener Viviane auprès des siens. Par ailleurs, il n’est plus question de vie conventuelle, et il va falloir en convaincre la famille.

Il a pris contact avec un roulier qui va le mener en Flandre et remis des lettres à un jeune voisin chargé de les transmettre à divers destinataires.

Celle destinée à Eliette, on l’a vu, est fort succincte, Jehan ne tenant pas à entrer dans de longues explications qu’il réserve à d’autres. Et en particulier, pour la famille de Viviane,  il tient à se montrer rassurant  en un écrit qui enjolive un peu la vérité mais qui devrait dans l’immédiat apaiser leurs tourments.

« Je suis Jehan, enlumineur de profession, élevé par les moines de l’abbaye de Saint Rémi. Durant les journées du sacre de notre roi Louis le douzième, j’ai eu l’occasion de rentrer votre fille Viviane. Nous avons, en tout bien tout honneur sympathisé, car elle semblait très intéressée par mes travaux d’enluminure. L’amitié aidant, je suis devenu le dépositaire de son secret familial qui la rendait malheureuse : entrer au couvent comme vous en aviez le dessein ; cela n’était pas, et de loin, son désir. Désespérée, je l’ai trouvée errante dans la nuit. Je l’ai hébergée afin de la soustraire aux  dangers nocturnes dans l’attente du jour pour la ramener auprès des siens. Mais elle refusa catégoriquement de rejoindre votre logis.

Par la suite, nous avons eu l’occasion de pouvoir nous éloigner de Reims dans l’attente de jours meilleurs  et pour vous tranquilliser, elle écrivit une lettre que l’apothicaire Eliette accepta complaisamment  de vous  remettre. Il va sans dire que cette femme, une amie de longue date et connue en la ville pour son commerce florissant n’est absolument pas complice de la fuite de votre fille et qu’il serait inconvenant de tourmenter à ce sujet.

Je vais dès que possible me rendre auprès de Viviane pour tenter de la ramener à la raison. Il me parait cependant souhaitable que vous abandonniez le projet d’en faire une religieuse. Peut-être y a-t-il d’autres solutions plus conformes à ses désirs.»

Bien sûr, Jehan passa sous silence la complicité intime, qui s’était créée entre eux. Il omit de préciser combien leur fille avait apprécié les jeux de l’amour pour lesquels elle montrait beaucoup d’empressement.

Une autre missive était destinée à la Mère supérieure du couvent de Cormontreuil ; en termes courtois il lui fit part de la peine de son amie Viviane destinée à devenir moniale sans en avoir jamais éprouvé le moindre désir. Il termina sa lettre en faisant état d’un évènement que l’indiscrétion d’une religieuse lui avait révélé :

« N’obligez la pauvre Viviane à se couvrir d’un habit, que vous-même, en son temps, avez revêtu contre votre gré… »

Dès que possible, Jehan quitta Reims en direction des Flandres  avec un roulier qui devait livrer en cours de route, des fûts de vin de la région champenoise. Le voyage se révéla un peu long : le chariot était lourdement chargé et les chevaux de trait devaient être changés souventes fois. Si le roulier ne quittait pas son charroi durant les nuits, Jehan quant à lui se reposait dans les auberges et à plusieurs reprises, il fut sollicité par les œillades de quelques servantes dont le décolleté, en cette période estivale laissait apparaitre de biens jolis attraits. Il résista quelques jours, mais l’envie supplanta bientôt la sagesse qu’il s’était imposé en allant retrouver Viviane.

Un soir,  en se couchant, il constata que son lit était occupé par un joli tendron complètement nu ; bouleversé par cette délicieuse vision, troublé par le velouté d’une blanche peau satinée qui s’offrait à lui, il ne sut résister à cette invite. La nuit fut enchanteresse et  à plusieurs reprises,  chacun y trouva le plus profond des bonheurs.

Deux jours plus tard, la cité de Tournehem se profile dans le lointain.

***

Alors que dans quelques heures il arrivera au château de son oncle le Grand Bâtard, Jehan ne sait pas que Viviane a ressenti les premières douleurs de l’enfantement. Il ne sait pas non plus qu’après avoir donné la vie à une jolie fillette, un implacable destin mettra fin à ses jours, comme beaucoup de femmes de l’époque lors des accouchements, laissant une orpheline à laquelle on a donné le prénom de sa mère : VIVIANE.

Raimondo (2016) – à suivre