Racconti della settimana 05

Venerdi 

             Avant, ils se retrouvaient vers midi, pour déjeuner dans une brasserie toute proche. Leur repas frugal rapidement expédié, ils allaient ensuite faire quelques délicieuses galipettes dans la chambre mansardée que Jean-Claude louait à proximité. C’était au quatrième, dans un vieil immeuble doté d’un ascenseur d’une autre époque dont l’étroitesse permettait aux amants, collés l’un contre l’autre, diverses minauderies préliminaires. Quelques minutes plus tard, ils étaient nus et se donnaient du plaisir. Ils n’avaient que peu de temps avant la reprise du travail, mais la récréation, bien que de courte durée leur apportait de réelles satisfactions. Elle, Nadine, délicieuse trentenaire aux formes remarquables possédait, comme on le dit parfois,  un tempérament de feu qu’elle exprimait par de nombreuses fantaisies amoureuses qu’elle savait imaginer et de sonores vagissements qu’appréciait son amant.

Leur aventure avait commencé de banale façon ; ils s’étaient croisés sur le boulevard et comme elle fouillait dans son sac à la recherche d’on ne sait quoi, son parapluie chuta au sol. Galamment, il se précipita pour ramasser l’objet qu’il remit à cette jolie femme. On se sourit, elle le remercia et chacun poursuivit son chemin.

Dans les jours qui suivirent, ils eurent l’occasion de se croiser à nouveau, de se sourire à chaque fois, de se faire un signe amical de la main jusqu’au moment ou ils décidèrent de faire mieux connaissance autour du verre de l’amitié. Ils apprirent à se connaitre : elle était comptable, il poursuivait des études supérieures, complétant sa modeste bourse universitaire par une foultitude de petits bouleaux.  Puis l’amitié se transforma en affection, et l’on en vint  bientôt évoquer une envie d’intimité ; il osa l’inviter dans sa chambrette estudiantine, elle ne refusa pas, et même malgré la présence d’une alliance à l’annulaire, elle souscrivit avec enthousiasme.  Dans l’ascenseur exigu ils partagèrent un premier chaud baiser d’amour.

 

             Tout ceci, c’était avant ; avant qu’une pandémie provoquée par un vilain virus proche de la vingtaine ne vienne perturber la vie de tous et oblige les autorités gouvernementales à décréter le confinement. Et l’on se confina.

Jean-Claude en profita  pour peaufiner la thèse qu’il devait soutenir dans quelques mois. Nadine, comme tout un chacun, découvrit les nouveautés du  télétravail, passant ses journées devant son ordinateur  auprès d’un mari, postier, qui, comme tous ses collègues s’adonnait au farniente payé de la fonction publique. Pour s’occuper il regardait  la télévision et ses indigents programmes de remplacement. De temps à autre, sans doute pour dissiper la monotonie,  il passait derrière son épouse, faisait un geste d’appel en lui caressant les seins, proposait un break,  une petite sieste crapuleuse, histoire de se changer les idées. Nadine refusait toujours, arguant un travail urgent, excuse mensongère qui masquait le sentiment de manque que l’absence de Jean-Claude provoquait chez elle. Les amours conjugales, s’avouait-elle pour se trouver des raisons, suivent un rythme nocturne alors que le jour est consacré aux amours qu’on dit illégitimes, ces plaisirs coupables que la morale réprouve certes, mais qui vous apporte un fulgurant bonheur sans égal. Entre les deux, elle savait faire le distinguo ; les savoureux bonheurs d’autrefois lui manquaient et si quelques caresses précédant le sommeil pouvaient apaiser ses sens, elles ne satisfaisaient pas les élans du cœur et les ravissements de l’adultère.

Tous les vendredis elle s’entretenait par skype avec le chef comptable pour régler des cas plus particuliers. Tous deux travaillaient ensemble depuis des années et, le temps aidant, une certaine complicité s’était établie entre eux, aussi après avoir  réglé les affaires financières, on prenait le temps de deviser de tout et de rien.

Ce matin là, Nadine était vêtue d’une robe de chambre sous laquelle elle était nue. Alors qu’ils évoquaient les évènements en cours, le vêtement s’entrouvrit très légèrement pour n’en pas trop montrer mais  suffisamment pour révéler un charmant spectacle qu’apprécia le chef comptable.

–Ma petite Nadine, je n’avais jamais l’occasion de te voir sous un jour aussi séduisant, mais je te l’assure, la merveilleuse vision que j’ai entraperçue m’a ravi. S’il y a plus, je suis preneur…

Sur l’instant, Nadine confuse, ne répondit pas. Rapidement, elle remit en place sa tenue, bafouilla une  excuse, tentant, inutilement, de  justifier l’incident.

Déconcertée, elle éteignit son ordinateur.

Avec le temps Jean-Claude ressent la pesanteur de la solitude. Nadine lui manque, ses caresses   et ses cris d’amour lui font défaut ; ses sens inapaisés le tourmentent mais il n’ose recourir à des pratiques inaccoutumées qui viendraient ternir, selon lui, la belle aventure qui s’est tissée avec elle. Chaque jour il fait quelques courses pour assurer sa subsistance et le soir, à 20 heures, comme tous les habitants du quartier, il applaudit pour rendre hommage au personnel de santé qui se dévoue afin soigner les personnes affectées par le terrible mal. A cette occasion, il a pu apercevoir, dans la maison faisant vis-à-vis, une jeune fille avec laquelle, les applaudissements terminés, il échange un petit geste de convivialité. Ce qui au départ n’était qu’un hâtif mouvement de main est bientôt devenu plus appuyé, il s’est prolongé, s’est transformé en une attitude plus enthousiaste. La charmante voisine osa un soir, étaler un panonceau sur lequel on pouvait lire les dix chiffres d’un numéro débutant par 06.

Dans les secondes qui suivirent Jean-Claude entra en contact avec cette gentille confinée qui éprouvait,  comme lui, le besoin de parler. Longuement, ce soir là, ils conversèrent et  dans les jours suivants meublèrent leur solitude au cours de longs entretiens. Et cela dura jusqu’au jour tant souhaité où les terrasses des Cafés purent accueillir enfin la clientèle : Jean-Claude découvrit alors de plus près, Annie, sa jolie voisine.  Jolie, elle l’était ; désirable, cela va sans dire, mais il tardait à le lui signifier. Fort heureusement, elle prit  l’heureuse initiative de l’inviter chez elle. Dans l’ascenseur les menant au quatrième, elle offrit sa bouche pour un succulent baiser mouillé, il glissa sa main sous le léger tee-shirt, rencontra une douce peau nue qu’il flatta tendrement ; il sentit venir l’érection, elle se rendit compte de la moiteur qui envahissait son entrecuisse. Il ne leur fallut que peu de temps pour se retrouver nus sur un grand lit. Les préliminaires furent écourtés, tant chacun désirait retrouver à nouveau les bienfaits d’une joute amoureuse dont les circonstances les avaient privés. Elle l’attira en elle, ils s’étreignirent avec vigueur, avec la rage qu’engendre la frustration : l’orgasme qu’ils souhaitaient depuis plusieurs semaines les submergea enfin.

(Et si on envisageait une suite ? Rendez-vous le 10 septembre ?)    Raimondo – 2020

  1. Jean-Claude Romera dit :

    Un récit au cordeau, émoustillant à souhait. Quel poète et quelle plume. De la belle ouvrage.

  2. oswaldo dit :

    Ainsi va la vie…

    Une tranche de vie, bien racontée.

    Raimondo est un véritable romancier On s’y croirait !

  3. oswaldo dit :

    …les images intermédiaires accompagnant le texte
    sont hilarantes!

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