Les Contes de la semaine 01

Propos liminaire

           Notre belle littérature française regorge de titres débutant par  « Contes », les Contes du lundi, les Contes de ma mère l’oye, les Contes du samedi, les Contes du chat perché, les Contes de la bécasse, les Contes de Perrault, de Grimm ou d’Andersen … Il y a aussi : les contes à dormir debout (cf les mille et une nuits), les contes d’Hofmann… et d’autres encore au bout du conte !

            Voulant à mon tour m’essayer à la nouvelle, je propose aux lecteurs de Gigaproduction : Les Contes de la semaine, chaque historiette portant le nom d’un jour. C’est original et je ne sache pas que ce titre ait déjà été utilisé, car je crains les foudres de la Société des Auteurs.

            Il me parait utile de préciser que ces récits ne doivent en aucun cas être étudiés durant les cours de littérature aux couvents des Ursulines…

Raimondo.

Petit rajout de Gérard : Merci Raimondo de ne pas nous laisser en rade après les tonifiantes équipées de « Viviane ». Les Contes de la semaine (à ne pas mettre à la portée des enfants) paraitront donc au même rythme que ladite Viviane, c’est-à-dire tous les deux mois et toujours le 10 ! Pour les illustrations, je ne vais pas trop me casser la tête et utiliserai des images autopromotionnelles (comme pour Tante Emma) car j’en ai, je pense, suffisamment en réserve.

Lundi

            Ce lundi là; comme chaque matin, Gertrude, la bonne de Monsieur Charles apporta à son maitre la tasse de café qu’il avait coutume de prendre avant de se lever pour regagner la salle de bain.
Chaque matin, en servante stylée, Gertrude demandait :
–         Monsieur a-t-il bien dormi ?
Et comme chaque matin, Monsieur Charles répondait d’un air bougon :
–         A peu près.
Le ton de l’expression ne variait pas, d’un jour à l’autre, quelle que soit la qualité du sommeil nocturne ; on le constatera, Monsieur Charles avait le réveil plutôt laborieux.
Cependant, ce matin là, les choses allèrent autrement. A peine La bonne avait-elle franchi le seuil de la chambre, que le maitre, tout sourire annonça d’un ton joyeux :
–         Venez voir Gertrude, venez voir cette belle érection.
Depuis qu’elle était à son service, lorsque se produisait ce phénomène, le maitre tenait sa servante au courant de la bonne nouvelle puis repoussait le drap afin qu’elle se rende compte de la véracité du fait.
Les années passant, les érections devinrent espacées, puis rares et bientôt épisodiques. Monsieur Charles s’en désolait, Gertrude déplorait les effets de la fuite du temps sur ce maitre auquel elle était très attaché. Ce matin là, ce que Charles appelait une érection n’était en fait, qu’une modeste raideur ne nécessitant pas qu’on s’extasie à sa vue et Gertrude fut peinée de constater que le sexe de son maitre était toujours aussi indigent, ce qui à 75 ans pouvait aisément se comprendre.

***

            Née dans une modeste famille ouvrière du bordelais, ainée d’une nombreuse fratrie, Gertrude fit très vite  office de seconde maman et  apprit très tôt, le travail de la maison ; aussi   après avoir passé avec succès son Certificat d’Etudes, se dirigea-t-elle vers cette profession de domestique, comme on disait alors,  ces serviteurs des riches bourgeois, image moderne du servage médiéval. Elle peaufina sa façon de servir, s’adressant aux maitres avec le respect qu’il convient,  usant de ce langage particulier des milieux bourgeois, qui exclut le « vous » au bénéfice de la « troisième personne ». Elle porta désormais des robes noires assorties d’un tablier blanc impeccablement repassé, veilla à l’ordonnance de sa chevelure savamment enchignonnée. Elle fut confrontée aux mains baladeuses de ses maitres ravis faire une petite cajolerie à sa jolie poitrine qui ne donnait  pas dans l’opulence, mais dont la remarquable rondeur ravissait les yeux et suscitait les caresses. Elle se heurta aux fils de famille, souhaitant s’initier avec elle à d’intimes ébats amoureux. Généreuse, elle acceptait parfois les mains audacieuses d’un adolescent  s’égarant sous son jupon à la recherche d’un recoin de peau nue.
A la longue ces caresses lui donnèrent un peu de vague à l’âme et elle pensa qu’il était temps de mettre fin à une virginité encombrante en songeant à  d’autres horizons.  L’épisode resta dans la famille puisque  ce fut un vieil oncle libidineux qui eut le privilège de lui faire découvrir  le bonheur d’exulter : il recueillit son premier cri de jouissance. Cette mise en route faite, Gertrude put voler de ses propres ailes ; elle ne s’en priva pas, évitant toutefois de se soumettre aux désirs de ses patrons et même quelquefois à celui de ses patronnes.
La trentaine venue, elle eut l’occasion de quitter le Bordelais et de rejoindre la capitale ; c’est là qu’elle entra au service de Monsieur Charles, un  heureux célibataire, ayant hérité  d’une confortable fortune, le mettant à l’abri du besoin et même du travail.  Il  vivait dans en une banlieue cossue, dans un magnifique pavillon où  Gertrude fut chargée de tout faire : l’entretien, la cuisine, la recherche d’ouvrier pour assurer divers travaux, bref tout ce qui est nécessaire  et indispensable dans une maison  dont le maitre ne tient pas à s’encombrer de toutes ces servitudes. Infatigable dans ce rôle de maitresse de maison, elle sut cependant se réserver  quelques moments personnels  qu’elle consacrait aux petits bonheurs de la vie. Assez réfractaire au plaisir solitaire, sauf en cas d’absolue nécessité, elle préférait, bien sûr, les tendresses d’un beau ténébreux et les hôtels de charme de la région destinés aux amours clandestines, eurent droit de multiples fois à sa visite avec des compagnons différents, car elle détestait ces passions amoureuses qui durent par trop.

***

            En ce lundi, cela faisait 20 ans que Gertrude s’acquittait avec zèle de toutes ces tâches à la grande satisfaction de Monsieur Charles, qui menait joyeuse vie  par  ailleurs, mais  satisfait  de retrouver en son logis le chaleureux confort que son accorte servante savait entretenir.
Il s’était créé entre eux certaines habitudes et en particulier ce rituel  qui se déroulait chaque fois que se produisait une érection matinale. Certes ce matin là le phénomène n’était pas patent  mais néanmoins Gertrude  ne dérogea pas à l’habituel cérémonial. Lentement elle dégrafa sa robe, laissant entrevoir un magnifique buste paré d’une riche lingerie en dentelle, sortit des bonnets ses seins aux tétons turgescents et prenant en main le sexe de son maitre, commença une tendre masturbation. Cependant, malgré le doigté qu’elle montrait et l’ardeur qu’elle apportait à cette caresse, les résultats tardaient à se manifester. Aussi, ce matin là,  geste qu’elle ne s’était jamais permis jusqu’ici, elle se pencha et prit en sa bouche le sexe récalcitrant, pour réussir à l’éveiller. Sans être prodigieux, l’effet fut bénéfique et quelques instants plus tard, Gertrude sentit sourdre sur sa langue quelques gouttes d’une liqueur d’amour…

Raimondo – 2018

  1. Romera dit :

    Du caviar, c’est trop bon. Mais que voulez-vous, étant gourmand j’en redemande.

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