Viviane 27

Et voilà braves gens ! Nous avons ci-après le dernier épisode de « Viviane ». Grand merci à celui qui a su entretenir de bout en bout notre intérêt pour cette sympathique héroïne, énormes félicitations aussi pour le style; c’est une écriture qu’on a plaisir à lire. Bravo Raimondo !

27e épisode

Chapitre 2 : Courriers divers

Ce matin là, une secrétaire de l’Etude vint remettre à Maitre Montillac un courrier qu’elle n’avait pas  décacheté : une grande enveloppe kraft, sur laquelle figurait la mention « Personnel » indiquant que ce pli particulier, contenait des documents qui, à priori ne devaient pas être traité par le secrétariat. Demeuré seul dans son bureau, le notaire ouvrit ce courrier assez pesant sur lequel ne figurait pas le nom de l’expéditeur. Il en tira d’abord, une lettre manuscrite, dont il prit aussitôt connaissance, avant de s’intéresser aux autres documents qui l’accompagnaient.

Maître,        

Des circonstances particulières me contraignent à prendre certaines décisions qui pourront vous paraitre singulières mais que j’ai prises après mures réflexions.

Lorsque vous recevrez ce courrier, j’aurai quitté Toulouse, et avant mon départ, pour une destination qui importe peu, je fais une fois encore appel à vous et aux services de votre Etude notariale afin de régler certaines affaires qui requièrent vos compétences.

Vous trouverez ici, outre cette présente lettre qui précise ce que j’attends de vous, des courriers sous enveloppe cachetées sur lesquelles figure le nom de divers destinataires. Vous voudrez bien remettre ces plis à qui de droit, les priant d’en prendre connaissance hors de votre présence ; vous voudrez bien  leur signaler la date d’un prochain rendez vous en votre Etude. Ce jour là vous prendrez connaissance, et en leur présence ferez lecture de la lettre incluse sous l’enveloppe verte ci-jointe, qui vous est spécialement destinée, mais dont vous ne découvrirez le contenu qu’en leur présence.

Votre cliente qui a tissé avec vous et vos enfants, des liens d’amitié,

Viviane Jacquet. 

Le notaire rangea dans son coffre fort l’enveloppe de couleur verte sur laquelle figuraient son nom et la mention : « A n’ouvrir que plus tard, en présence de témoins Il trouva  également  trois enveloppes portant le nom des destinataires : Dorothée Montillac, Marc Montillac,  Madame  Adeline Soubise, la gérante du commerce de lingerie, propriété de Viviane.

Dans les heures qui suivirent, Maître Montillac se chargea personnellement de remettre ces lettres à qui elles  étaient destinées, veillant scrupuleusement à ce qu’elles ne soient pas ouvertes en sa présence.

***

 Ma chère Dorothée,

Avant que de quitter définitivement Toulouse, pour des raisons personnelles, je tiens à te dire combien j’ai apprécié l’aide que tu m’as apportée, depuis que mes problèmes d’héritage m’ont amenée en cette belle cité.  Il s’est créé entre nous une très sincère amitié que je suis heureuse d’affirmer en ce pli, le dernier sans doute.

En me confiant le secret de ton attirance, de ton amour devrais-je dire, pour Jeanne, tu m’as montré que je comptais pour toi et que nos rapports dépassait le cadre des affaires pour confiner celui de l’amitié, d’une amitié sincère que j’ai appréciée plus que tu ne saurais le penser.

J’ai eu avec ton père, une conversation au sujet de ton avenir et donc du mariage qu’il envisage pour toi. De toute évidence, c’est un projet dans lequel l’argent apporté par le « futur » entre en ligne de compte, sans même que l’on ait jugé utile de solliciter ton avis. Et puisqu’il s’agit d’argent, sache que le problème financier est sur le point de se résoudre et j’en suis très heureuse. Ceci étant, c’est à toi désormais de prendre ton destin en main et de décider qui sera à tes côtés dans ta vie professionnelle. Je n’ai pas d’avis à te donner, je ne m’en sens ni le droit, ni la compétence ; seul ton bonheur me préoccupe, et c’est à toi de  définir quelle forme il doit prendre.

Ton amie Viviane, qui ne t’oublie pas et te souhaite un bel avenir heureux.

Dorothée relut cette lette à plusieurs reprises. Elle fut bien sûr touchée par son caractère intime mais demeura perplexe sur certaines assertions par trop sibyllines qu’elle contenait.  Elle décida de s’en ouvrir à Jeanne qui, comme elle, ne pu apporter une quelconque lumière, sinon le fait de songer à l’élimination d’un « futur » plutôt indésirable. Cette charmante perspective, poussa les amantes à des embrassades de contentement ; d’intimes baisers amoureux furent échangés, les mains s’égarèrent à la recherche des recoins secrets de leurs corps. Bientôt les robes furent ôtées, la lingerie voltigea à travers la pièce et les deux femmes se chérirent avec passion, serrées l’une contre l’autre pour atteindre le délirant orgasme qui les fit feuler de plaisir.

***

Marc, mon cher amour,

C’est la première fois que je m’adresse à toi avec cette tendresse, usant de ces mots qui d’ordinaire, ne sont pas courant entre amants. C’est à dessein que je les emploie,  t’avouant qu’après nos premières effusions où seul le plaisir prévalait, j’ai ressenti naitre en mon cœur le bienheureux sentiment d’une femme passionnée qui découvre le bonheur d’aimer. Pour moi, notre intimité devint toute autre et je me suis donnée à toi avec le sentiment que nous allions parcourir ensemble, un long et merveilleux chemin. Avec ravissement j’ai découvert que j’allais être mère. Très vite hélas, le ciel n’a pas voulu que ce bonheur me soit permis…

Tu découvriras bientôt d’autres secrets et en particulier celui qui met fin à une liaison amoureuse que je te demande de ne pas oublier ; garde en mémoire cette femme, qui à l’opposé de bien d’autres sans doute,  t’a aimé avec passion.

Lorsque cette lettre te parviendra, j’aurai quitté Toulouse emportant avec moi le magnifique souvenir d’une flamme qui, je le déplore, s’est trop rapidement éteinte.

Je t’embrasse tendrement avec toute ma passion.

C’est en pleurs que Marc tenta de joindre téléphoniquement Viviane. Il n’entendit qu’un perpétuel « bip, bip » qui retentissait continuellement de façon languissante.

***

Chère Madame Soubise,

Je suis satisfaite d’apprendre qu’il vous a été possible d’obtenir le prêt vous permettant d’acquérir mon commerce de lingerie dont vous détenez pour l’heure la gérance. Sur le point de quitter Toulouse, j’ai donné ordre à Maître Montillac d’assurer toutes les formalités de la vente qui feront de vous la légale propriétaire de ce magasin.

Nous n’aurons plus l’occasion de nous revoir mais je tiens à vous redire combien j’ai apprécié le soin et l’énergie  que vous avez apportés dans la conduite des affaires, afin que cette enseigne bénéficie d’une excellente réputation et  réponde aux désirs d’une clientèle de plus en plus importante.

***

Quelques jours plus tard  les trois bénéficiaires de ces courriers, se retrouvèrent dans le bureau de Maître Montillac, chacun ayant en l’esprit diverses pensées. Dorothée se demandait par quel miracle les choses pourraient s’arranger pour elle. Madame Soubise voyait l’avenir avec satisfaction. Quant à Marc depuis plusieurs jours, après avoir appris le départ de Viviane et la fin de  leur intime liaison, il restait sombre et muet, se demandant à quel moment il allait s’éveiller de ce mauvais rêve.

C’est avec une certaine solennité que le notaire décacheta l’enveloppe verte. Il en tira une  lettre manuscrite et constatant qu’elle ne portait pas en entête un nom de destinataire il commença à la lire à haute voix.

Après quelques années de bonheur, je vais quitter cette belle ville de Toulouse, dans laquelle j’ai eu l’occasion de  rencontrer des amis très chers qui  m’ont permis d’y vivre d’heureux moments. Malheureusement, il se produit parfois  des circonstances inattendues qui viennent perturber le déroulement des évènements et le destin, une fois de plus, a bouleversé le cours de ma vie,  m’amenant à prendre quelques dispositions concernant mes biens, dont Maitre Montillac voudra bien assurer légalement le devenir.

Madame Soubise souhaitant  acquérir mon magasin de lingerie dont elle assurait jusqu’ici la gérance remettra à Maitre Montillac le chèque d’un montant prévu pour cette transaction dans un accord écrit dont elle est dépositaire et qu’elle  remettra aujourd’hui.

Cette somme, déduction faite des frais notariés, sera remise à Marc; il  sera sans doute le premier étonné de ce legs qui évitera à Dorothée un mariage incongru avec un « futur » tombé du ciel chargé simplement de fournir la part d’héritage dévolue à Marc, a qui je lègue également ma maison.

Maitre Montillac éclaira ses auditeurs en leur faisant part des projets qu’il avait envisagés pour assurer sa succession à l’Etude. Puis il termina la lecture de la lettre de Viviane.

Je souhaite de tout cœur que Dorothée organise désormais sa vie comme elle l’entend et qu’elle ne soit pas soumise à des obligations qu’elle ne souhaite pas.

Quant à moi, je vais quitter Toulouse ainsi que la France.

Une visite auprès de mon gynécologue consécutif à une fausse couche, a détecté chez moi un mal que la science soigne encore difficilement, que pudiquement on nomme, à tort parfois, une longue maladie. Je ne me vois guère soumise à des soins pénibles et fastidieux et  je n’ai pas le courage de voir mon corps se dégrader jusqu’ à une inéluctable issue que les médecins prévoient dans un très proche avenir.

Puisque la France n’autorise pas l’euthanasie je me suis  tournée vers un pays  voisin où  la législation est plus compréhensive. J’ai donc  pris des dispositions pour qu’une association me vienne en aide pour mettre fin à mes jours. 

Mes chers amis ne cherchez pas à  retrouver ma trace ;  de tristes circonstances ont voulu que je naisse inconnue, mon souhait est de poursuivre cet anonymat dans l’au–delà. Gardez seulement le souvenir de cette Viviane à laquelle vous avez offert, en l’ultime partie de sa vie, bien des joies et des satisfactions.

Un grand silence se fit dans ce bureau notarial, souvent témoin de quelques luttes intestines ou échanges d’invective. En ce jour, après la lecture du  message de Viviane l’émotion prévalait et les larmes de chacun accompagnaient le profond silence.

On entoura Marc, à n’en pas douter, le plus touché de tous. Sans toutefois amoindrir sa peine la tendre attitude de son père, peu courante il est vrai, le réconforta quelque peu.

***

Papa,

C’est tout à fait par hasard que j’ai trouvé dans la maison de Viviane, au fond d’un tiroir, un petit journal intime, qu’elle avait peut-être caché là,  laissant aux circonstances le soin de le  faire surgir. J’ai hésité à lire cet opuscule ne voulant pas m’immiscer dans quelque secret intime qui ne m’appartenait pas,  puis je me suis persuadé que Viviane n’avait pas détruit ce journal pour que je puisse un jour en prendre connaissance. J’ai découvert alors un secret que tu lui avais confié, concernant mon origine : tu doutais être génétiquement mon père.

Il ne manque pas actuellement de moyens scientifiques pour s’en assurer, mais  je ne  vois pas l’utilité d’un tel recours. Si  des incertitudes ont pu t’assaillir, sache que pour moi,  tu restes mon Papa, celui qui m’a donné une enfance heureuse dans un climat serein. Je n’ai pas toujours été le garçon idéal que tu aurais aimé avoir et mon caractère frivole a dû souvent t’importuner. Tu restes cependant pour moi, le père que je suis heureux d’avoir eu.

Je voulais te dire tout cela avant de rejoindre  la  Grande-Bretagne où avec quelques amis nous allons monter un groupe musical, projet qui depuis longtemps me tient à cœur.

Ton fils, Marc. 

Heureux d’avoir transmis à son père son message d’amour  filial, Marc songe a son avenir. Peut-être aura-t-il un jour une fille, qu’il prénommera  Viviane et à laquelle il contera l’histoire de cette femme exceptionnelle qui a côtoyé sa vie durant quelques mois.

Mais ceci est une autre histoire.

FIN

  1. Romera dit :

    Quel beau texte, quelle plume; un grand moment de lecture. Vraiment. Je dois dire que mon émotion n’est point feinte. Mille mercis à Raimondo de nous avoir captivé avec les tribulations de Viviane. Sa passion, sa flamme, osons le mot, son esprit créateur nous manquera fortement.

  2. Oswaldo LONG dit :

    Très belle fin d’histoire ….qui laisse bien des regrets

    J’ai suivi avec grand intérêt les 26 épisodes des aventures de Viviane. Je l’ai aimée…

    J’ai connu, lycéen,une » Viviane » à laquelle j’ai voué un amour platonique et passionné…dont elle n’a jamais rien su. Peut-être était-elle celle dont Raimondo avec grand talent, nous a conté les amours et les vicissitudes……
    Merci à cet écrivain et merci à Gigaproductions…

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