Viviane 26

26e épisode et CINQUIEME PARTIE

L’implacable destin vient parfois perturber le cours des évènements.
Les descendantes de la Viviane médiévale auraient pu perdurer au fil des siècles trouvant une lointaine parenté dans l’époque actuelle ; peut-être aurait-on pu trouver un lien entre cette lointaine aïeule et la Viviane issue de cette inconnue de Ladinhac qui lui donna le jour. Hélas le sort en a voulu autrement ; la jolie Viviane, fille de Matteo Rosselli n’a pas eu de descendance. Cloitrée chez les clarisses d’Assises, elle n’a pas, comme celles qui l’ont  précédée, connu ni les transports de l’amour ni le bonheur de l’enfantement. La belle histoire de nos Viviane se termine en la seconde moitié du XVIIe siècle dans la cité Ombrienne  où naquit un certain François.
Il ne reste à notre curiosité que cette Viviane vivant désormais à Toulouse et qui ce jour, a retrouvé avec plaisir, Marc, le fils du notaire, Maître Montillac. 

Chapitre1 : Conversations diverses 

–        Tu es toujours aussi bandante !
–        Et toi, tu manques toujours de romantisme lorsque tu fais un compliment à une femme.
–        Mais enfin, pourquoi dis-tu cela ? Touche  ce sexe qui s’érige  en te voyant,  n’est-il pas la preuve de l’effet bandant que tu lui procure ?
–        J’en conviens, mais enfin tu pourrais t’exprimer de façon plus élégante : dire tout simplement que tu me trouve jolie par exemple.
–        Oui. Mais sache que j’ai connu bien des  jolies filles qui n’étaient pas bandantes, avec lesquelles j’ai expulsé mon trop-plein d’énergie sans avoir l’envie folle de leur apporter un peu de joie, si tu vois ce que je veux dire.
–        Oui  je vois, je ne suis pas débile : tu me trouves toujours à ton goût et tu as envie de t’envoyer en l’air avec moi, me gratifiant de ces gentillesses qui autrefois nous ravissaient tant ; je dis bien « autrefois » car je te signale que cela fait trois mois que tu n’as pas donné signe de vie. Je suppose que tu n’avais pas besoin de moi et qu’un joli tendron a fait place à la Viviane peut-être trop mûre pour toi.
–        Là, tu es injuste. Sache que j’étais à l’étranger accompagnant un groupe musical avec lequel j’ai quelques projets d’avenir. Je suis impardonnable de ne t’en avoir pas avisée ;  tu me connais, il m’arrive parfois de me montrer négligent, mais crois-moi, tu n’as jamais quitté mon esprit. D’ailleurs, dès mon retour, donc depuis hier, je t’ai contactée aussitôt afin de te revoir.
–        Tu avais envie de quelques gâteries ?
–        Là, c’est toi qui deviens vulgaire. Oui j’avais envie de te revoir. Oui j’avais envie de faire l’amour avec toi, de te serrer dans mes bras, de t’aimer, tout simplement.
–        J’aime ces douces paroles. Tu sais parfois être romantique et cela fait du bien. Viens.
Et ils firent l’amour ; plusieurs fois.
–        Au cours de ces trois mois, tu n’as pas eu quelques tentations ?
–        Pour être honnête, quelques unes ; il faut bien que le corps exulte, comme l’a chanté le poète. Et toi ?
–        Aucune.
–        Par fidélité ?
–        Va savoir…
Et ils refirent l’amour ; plusieurs fois.
–        Je t’ai manqué ?
–        Disons que le soir, seule dans ma couchette,  ton absence s’est souvent fait ressentir…
–        Serais-je indiscret en te demandant comment tu as palier cette privation ?
–        Oui… 
Et ils s’endormirent jusqu’au petit matin. En catimini, Marc s’éclipsa assez tôt laissant un petit mot : « Au fait, ma sœur Dorothée aimerait te voir… »

***

–        Allo Dorothée ? C’est Viviane. Ton frère m’a dit que tu voulais me voir.
–        Oui. J’ai besoin de ton avis et de tes précieux conseils pour une affaire importante.
–        Tu veux que je passe à ton bureau.
–        Surtout pas ; à l’étude, il y a trop de va et vient et trop d’oreilles indiscrètes. Je propose qu’on se retrouve dans un petit restau.
–        Pourquoi pas. On va chez Angelo ?
–        Heu…oui.
–        Ou ailleurs si tu ne goûte pas la cuisine italienne.
–        Non je ne suis pas contre la cuisine italienne  mais je n’aime pas trop quand Angelo me passe la main dans le dos et la fait glisser jusqu’à mes fesses.
–        Ce n’est là qu’un geste d’amitié…
–        Que je n’apprécie pas toujours. Mais enfin, va pour Angelo.
Elles se retrouvèrent donc chez Angelo, qui bien sûr les accueillit d’une main on ne peut plus chaleureuse. 
–        Un saltimbocca à la romana
–        Une escalope milanaise ; sans oublier le pichet de lambrusco.
C’est en prenant le café après la dégustation du tiramisu que Dorothée fit part de ce qui la préoccupait.
–        Mon père souhaite que je me marie.
–        Je suppose qu’il tient comme tous les parents à voir ses enfants installés pour faire leur vie.
–        Il souhait surtout me laisser son Etude et partir à la retraite.
–        Et en quoi cela pose-t-il  problème ?
–        Parce qu’il veut, pour m’assister,  me faire épouser le fils d’un de ses amis notaires, un blanc-bec pas très affable doté d’un strabisme assez prononcé.
–        Oui effectivement, le candidat n’inspire pas, à priori, l’enthousiasme. Mais toi-même, tu dois bien avoir des amis dont tu te sens proche avec lesquels tu aimerais bâtir un avenir.
–        Bien sûr, et c’est là où les choses se compliquent. J’ai connu à la fac un être d’exception avec lequel se sont ourdis des liens d’amitié puis d’intimité qui ne se sont pas démentis au fil des années.
–        Alors où est le problème ?
–        Le personnage en question, cher à mon cœur, se nomme Jeanne et je doute que mon père puisse apprécier les liens intimes qui se sont tissés entre nous.
–        Je vois.
–        Non seulement Jeanne est en matière de Droit un puits de science, mais dans l’intimité j’ai ressenti avec elle d’intenses frissons que les hommes n’ont pas toujours été à même de me procurer
–        En d’autres termes, tu es devenue homosexuelle.
–        Je ne sais pas si je suis devenue homosexuelle ou lesbienne ou comme tu voudras, tout ce que je sais : j’aime, je suis amoureuse, Jeanne m’apporte tout ce qu’un cœur souhaite et tout ce qu’un corps peut désirer.
–        Et à par moi, n’as-tu pas eu l’occasion d’en parler avec d’autres, à ta mère par exemple ?
–        Elle est bien la dernière à qui j’en parlerais. Ma mère a passé sa vie à dépenser les revenus procurés par l’Etude notariale et à batifoler avec de multiples amants. Ses enfants ont été élevés par des bonnes et se sont instruits dans des internats pour bourgeois nantis. Ce n’est pas à toi que j’apprendrais ce qu’est la jeunesse d’un enfant privé d’une mère.
–        Ceci étant, j’ai pour toi la plus grande estime et je tiens à te le montrer en tentant une démarche auprès de ton père.
Les deux amies quittèrent le restaurant en tapotant les fesses d’Angelo, qui n’apprécia pas ce geste, somme toute réservé aux hommes,  mais  fit sourire quelques clientes qui le remarquèrent.

***

Toulouse.
Madame, nous vous confirmons votre rendez-vous avec le Dr Durand (Gynécologue), mardi prochain à 16h30 

*** 

–        Maitre, j’ai l’intention  de vendre mon commerce de lingerie et j’aimerais que votre Etude se charge d’assurer toutes les formalités de la transaction.
–        Cette vente laisserait-elle supposer votre départ vers d’autres lieux ?
–        Pas du tout. Je suis devenue toulousaine, la ville me ravit, je m’y suis fait des connaissances, des amis et ne cherche pas à m’en éloigner.
–        Je ne voudrais pas me montrer indiscret, mais puis-je alors  vous demander pourquoi abandonner ce commerce florissant qui vous procure de confortables revenus ?
–        Ceci ne concerne que moi. Sachez simplement que j’ai quelques projets et pour les réaliser j’ai besoin de capitaux.
–        Mais enfin, si les capitaux vous manquent, il vous est possible d’emprunter auprès des banques.
–        A un taux usuraire, vous ne l’ignorez pas.
–        A un taux que votre commerce  prospère couvrirait aisément.
–        N’insistez pas Maître. Ma décision de vendre est irrévocable, malgré les efforts que vous mettez à m’en dissuader.
–        Ma foi, je ne souhaite pas vous importuner, je me permets seulement, en ma qualité de juriste, de vous donner quelques conseils, en toute amitié.
–        Croyez bien que j’ai toujours apprécié ce que vous et votre fille  avez fait pour régler mes affaires pour le moins complexes. Et à propos de votre fille, je crois savoir que vous avez pour elle des projets matrimoniaux.
–        Vous en savez des choses ! Qui donc vous a fait part de ce projet ?
–        La principale intéressée, Dorothée, votre fille.
–        Je suppose qu’elle est venue se plaindre auprès de vous, ignorant mes efforts pour lui assurer un avenir confortable.
–        Elle ne méconnait pas la chance qu’elle a de prendre votre succession à l’Etude notariale, mais regrette de n’avoir pas son mot à dire au sujet d’une union qui ne répond pas à ses désirs.
–        Au diable les désirs ! Croyez-vous que j’ai épousé ma femme par plaisir ? Eh bien non ; mon père a mis dans mes bras une fille de notaire, assez jolie j’en conviens, porteuse de capitaux capables d’apporter à notre modeste Etude l’importance qu’une confortable dot pouvait lui procurer.
–         C’était un autre temps, les choses se réglaient ainsi autrefois ; aujourd’hui on ne résout  plus les problèmes financiers par des mariages. Et d’ailleurs, je ne sache pas à quels problèmes votre Etude est confrontée ?
–        Vous oubliez que Dorothée n’est pas la seule enfant de la famille ; il y a Marc et je veux régler ma succession tenant compte de mes deux enfants : Dorothée recevra l’Etude et Marc une somme d’argent. Je crois savoir qu’il veut monter un groupe musical et je souhaite lui fournir des capitaux afin de réaliser ce projet.
–         Et si j’ai bien compris, le godelureau aux yeux qui louchent devrait vous apporter les subsides nécessaires…
–        A la satisfaction de tous ; croyez-en mon expérience, quelle que soit l’époque, les affaires sont les affaires. Sachez que lorsque j’ai épousé la mère de Dorothée, je savais pertinemment qu’il s’agissait d’une union de convenance avec une fille bien connue dans les milieux bourgeois de la cité pour avoir une vie sexuelle assez débridée.
–        ……
–        Et pour dire le vrai, je ne suis par sûr que Marc soit génétiquement mon fils ; ce qui ne m’empêche pas de l’aimer, même si son caractère volage m’agace parfois.

***

Toulouse.
Madame, nous vous confirmons votre rendez-vous avec le Dr Durand (Gynécologue),  vendredi  prochain à 18h. 

***

–        Allo Marc, tu es libre ce soir ? J’ai envie de toi. Réponds-moi dès que tu recevras ce message.

***

Lausanne (Confédération helvétique)
Madame, nous vous confirmons votre rendez-vous avec l’un des Docteurs de notre Institut  mardi prochain à 10h.

Raimondo – A suivre

  1. Romera dit :

    Du suspense, de la nouveauté. Des textes toujours tirés au cordeau. J’ai hâte de lire la suite. Un bonheur en attente.

  2. Oswaldo LONG dit :

    Est-ce le début d’un nouveau roman? Vite la suite!

    Mais je me demande ce que cachent ces demandes de rendez-vous chez des gynécologues….

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