Viviane 12

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Chapitre 6 : De Cumières au palais royal

      Sans se presser, Arnoul, quitta  la terrasse du donjon et appela le personnel du château pour  annoncer le terrible et mortel accident qui s’était  produit : imprudemment penché sur la  rambarde, le Baron avait malencontreusement perdu l’équilibre. Les réactions du petit personnel furent diverses, mais aucun ne sembla regretter un maitre qui s’était toujours montré dur et intransigeant avec ses employés ; chacun, du régisseur au plus humble des domestique se souciait plutôt d’un incertain devenir. Arnoul les rassura à ce sujet,  garantissant qu’il allait se charger de régler les problèmes soulevés par la disparition du Baron de Cumières.

      A l’auberge, Viviane attendait le retour de son frère avec impatience. Adeline, quant à elle, craignant surtout les réactions violentes du Baron et d’une rixe toujours possible, se souciait avant tout pour la santé de son bel amant. Dès qu’elles l’aperçurent elles se jetèrent dans ses bras avec enthousiasme. Viviane comprit, à certaines attitudes, à d’intimes gestes, le type de rapport qui s’était établis entre son frère et la belle aubergiste, mais se retint de faire la moindre remarque à ce sujet.

        Sachez que le Baron est désormais dans l’impossibilité de nuire à qui que se soit. Le pauvre homme a fait une chute malheureuse du haut de son donjon. Paix à ses cendres.

      S’il évoqua la triste fin d’Aldemar, il resta cependant muet sur les détails précis des circonstances ; c’était un accident, il fallait s’en tenir à cela : triste  rigueur d’un implacable  destin.

      Lorsqu’ils se retrouvèrent dans l’intimité de leur chambre d’amour, Adeline, sans tergiverser fut directe dans ses propos :

        Tu nous as servi de bien belles balivernes, mais j’aimerais savoir ce qui s’est réellement passé au château. Ton histoire d’accident n’a pas réussi à me convaincre.

      Et devant le silence d’Arnoul :

        Dis-moi la vérité ou je me verrais obligée, pour te punir, de te faire subir l’affreux supplice de la « peine à jouir »…

        Peut-on savoir en quoi cela consiste ?

        Du regret que tu vas éprouver, en passant à côté de bien bonnes réjouissances.

        Je t’en prie, sois plus claire.

       Elle le fut.

     Elle prit le sexe encore flaccide dans sa main, le caressa avec ferveur, approcha une bouche gourmande, mit en branle une langue fouineuse, bref toute une série de gentillesses aptes à réveiller la plus récalcitrante des bites. On était au bord de l’explosion, quand, cessant ses fructueuses gâteries Adeline se retourna pour dormir, souhaitant d’une voix câline, la bonne  nuit.

        Tu es ignoble, tu ne vas pas me laisser comme ça.

        Mais si mon chéri.

        Enfin, cela ne se fait pas, ce serait indigne de toi.

        Crois-moi, il y a bien longtemps que je ne me soucie plus de ma dignité.

        Adeline, ma douce ! Implora-t-il

        Raconte.

     Et, devant un tel dictat, il conta par le menu le véritable déroulement des évènements.

     Et Adeline ne prolongea pas plus longtemps son horrible supplice.

     Et elle reprit ses multiples gentillesses.

     Et ils poursuivirent une bonne partie de la nuit de bien joyeux ébats.

     Et tout cela fut délicieusement agréable, les deux amants n’évitant aucune privauté, pour se satisfaire mutuellement. 

     Au réveil, après de sympathiques retrouvailles durant lesquelles on ne ménagea pas quelques ardeurs matinales, Arnoul fit part de ses projets : se rendre auprès du Comte de Champagne, le suzerain d’Adelmar de Cumières, sans toutefois préciser la teneur de ses projets et se refusa à en dire davantage malgré les câlineries d’Adeline.

     Arnoul se dirigea donc vers Provins, où résidait le Comte de Champagne en une magnifique cité fortifiée. Il n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer ce puissant féodal mais ne doutait pas qu’il serait reçu avec courtoisie. Il n’en fut rien : le Comte ayant appris le décès d’Aldemar, se préparait à se rendre à Cumières pour y installer un fils bâtard, qu’il souhaitait établir dans le domaine. C’était à l’époque la façon de régler à moindre frais les situations un peu particulières de ce genre.

     La nouvelle déconcerta Arnoul qui entrevoyait un autre arrangement logique selon lui : transmettre les biens du Baron à un héritier légitime, l’enfant que portait sa sœur Viviane. Faute de pouvoir évoquer cette solution avec le Comte champenois qui refusait de le recevoir, Arnoul sans tarder, se décida à en référer à son seul maitre, le Roi.

***

     A Paris, à la fin de son conseil journalier, le Roi se dirigea vers les appartements  de la Reine, ainsi qu’il avait coutume de le faire chaque jour, en fin d’après midi ; il aimait, après ces réunions parfois fastidieuses, se détendre auprès d’une épouse bienveillante qui savait se montrer attentive à ses royaux soucis. Et ce jour d’hui,  le souverain était d’une humeur massacrante.

        Décidément, les français sont des « veaux » : les flamants pactisent par trop à mon goût, avec les Anglais, sous prétexte de raisons commerciales, les bretons se complaisent dans leur isolement, alors que je tends vers eux une main généreuse, quand aux champenois, je n’entends pas parler d’eux, et cela me soucie.

        N’aviez vous pas, Sire mon époux, demandé à Arnoul de vous tenir informé de la situation en ce comté.

        Certes, mais jusqu’ici je n’ai aucune nouvelle de lui et cela ne me dit rien qui vaille.

        Je vous en prie, calmez-vous mon Roi, venez auprès de votre épouse qui vous aime et qui se tient prête à apaiser vos peines.

     Et en bonne épouse, elle tenta, avec ses tendres moyens de calmer l’ire royale. Sa dextre trouva le chemin  de l’intime recoin qu’elle souhaiter éveiller par ses diligents soins. Mais ce jour-là ses gentillesses, caresses coquines ou va et vient délicats ne réussirent point à sortir de sa torpeur un vit désespérément paresseux qui tardait à prendre son envol. Malgré les efforts de la Reine, le Roi, accablé sans doute par les soucis de sa charge, et le désolant constat de l’incurie de son peuple, restait en état d’anérection ; entendez par là, qu’il était incapable de bander.

     La Reine, on le sait, n’avait jamais osé prodiguer sur son époux, la délicieuse succion, prélude à l’explosion des sens, mais ce jour-là, elle n’hésita pas à user des grands moyens pour palier les carences de la bite royale. Sa bouche câline se mit à l’ouvrage, sa langue se fit courageuse, pugnace, alerte, et le miracle attendu se produisit : le souverain banda  et son souffle court montra qu’il appréciait cet exquis traitement. La Reine, consciencieuse, poursuivit sans ses lasser l’intime gâterie qu’elle souhaitait mener à son terme,  jusqu’au moment ou une chaude sève viendrait flatter ses papilles buccales.  Enfin, le cri du Roi, attesta du grand bonheur qu’il avait éprouvé. Ce qui ne l’empêcha pas de faire une judicieuse remarque.

        Mais, dites-moi très chère, qui donc vous a appris cette fantastique cajolerie ?

     Le ton mi figue mi raisin du souverain pouvait laisser entendre  qu’il subodorait, de la part de son épouse, quelque infidélité, avec un amant de passage qui lui aurait enseigné pareille attitude. Si cela était le cas, les choses allaient mal tourner pour la Reine. Elle s’en avisa bien vite, la finaude, mais ne se démonta pas pour autant : femme est ainsi faite, qui trouve toujours réponse, même dans les cas désespérés.

        Sachez, très cher époux que je n’ai nul besoin de conseil pour être agréable à mon Roi et seul l’amour profond que je lui porte m’a inspiré ce divertissement que vous semblez avoir apprécié. Elle appuya sur le mot « amour » avec force et conviction : le Roi son mari, en resta marri.

        Ma mie, vous êtes une épouse exceptionnelle et je bénis le ciel de vous avoir placée à mes côtés.

     Pour la remercier, le souverain, à son tour usa de méthode analogue pour apporter du bienêtre à son épouse, et afin d’agrémenter les choses, il n’hésita pas à laisser errer ses petits doigts curieux vers une chaude et moite intimité. La Reine connaissait cette gâterie qu’elle avait eu l’occasion de découvrir par ailleurs, mais pour la première fois, ce jour là, ce fut le cadeau de son Roi : elle poussa un hurlement de satisfaction, certainement  un peu trop exagéré, pour en remercier le généreux donateur.

     Alors qu’ils reprenaient haleine on frappa discrètement à la porte :

        Sire, un messager demande à s’entretenir avec vous.

        Qu’on ne m’importune point, je règle avec la Reine des problèmes ménagers et ne tiens pas à être dérangé.

     L’importun s’éloigna et le Roi ragaillardi sans doute par un premier  acte magnifique, s’apprêtait  à entamer le second quand de nouveau on gratta à la porte.

        Sire, le messager dit s’appeler Arnoul et arrive de Champagne.

        Qu’on le conduise vite au petit salon, où je le rejoindrai dès que possible.

     Et il ajouta, se tournant vers la Reine :

        Excusez-moi très chère, les affaires du royaume m’appellent. Et merci encore pour la délicieuse gentillesse dont vous avez   preuve à mon égard.

        Sire mon époux, vous avez su me combler également et de ce fait, vous n’êtes pas en reste.

     Sans le savoir, en cette lointaine époque médiévale, le Roi et la Reine du moment, venaient d’établir au sein de leur couple, les premiers rudiments de la contraception.

***

     Arnoul rapporta au Roi les évènements qui s’étaient déroulés durant son périple champenois : son entrevue avec Aldemar de Cumières, honteux séducteur de sa sœur Viviane, ainsi que le malheureux accident dont il ne cacha pas le moindre détail, justifiant  son geste un peu brusque par la rage irrépressible  qui monta alors en lui, face à la vilenie de ce malfaisant suborneur. Cela fit sourire le Roi.

        J’ai ouï parler de cet obscur hobereau, qui n’était pas un personnage recommandable. La terre champenoise compte maintenant un félon de moins.

        Mais il y a une suite qui, à coup sûr, intéressera votre majesté.

     Ainsi, le Roi apprit que le Comte Thibaut comptait se mettre en route pour regagner Cumières  et y installer un fils bâtard, qui bénéficierait des revenus de ce fief.

        Et cela sans m’en aviser, s’écria le Roi en colère. Ce champenois de malheur ne connait-il pas les principes  établis par les lois féodales ? Ne se sait-il pas que tout transfert de fief  doit être soumis à mon autorité ? Décidément ce Comte est bien comme son lointain aïeul, Thibaut le Tricheur, une tête de mule qu’il me faut ramener dans le droit chemin.

        Peut-être faudrait-il également songer à la pénible situation dans laquelle se trouve ma pauvre sœur du fait de la félonie d’Adelmar.

        Nous y pourvoirons mon cher Arnoul. Mais pour l’heure, il est temps de songer au repos, et comme le disait un grand penseur romain : « nox portam concilium ».

     Le Roi avait autrefois apprit le latin, mais faute de le pratiquer, il n’usait désormais qu’un latin de cuisine.

Raimondo (à suivre) – 2015

  1. oswaldo dit :

    Outre son talent de conteur des sens », Raimondo possède une véritable culture historique des mœurs et usages nobiliaires du Moyen âge.
    Ce qui ajoute une grande note réaliste à ses récits.

    Bravo Raimondo !!!!

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