Emeline et Adalbert 20

     Et voilà le dernier chapître du fabuleux roman médiéval de ce sacripan de Raimondo. Merci l’ami! On a bien ri, on a bien été émoustillé, et même on a appris bien des choses sur cette période. Je vous invite tous à laisser un petit commentaire sur ces parutions depuis Novembre 2010. Cela fera certainement chaud au coeur de l’auteur.

     Mais vous allez retrouver bientôt d’autres pages de Raimondo dans le droit-fil de toute la verdeur des propos dont il est coutumier. Je n’en dis pas plus, ce sera une surprise…emelineT

 XX

       Et les ans ont passé.

     Le marquis Adalbert Flavien Gaétan de Courcy, Grand Veneur royal, frise la soixantaine. Il n’a plus la superbe d’autrefois ; ses longues équipées à cheval ont fragilisé ses reins qui de temps à autre le font souffrir. Aussi use-t-il désormais pour se déplacer d’une litière, assez large pour y accueillir  une jolie fille chargée de lui tenir compagnie ou  lui offrir une petite gâterie qu’il apprécie à sa juste valeur. Certes, en matière de quéquette, il n’a plus la vigueur d’autrefois mais il se révèle tout de même un amant dont on apprécie le savoir-faire, à cela près que   les interludes sont plus nombreux et durent de plus en plus longtemps.

     Emeline, son épouse bien aimée, de vingt ans sa cadette a atteint la maturité mais reste toujours aussi pimpante ; on cherche vainement le moindre signe disgracieux sur sa peau, ses délicieuses rondeurs font toujours recette et sur le plan de l’amour elle reste très  performante,  une prouesse qui ravit ses nombreux admirateurs et aux nombre de ceux-ci : Guillaume.

     Le notaire a épousé la fille d’un collègue des environs, une union concertée, charge au couple de faire un héritier, qui reprendra le moment venu, l’Etude notariale. Cette brave Noémie, ainsi se nomme cette conjointe,  n’a absolument rien de bandant, et les efforts de son mari n’ont jamais réussi à la faire exulter. Ses amies lui avaient pourtant dit que l’on ressentait, dans ces moments d’intimité, de bien délicieuses sensations, mais elle n’eut jamais l’occasion de s’en rendre compte et ne chercha même pas à faire preuve d’imagination pour parvenir à améliorer les choses. Aussi, face à une désespérante situation, Guillaume n’hésita pas à se réserver quelques bons moments avec son amie Emeline, qui ne demandait pas mieux de se faire lutiner le minou, titiller le tétin ou ramoner le fessier.

     Suivant sa bonne vieille habitude, la marquise n’hésite pas à apporter, en matière d’amour, toutes les lumières de son expérience à de jeunes adolescents qui découvrent avec une telle pédagogue, les grandes joies de l’existence. Emeline s’est réservé  dans les combles du château une accueillante salle de classe ou elle dispense un enseignement de qualité qui a ravi bien des écuyers des environs. Si cette chambrette pouvait parler, elle conterait tout ce qu’elle a pu voir durant des années : des sucettes, des branlettes, des levrettes et autres galipettes, toutes ces figures de l’amour, qui pour n’être pas  courtois, apportait grande satisfaction  à ceux et celles qui le pratiquaient.

     Florian a organisé, au grand contentement de son roi, la place forte de Pouancé, dont il est désormais par édit royal, devenu le Comte.  Plusieurs fois par an, il vient à Coursy, afin de rendre visite à  sa fille, la petite Ondine, qui a trouvé refuge auprès de Renaud et Albine et leurs enfants Arnoul et Viviane. Les 3 rejetons ont grandi ensemble, instruits par un savant précepteur,  moine dans un  couvent voisin ; ils ont partagés les jeux de l’enfance puis ceux de la jeunesse. Aujourd’hui, il semble que d’autres jeux attirent particulièrement Arnoul et Ondine, jeux qui ont dépassé le stade de l’amour fraternel, pour celui d’une plus chaude intimité. A plusieurs reprises Emeline les a surpris  en quelque recoin du château, dans une attitude ne laissant aucun doute sur l’existence d’intimes relations.  Passade ou sentiment plus profond, Emeline et Albine se sont concertées au sujet de cette relation.

–         Oui Marquise Emeline, j’ai moi aussi constaté que leurs relations avaient pris un tour nouveau : des chuchotements, des promenades de plus en plus fréquentes   dans les jardins ou des retours de plus en plus tardifs, m’ont alerté. Renaud mon cher mari semble faire fi de mes craintes, mais j’appréhende, quant à moi  que cette amourette ne devienne pour nous, source de problèmes.

–         Mais enfin, quels problèmes craindrais-tu ?

–         Une naissance inattendue et en tout cas hors de propos.

–         Et pourquoi donc hors de propos ?

–          Parce que notre petite Ondine, que nous avons élevée et que aimons comme  notre fille, a tout de même un père ; il souhaite peut-être pour elle une union plus conforme à son rang.

–         Je ne sache pas que Florian se pose de tels problèmes, mais à sa prochaine visite nous lui en parlerons.

–         Il va sans dire que dans l’immédiat j’aurai un entretien avec mon fils à ce sujet. D’ailleurs je suis trop jeune encore pour devenir grand-mère.

     L’expression fit bien rire les deux femmes.

     Aude et ses baladins ont souventes fois, l’occasion de faire halte à Coursy à la grande joie d’Emilie. Les deux femmes se réservent alors quelques  moments de cette douce intimité qui perdure au fil des  années. Emeline aurait aimé que son amie reste au château et devienne sa dame de compagnie, à la suite du décès de la vieille Aglaé, mais trop habituée à la vie itinérante des bateleurs, elle n’a pu se résoudre encore à opter pour une vie sédentaire.

     L’arrivée de ces saltimbanques ravit toujours la jeune Viviane qui s’émerveille de leurs prestations, rêvant secrètement de participer à leurs jeux ; la jeune fille a sans doute hérité des chromosomes d’une  maman issue de la tribu des gens du voyage.

* * *

     Emeline profite toujours de la douce intimité du lit pour deviser avec Adalbert et l’informer sur la vie et les évènements se déroulant au château. C’est ainsi que ce soir, après quelques savoureuses gâteries, elle a abordé le sujet des amours, d’Arnoul et Ondine.

     Apprenant ce fait, Adalbert garda le silence durant un long moment, songeant sans doute aux conséquences possibles de cette nouvelle. Emeline, attendait une réponse, un avis, et pour rompre ce mutisme, pour inciter son époux à parler enfin,  elle entreprit ce délicieux va et vient qui, en général, incite aux confidences. 

–         Finalement, ces deux jouvenceaux ont devancé un projet que je ressasse depuis quelques temps. 

–         Un projet dont vous ne m’aviez pas entretenue, fit Emeline, en suspendant sa caresse.

–         J’attendais le moment opportun pour vous en faire part, très chère. Donc, dès demain nous nous rendrons chez votre ami Guillaume le notaire, afin d’y consigner, noir sur blanc, quelques dispositions.

–         Pourrais-je enfin les connaitre, si cela n’est pas trop vous demander ?

–         Ma mie, ne soyez pas si pressée, sachez prendre votre temps, et dans l’immédiat, poursuivez avec votre délicieuse bouche, la caresse que vous aviez entreprise il y a un instant.

     Emeline répondit aux désirs de son époux, tout en songeant à la sibylline expression qu’il avait prononcée : « votre ami Guillaume ». Que voulait-il faire entendre par-là ?  Elle poursuivit cependant sa besogne avec application jusqu’à ce que survienne le bienfaisant orgasme, qui mit fin à toute conversation.   

     Au réveil, ce fut Adalbert qui reprit l’entretien de la nuit.

–         Ma très chère épouse, le Ciel n’a pas voulu que nous ayons des descendants et à présent,  mon âge ne me permet plus d’espérer un héritier. Aussi serait-il bon de prévoir l’avenir ; je veux éviter que ce fief légué par mes aïeux ne soit purement et simplement  intégré au domaine royal, faute d’un porteur du nom pour me succéder.

–         Y a-t-il alors un moyen d’éviter cette confiscation possible ?

–         Il en existe, à coup sûr, et c’est la raison pour laquelle, nous allons nous rendre auprès de Guillaume le notaire,  pour y recueillir un avis circonstancié. A ce que j’en sais, c’est un homme bien sur lequel on peut se fier.

     Autrefois, cette conversation matinale se serait soldée par quelques fantaisies de bon aloi. Hélas! A cette époque, les matins d’Adalbert n’étaient plus aussi triomphants…   

     Quelques semaines plus tard le marquis, suivant les sages conseils de Guillaume signa un document, sorte de testament chargé de régler une situation post mortem.

Je, soussigné, Adalbert Flavien Gaétan de Courcy, en l’absence d’hoir, déclare vouloir reconnaitre pour fils adoptif, Arnoul l’enfant  de Renaud mon majordome et de son épouse, et lui léguer à mon décès mes biens et titres et s’il plait au Roi ma charge de Grand Veneur. A cette  donation est jointe Ondine, la fille de mon cousin Florian de Pouancé qui deviendra son épouse, ainsi que les descendants légitimes de cette union.

Les bénéficiaires assureront à mon épouse un usufruit prélevé sur les revenus  de la propriété, afin qu’elle puisse vivre décemment jusqu’à la fin de ses jours.

     Suivaient la signature d’Adalbert le donateur, et celles d’Emeline et Florian, témoins consentants des termes de cette donation.

     Cette formalité accomplie, et pour répondre au sentiment profond qui unissait Arnoul et Ondine, on songea à préparer le mariage des tourtereaux. On profita de l’occasion pour rénover la chapelle du château assurant des réparations que l’on avait trop négligées jusqu’ici. Les religieuses du couvent voisin des Clarisses s’attachèrent à broder un trousseau pour la jeune mariée et confectionner une robe blanche ornée de dentelle. On était en été et Emeline se fit confectionner pour la circonstance  une fine robe de tulle qui mettait en valeur ses rondes beautés corporelles. Florian et Adalbert mirent sans compter la main à l’escarcelle, ne lésinant jamais sur les frais que cette fête pouvait entrainer. Au cours de ces mois de préparation, Adalbert ressentit quelques malaises qui inquiétèrent son épouse, des étourdissements qui nécessitèrent l’intervention d’un apothicaire.  Ses juleps apportèrent un léger mieux, mais au fond de lui, le Marquis craignait de ne pouvoir assister à ce mariage. Il hâta donc les choses   avant que l’inéluctable ne se produise.

     Enfin le grand jour arriva ; Florian conduisit sa fille à l’autel et devant une nombreuse assistance les mariés prononcèrent le « Oui » sacramentel. L’évêque d’Orléans prononça une homélie de haute volée, souhaitant aux nouveaux époux tout le bonheur du monde au cours d’une longue vie illuminée par la présence d’une nombreuse descendance.

     Puis on fit ripaille : on dégusta les volailles rôties et la venaison fruit des battues que l’on avait effectuées dans la forêt voisine. La boisson coula à flot : le vin offert par le duc de Bourgogne, et l’élixir du Père Not que le chevalier Géraud, invité pour la circonstance, apporta en guise de cadeau. Puis on dansa la carole ; à l’époque, le branle n’avait pas encore été inventé, mais la branlette avait cours et dans les bosquets du parc quelques invités, à l’abri des frondaisons, n’hésitèrent pas à l’utiliser pour se donner du bon temps.

     A la nuit tombée, on accompagna en grande pompe les nouveaux époux jusqu’à la plus belle chambre du château, d’ordinaire réservée au roi, pour faire face à toute visite inopinée du souverain. Ondine avait revêtu, comme cela se faisait autrefois, une longue chemise de nuit en linon, nantie au niveau du bas ventre d’une large ouverture. Ce vêtement destiné  à ménager la pudeur de la jeune mariée, laissait cependant au mari la possibilité d’atteindre sans encombre le petit recoin secret qu’il avait enfin le droit de visiter. (*)

(*) Cette lingerie existait effectivement autrefois et il me faut remercier le propriétaire du château de Fontariol dans l’Allier qui m’en a  fait connaitre l’existence.

     Ondine eut tôt fait de se débarrasser de cet encombrant vêtement pour mieux ressentir les caresses de son Arnoul, qui à plusieurs reprises firent merveille.

     Quelques semaines plus tard, Adalbert ressentit de nouveaux malaises qui le contraignirent à garder le lit. Plus les jours passaient, plus il s’affaiblissait et bientôt, il entra en agonie. De temps à autre, il semblait reprendre vie, échangeant quelques paroles avec ceux et celles qui le veillaient. C’est ainsi qu’un soir, alors qu’Albine se trouvait à ses côté, il murmura dans un souffle :

–         Ma jolie Albine, tu es toujours aussi belle, comme au bon vieux temps où je t’ai connue palais du sultan Tacule. Combien  je regrette de n’avoir pu alors faire l’amour avec toi…

     D’un tendre geste, il  posa sa main sur les seins de cette femme qu’il connaissait depuis bien longtemps, mais dont il n’avait jamais gouté au plaisir de la serrer dans ses bras.  Quelque peu gênée, Albine n’eut pas  la cruauté  de repousser cette caresse, laissant à l’agonisant un dernier petit bonheur terrestre. Durant la nuit, son esprit s’en fut retrouver ses aïeux, au pays des trépassés.

     On lui fit de somptueuses funérailles, auxquelles participa, pour honorer sa fonction de Grand Veneur un équipage de vènerie, et c’est au son des cors de chasse que le cercueil d’Adalbert fut conduit jusqu’à la crypte de l’église paroissiale.

     Emeline ressentit amèrement la disparition de son compagnon pour lequel, malgré une vie parfois dissolue, elle vouait un profond amour. Durant plusieurs mois elle se comporta en honnête veuve s’obligeant à une parfaite continence, évitant de se montrer coquette avec les hommes de son entourage, vêtue de parure blanche selon l’ancestrale tradition. Mais petit à petit la solitude lui fut difficile à supporter et son  minou, laissé à l’abandon, semblait vouloir réclamer un peu d’attention. Elle eut bientôt  recours à ses petits doigts agiles, puis un matin, n’y tenant plus, elle se rendit chez Guillaume qui assura à son amie un retour à l’équilibre.

     Et la vie continua.

    Viviane, depuis le mariage de son frère, ressentait une solitude qu’elle supportait de plus en plus mal. Un matin on s’aperçut qu’elle avait quitté le château sans même avoir avisé quiconque. On la rechercha vainement ; elle avait sans doute, incitée par l’exemple de ses aïeux, pris la voie d’une vie errante.

      Mais ceci est une autre histoire. 

Raimondo – La Courneuve/Vincennes – 2010/2013emelineU

  1. lorme dit :

    Une belle aventure, pleine de verdeur. Merci!

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