Emeline et Adalbert 19

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XIX  

Florian, entendit le hurlement de douleur du roi de Chypre.

   Depuis un moment, derrière la porte du cabinet où le monarque  et Odinette s’étaient retirés, il attendait en compagnie de la reine qu’il avait conviée afin d’être le témoin de prévisibles évènements.

   Le royal cri de douleur confirma qu’un fait nouveau s’était produit ; il était temps d’intervenir.

***

   Et pendant ce temps, la marquise Emeline de Coursy se faisait ramoner son petit nid d’amour par le pimpant chevalier Géraud. En effet, lasse d’une vie un peu monotone, elle avait décidé de voyager et en particulier, aller rendre une petite visite de courtoisie au chevalier Géraud. Elle profita du passage d’Aude et de sa troupe de baladins qui allaient vers le pays d’oc, pour faire route avec eux. Bien sûr, les deux amies se retrouvèrent avec grand plaisir, ne négligeant pas toutes les gentillesses qu’elles pouvaient s’offrir lorsqu’elles avaient l’occasion de se revoir.

   Le chevalier Géraud fut ravi du retour d’Emeline et pour renouveler le moment bienheureux  qu’ils avaient vécu autrefois, nos deux amis se retrouvèrent dans cet étroit escalier en colimaçon témoin d’une mémorable levrette. Géraud fut de nouveau émerveillé par le charmant spectacle de la croupe ravissante qui s’offrait à lui.

–         – Marquise, votre  cul est toujours aussi ensorcelant.

–         – Je vous en prie, chevalier, laissez agir le sortilège…

   Et il laissa agir le sortilège, et Emeline apprécia.

   La nuit fut fertile en évènements, d’autant que la belle Aude vint se mêler à l’intime fête. Géraud, avait déjà connu au cours de  sa vie amoureuse diverses agréables expériences, mais  il découvrit avec satisfaction le plaisir, nouveau pour lui de l’amour à trois. Le castel résonna sous les « aaaaaaaah !!!! » les « ooooooooh !!!! » les « encore !!! », les « que c’est bon !!!! » et autres réflexions tout aussi originales.

   La veille de leur départ, la troupe de baladins offrit en plein air un spectacle de qualité, apprécié par les nombreux nobliaux des alentours conviés par Géraud. On fit bombance ; on usa, et même abusa, de la fameuse boisson anisée du révérend père Not, et la plupart des invités s’endormit  malgré les accents lyriques d’un troubadour, un  certain Gauvin (ou Gaudin, les historiens ne sont pas d’accord à ce sujet)  récitant quelques fabliaux de l’époque. Géraud, que ces récits ne semblaient pas spécialement  passionner outre mesure, en profita pour lutiner une accorte soubrette qui passait par là, et qui ne demandait pas mieux que de s’offrir aux câlineries du fougueux chevalier.

D’aucuns  pensent que ce joyeux interlude a pu produire la descendance bâtarde du chevalier, descendance qui perdure de nos jours, comme il déjà été fait mention. (Note de l’éditeur)

* * *

   Et pendant ce temps-là, en Méditerranée, la reine de ces lieux, soudain s’est écriée :

–         – Que vois-je ? Le roi mon mari, en train de forniquer avec une nonne !

–         – Disons plutôt, intervint Odinette, pour rétablir la vérité, que votre cher époux tentait de me violenter. Il m’a fallu agir avec rudesse pour m’éviter le traitement qu’une religieuse n’est pas en droit d’attendre.

–         – Gédéon mon roi, (le roi de Chypre de l’époque portait en effet ce ridicule prénom), est-ce bien ainsi que les choses se sont passées ?

   Le monarque ne répondit rien, tout occupé à masser ses parties génitales qui le faisaient terriblement souffrir.

   Ce silence permit à Florian d’informer la reine de  tous les évènements qui motivaient sa présence ici.  Ainsi  apprit-elle l’existence de Renata, son enfance dans une famille d’accueil, la décision royale de la faire disparaître en la cloitrant dans un monastère vénitien, ainsi que son actuel devenir. Odinette confirma la version des faits. On laissa en tête à tête les époux royaux pour leur permettre de régler leur problèmes conjugaux.

   Quand ils furent seuls, et contre toute attente, Odinette fondit en larmes. Florian s’empressa, la serrant affectueusement contre lui en attendant qu’elle se calme.

–         – Tu ne peux imaginer, l’horreur qui m’a saisie lorsque cet abject personnage a posé ses mains sur moi ; et lorsqu’il a tenté de fouiller mon intimité cela dépassa tout. Certes, il m’est souvent arrivé dans la vie, d’octroyer mes faveurs  pour obtenir un renseignement ou réussir une mission, mais aujourd’hui cela me fut impossible.

–         – Tu n’avais pourtant pas à priori écarté cette possibilité.

–         – Oui, mais depuis que je te connais, les choses ont bien changé…

   N’était-ce pas là une déclaration d’amour ? Nos deux héros n’étaient-ils pas en train de succomber aux charmes d’une ardente flamme qui allait générer pour eux un nouveau destin ? Le silence qui suivit les laissa chacun à d’intimes réflexions sur un devenir commun.

   Le roi, dont les couilles endolories commençaient à le faire moins souffrir, dut s’expliquer auprès de la reine qui n’avait pas apprécié,  et l’existence de Renata et le petit intermède qui s’était déroulé avec la sœur Sidonie. La souveraine laissant entrevoir une séparation qu’elle comptait demander sans plus tarder auprès du tribunal papal, le piètre Gédéon s’enferra dans de vagues explications et reconnu finalement, pour mettre fin à la fureur de son épouse, que cette Renata n’était peut-être pas  une sienne fille et qu’il valait mieux oublier son existence. Quant à son attitude avec la nonne il admit qu’il avait, par on se sait quelle intervention satanique, perdu l’esprit durant un instant.  Pour se faire pardonner il entreprit de se montrer galant avec son épouse.

   Ce doux rapprochement régla une fois pour toute,  les problèmes du couple. La reine fut trop heureuse de se laisser chahuter le minou par son époux ;  à plusieurs reprises elle succomba  aux frôlements continus de ses rondeurs et aux bienfaits d’un sexe envahissant. Elle n’hésita pas, lorsque la royale quéquette semblait perdre de la vigueur, à user de ses douces mains pour de revitalisants va-et-vient qui firent merveille. Cette heureuse initiative affirma sa volonté de donner désormais à l’intimité de leur couple,  une tournure plus éclatante et   plus variée. 

   On remercia Florian, et par son intermédiaire le roi de France qui l’avait dépêché à Chypre : l’affaire Renata était close. La reine sut gré à sœur Sidonie de ne point  garder rancune à son époux pour son inqualifiable conduite.  En d’autres temps, Odinette aurait regretté de n’avoir pas subi les derniers outrages, mais désormais elle s’était trop attachée à Florian pour succomber aux caresses d’un autre, fut-il roi.

   De nombreux mois plus tard, nos deux compagnons, mission accomplie, arrivèrent à Dijon. Il était temps,  Odinette était sur le point d’accoucher : fruit d’une passion partagée, un enfant allait naitre pour leur plus grande joie. 

   Mais le mauvais sort intervint et après avoir donné le jour à une magnifique fillette, Odinette s’en alla au pays des anges, laissant Florian dans la tristesse et le désespoir. Certes il trouva quelque réconfort auprès de la duchesse de Bourgogne qui l’entoura de sa sollicitude, mais la disparition de la belle au suave parfum le toucha bien plus qu’on aurait pu l’imaginer. Désormais il se devait de songer au devenir de la petite « Ondine » qui se promettait d’être aussi belle que sa maman.

* * *

   Son escapade en Provence terminée, Emeline regagna Coursy. Elle  fit, en cours de route, quelques succulentes rencontres, bien nécessaires pour calmer les ardeurs d’un corps toujours aussi demandeur de ces gentillesses qui sont le sel de la vie.  Elle apprécia la brouette ardéchoise ainsi que le chimpanzé en rut et montra à ces amants de passage les bienfaits d’une langue inquisitrice ou la douceur des caresses de sa blonde chevelure.

   A son  arrivée au  château, elle fit la connaissance de la jolie Viviane, fille de Renaud et Albine qui s’éveillait à la vie. Aglaé, fidèle au poste, se pressa de lui  préparer un bain chaud durant lequel Emeline lui conta toutes les belles aventures qu’elle avait vécues durant son voyage. Les deux femmes gardaient toujours cette complicité qui les unissait de longue date.  Aux cuisines on se hâta  de  confectionner un bon diner pour célébrer le retour de la maitresse de maison.

   Dans les jours qui suivirent, la marquise se rendit à l’étude notariale, où régnait une certaine effervescence. En effet on préparait le mariage de  Guillemette avec son ami Roland, un mariage forcé que le père dut se résoudre à accepter lorsqu’il découvrit, tout à fait incidemment dans un des salons privés de la maison, sa fille, tout vêtement retroussé, manifestant son plaisir sous les coups de boutoir de son amoureux. Cette posture ne laissait aucun doute sur l’état des rapports de sa fille avec son ami, et pour éviter d’avoir à affronter une maternité hors mariage, il s’était résolu à accepter l’union de ces deux jeunes gens. Après tout, le père de Roland, le riche meunier de la région, gratifiant son fils d’une coquette rétribution financière, les choses allaient pour le mieux.  Quoi qu’en dise le proverbe, l’argent participe au bonheur des individus…

   Guillaume s’octroya un moment de répit pour offrir à la marquise son amie, quelques bienfaisantes douceurs qu’elle accepta avec grand plaisir. Après tout n’était-elle pas venue ici pour y chercher ce petit bonheur. Comme à chaque fois qu’ils se retrouvaient, les deux amants retrouvaient la complicité habituelle dont ils étaient friands.

   Dans les jours qui suivirent, et comme l’automne touchait à sa fin, et de ce fait l’arrêt des chasses royales,  Adalbert s’en revint dans ses terres. Bien sûr son épouse lui fit fête et comme à chaque retrouvaille les deux époux, durant plusieurs jours quittèrent très peu le lit conjugal, tout à la joie de se mignoter, de se papouiller, de se suçoter, de se faire toutes les  gâteries habituelles propres à renouer leur chaude intimité.

   Il fallut, malheureusement faire face aux aléas de la vie et le passage de Florian à Coursy apporta les tristes nouvelles. Nul ici n’avait eu l’occasion de connaitre Odinette, mais sa disparition peina tout un chacun. Albine, toujours aussi raisonnable et nantie d’un bon sens  pratique,  s’enquit  du devenir de la  petite Ondine.

–         – Elle est pour l’heure auprès de la Duchesse de Bourgogne, nourrie par les soins d’une nourrice, une plantureuse bourguignonne, ayant du lait à revendre. Lorsqu’elle sera sevrée, peut-être la conduirais-je dans ma famille, en Anjou, où ma vieille marraine pourra  sans doute veiller sur elle.

–         – Mais mon cher Florian, intervint Emeline, ta famille est ici et c’est à Coursy que la petite Ondine grandira.

–         – Avec nos enfants, ajoutèrent presque ensemble, Renaud et Albine.  

   Ce soir-là, face à la cheminée du grand salon, régnait le  souffle d’une profonde amitié ; à la chaleur de l’ âtre, se mêlait celle du tendre attachement qui unissait tous ces héros, heureux d’évoquer les souvenirs communs de leurs équipées d’autrefois.  

   On se quitta pour la nuit. Florian, seul dans son lit, ressentit comme chaque soir le poids de la solitude : il fut long à s’endormir. Et soudain, était-ce un rêve ou la réalité, il discerna  près de lui, la douce présence d’un ange tutélaire : Aglaé avait rejoint sa couche et le tenait serré contre elle avec tendresse d’une mère et la passion d’une amante.  Au matin, Florian s’aperçu que ses draps étaient souillés.

   Dans les jours qui suivirent on mit sur pied quelques projets. Emeline et Adalbert s’étaient  décidés à  voyager un peu afin de rendre visite à Marco et à Renata. Emeline avait émis  cette bonne idée, acceptée aussitôt par son époux alors qu’ils étaient  occupés, sur un confortable fauteuil, au petit jeu du A dada sur mon bidet,  lorsque la marquise se souvint des bons moments passés avec le brave Marco, dépucelé par ses soins délicats.

   Il était temps pour Florian d’aller rendre compte au roi de France, des suites de son ambassade à Chypre. Au palais, le roi fut soulagé d’apprendre le succès de sa mission.

–         – Voilà qui est parfait, car  ce roitelet commençait vraiment à me gâcher la vie avec sa bâtarde.   

–         – Soyez assuré qu’il n’en sera plus question désormais. Vous n’avez plus rien à craindre de ce velléitaire, pas plus que de l’intervention des turcs, empêtrés actuellement dans leurs problèmes de succession.

    C’est le roi lui-même qui  apprit à Florian le trépas, au cours d’une chasse, de son père et de son frère ainé. Ces décès faisaient de lui l’héritier du fief familial, une seigneurie aux confins de l’ Anjou, autour de la ville de Pouancé. 

   Ce domaine situé sur des terres relevant de l’ autorité du roi de France, se trouvait très proche de la Bretagne, indépendante, dont les comtes lorgnaient, depuis longtemps les terres françaises et nourrissaient des rêves d’extension. Derrière ses fortifications et son château,  Pouancé se trouvait à l’abri d’un envahisseur. Le roi décida d’en faire une place forte, dont Florian assurerait la mise en place et le commandement. Habitué à la vie aventureuse qu’il avait menée jusqu’à présent, celui-ci se demandait si cette nouvelle vie lui conviendrait ; mais l’autorité royale ayant dit, il  lui fallait obéir.

   Avant de quitter Paris, il prit le temps de flâner dans les rues de la capitale. Par hasard, dans une étroite venelle, il fut attiré par une lanterne diffusant une lueur rougeâtre. Il sourit, se souvenant que  lors de son séjour à Montpellier, il avait fréquenté ces lieux dits de mauvaise vie. Il songea qu’il était peut-être temps, sans effacer toutefois le souvenir d’Odinette, de reprendre quelque  goût à la vie.

   En compagnie d’une jeune femme au charme ravageur, il passa un long moment, retrouvant les gestes tendres de l’ amant qui s’épanouit sous les caresses expertes de cette magicienne de l’amour. Ce très agréable intermède lui fit oublier un moment,  la peine immense  qui l’étreignait encore.

Raimondo (à suivre) – 2013

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