Emeline et Adalbert 18

emelineRXVIII

Florian avait donc pris la route du sud afin de regagner Marseille et pouvoir par la mer se diriger vers Chypre. Il avait revêtu le costume rouge et bleu des messagers royaux, habit qui le distinguait et lui assurait aide en toutes occasions de la part des membres de l’administration royale A plusieurs reprises, il fit étape dans quelques castelets où on lui assurait le gite et le couvert.

Il avait fait halte à Dijon dans l’espoir de passer un agréable moment avec Odinette, dont il appréciait de plus en plus le charme évident ; il fut déçu de ne l’y point trouver, la Duchesse de Bourgogne lui ayant confié quelque tâche à accomplir  sous  d’autres cieux. Cette absence, on s’en doute le contraria fortement, et la pâle compensation que put lui procurer une suivante de la duchesse, ne lui apporta qu’une détente hygiénique, loin de laisser un impérissable souvenir.

Amer et dépité  par sa décevante étape dijonnaise, il reprit bien vite son chemin, songeant qu’Odinette tenait de plus en plus de pace en son esprit. Il est vrai qu’elle ne manquait pas de qualités et dans la vie courante elle savait faire face à la moindre situation si délicate soit-elle ; et au lit… Florian évitait de trop penser à de très intimes souvenirs qui le chaviraient énormément et lui mettait le sexe en ébullition.

Puisqu’il allait devoir informer le roi de Chypre de la vie de sa fille, il songea qu’une halte à Chambéry serait une excellente initiative. On se souvient que Renata, cette fille naturelle du souverain cypriote, avait épousé Humbert, bâtard du comte de Savoie ; Florian se donna donc l’occasion d’avoir de fraîches nouvelles de cette jeune femme  soustraite grâce à lui à l’avenir monacal qu’on lui destinait. Il n’oubliait pas non plus qu’il avait éveillé Renata aux mystères de l’amour et à sa souvenance il gardait le souvenir d’une partenaire d’excellence tenue.

Nos deux amis se retrouvèrent avec plaisir et s’étreignirent tout à la joie d’être à nouveau réunis après de longs mois. Florian profita de cet intime moment pour laisser s’égarer ses mains çà et là sur le corps toujours aussi désirable de la savoureuse Renata. Mais celle-ci eut un geste de recul :

–         Florian, sois raisonnable, je suis une épouse fidèle et loyale envers son époux : restons bon amis désormais.

Ce qui en d’autres termes signifiait : « Nous avons bien baisé ensemble autrefois, ce n’était pas mauvais, mais aujourd’hui, je baise avec un autre et cela suffit à mon bonheur ».

Pauvre Florian, décidément ses étapes ne lui apportaient, en matière d’amour, que de cruelles déceptions ; il écouta d’une oreille distraite le récit de son amie contant sa vie à la cour de Savoie, mais avait grand hâte de reprendre au plus vite son chemin  vers les régions phocéennes.

 Il allait se remettre en route, déclinant l’offre de gite qui lui fut faite, lorsque raisonna dans la cour du château, le pas d’un cheval monté par quelque messager. Par un de ces miracles que réserve la vie, le messager était en fait une messagère : une nonne. On l’aura compris, il s’agissait d’Odinette, partie à la recherche de Florian. Du coup, il fut décidé que nos deux chevaucheurs, passeraient la nuit au château savoyard après avoir profité d’une savoureuse raclette. 

(Note de l’éditeur : d’aucuns pourront se demander si la raclette existait à l’époque médiévale ; question superflue et inutile. Je pense personnellement que l’érudition bien connue de Raimondo, ne peut en aucun cas être mise en doute et le fait culinaire qu’il apporte à son récit doit être considéré comme indubitable. Et qu’on se le dise !) 

Florian et Odinette avaient évité, aux yeux de leurs hôtes, de monter toute connivence : lorsqu’on est messager  du Roi, il faut savoir taire les secrets d’Etat et user de la plus grande discrétion ; mais dès qu’ils furent seuls, vint le moment des explications.

–         Par quel miracle, belle Odinette, es-tu ici ce soir ?

–         Il sera temps de te le faire savoir le moment venu, mais pour l’heure, j’ai grande hâte de goutter comme il se doit nos retrouvailles.  

Et ils gouttèrent et même regouttèrent à plusieurs reprises ces doux moments de passion dont l’éloignement les avaient privés. Florian fit découvrir à son amie les bienfaits de la roulade savoyarde et celle-ci n’hésita pas à imaginer, pour la circonstance,  le grand galop chambérien qui leur tira des « aaaaaaaa!!!! » de satisfaction et des gémissements de jouissance.  Puis, suivant son habitude, Odinette offrit ses délicieuses fesses à la caresse de Florian, pendant qu’elle lui contait les circonstances de sa venue en ces lieux.

  De retour à Dijon, après avoir accompli une fois de plus, quelques tâches confiées par la Duchesse, j’ai appris par celle-ci, ton passage ainsi que les raisons que t’imposait le service royal. L’idée m’est alors venue de me joindre à toi pour t’assister dans cette délicate tâche auprès du souverain cypriote. La Duchesse à qui j’en ai fait part a trouvé l’idée excellente et m’a donné toute latitude pour quitter momentanément son service.

Je suis partie à ta recherche, me suis renseignée dans les relais, et me voici. Si l’idée de me savoir auprès de toi ne te convient pas, dis-le moi franchement et je m’en retourne aussitôt à Dijon »

Pour toute réponse, et pour celer  un accord évident, Florian accentua sa caresse et la prolongea jusqu’à l’explosion de la belle Odinette, qui, en retour, n’hésita pas de sa bouche ravissante à contresigner ce pacte d’alliance. 

*****

Et pendant ce temps-là, à Coursy, la marquise Emeline poursuit une vie heureuse. De temps à autre, Adalbert Flavien Gaétan, son grand veneur d’époux vient lui rendre visite et lui prodiguer quelques gâteries : ce sont alors des jours de liesse et des nuits de folies, tous deux appréciant le plaisir de se retrouver et d’échanger de brûlantes caresses. Adalbert rapporte à Emeline, les potins de la cour de France, évitant par bienséance de faire part de ses  bonnes fortunes auprès de suivantes de la Reine. Emeline détaille par le menu les fêtes qu’elle organise au château, s’abstenant, bien sûr de conter les intimes rencontres avec de jeunes gentilshommes qui  apporte apaisement à ses sens.

Il faut cependant avouer que notre marquise commençait à se lasser de cette vie provinciale ; elle repensait souvent  avec nostalgie à cette longue équipée cypriote qui lui avait ouverts maints horizons. Parfois, et même assez souvent, alors qu’elle se faisait un petit plaisir manuel, elle songeait avec une certaine nostalgie au fringant chevalier Géraud qui lui avait laissé d’inoubliables souvenirs.

L’avenir le dira, elle vivra, à n’en pas douter,  d’autres passionnantes aventures…

*****

Durant les quelques semaines d’une monotone traversée, Florian et Odinette, outre de chauds moments intimes,  s’employèrent à mettre au point  une certaine stratégie capable de calmer la fureur du roi de Chypre, mécontent d’apprendre la disparition de sa fille. En particulier, il avait été convenu qu’Odinette, devenue pour la circonstance Sœur Sidonie,  revêtirait son costume de nonne, pour se présenter au monarque.

Le respectable costume, ne calma pas pour autant la fureur du souverain qui d’emblée se déchaina contre Florian :

–         Chevalier, je vous avais fait crédit en vous confiant ma fille pour la conduire à Venise où des religieuses devaient la recevoir, l’initier au service de Dieu, et j’ai appris  qu’elle n’avait  jamais rejoint le monastère que je lui destinais. Si ce n’est pas trop vous demander, expliquez-moi par quel mystère elle a disparu dans la nature.

–         Sire, il ne s’agit pas d’un mystère mais plutôt d’une de ces péripéties que réservent les voyages en mer. La respectable religieuse qui m’accompagne pourra corroborer mon récit.

Et Florian se lança dans une longue digression, disons plutôt une divagation, ayant pour but d’informer le souverain sur la disparition de sa fille.   

 » Nous naviguions sur le Poséidon en vue de Venise, lorsque nous fûmes accostés par une frêle barquette dans laquelle une dizaine d’individus nous demandèrent secours. A peine furent-ils sur notre voilier, qu’ils nous immobilisèrent tous, sauf votre fille qu’ils enlevèrent, sans que nul ne puisse s’y opposer. A la faveur de la nuit tombante ils disparurent à mon grand désespoir. » 

–         Sire, poursuivit Odinette,  à Venise où j’étais venue prendre en charge votre fille pour  la conduire dans notre monastère, ainsi qu’il avait été prévu, le capitaine du Poséidon et le chevalier Florian, au bord des larmes m’ont narré le pénible drame qu’ils venaient de vivre.

–         N’écoutant que mon courage, je suis aussitôt parti à  la poursuite de ces malfrats  dont on nous avait signalé la présence dans les environs. Des mois durant, chevauchant quinze heures par jours, j’ai parcouru la Vénétie, la Lombardie  et toutes les villes du piémont, sans ménager ma peine, à l’affut du moindre indice recueilli çà et là. Je….

Le roi, écoutait d’une oreille distraite le récit de Florian ; il fixait d’un œil  perçant cette religieuse à la troublante silhouette dont le parfum musqué avait envahi le salon ; des images peu séantes naissaient en son esprit, d’impures envies surgissaient, qu’il avait peine à chasser.

Et Florian contait, narrait, relatait sa chimérique épopée à la recherche  de Renata, jusqu’au moment où il annonça que la belle enfant avait été retrouvée auprès d’un obscur hobereau qui en avait fait son épouse.

–         Ma fille mariée !!!  Et qu’attendiez-vous pour m’en aviser ?

–         Sire mon roi, sur la bible et sur les cendres de mes aïeux je jure que j’étais sur le point de revenir vous en informer, lorsque le roi de France, devançant mes intentions, m’a enjoint de venir  auprès de votre majesté pour la tenir informée des évènements concernant sa fille.

–         On a pensé, poursuivit Odinette d’un ton douceâtre que ma présence pouvait être le gage de la véracité de ces faits.

Une fois encore, la suave voix d’Odinette, réveilla les troublants désirs royaux, mais il poursuivit, tachant de calmer les ardeurs inavouables qui le tenaillaient.

–         Tout ce que je constate,  c’est que ma fille n’a pas rejoint le monastère que je  lui destinais ; et que je lui destine toujours, ajouta-t-il en martelant ses mots.

–         Si je comprends bien, malgré les circonstances nouvelles, et si je traduis votre pensée sans en altérer le teneur,  intervint Odinette, vous souhaitez que l’on rompe l’union maritale de  votre chère enfant et qu’on la  conduise à Venise, pour  prononcer ses vœux de religieuse ?

–         Absolument !

–          Ainsi sera-t-il fait selon le désir de votre majesté.

A cette déclaration, succéda un grand silence : Florian était abasourdi entendant ces propos, qui sortaient du cadre de la stratégie prévue ; quant au roi, il  ne s’attendait pas à telle proposition qui mettait fin à toute négociation.

–         Sire, il nous faudra mettre au point  la conduite à tenir pour accéder à vos désirs, mais pour l’heure, permettez à la servante du Seigneur de se retirer en la chapelle du palais  pour y réciter l’office de sexte, que sa fonction lui impose.

Les visiteurs quittèrent le salon royal accomplissant le rituel  prescris par l’étiquette : révérence, génuflexion etc. etc… Et le roi ne put quitter des yeux l’élégante silhouette de la sœur Sidonie qui s’éloignait.

Bien sûr, dès qu’ils furent seuls, Florian demanda à Odinette ce que signifiait cette proposition, qui n’était pas prévue.

–         Ne t’inquiète pas, j’ai avancé cette proposition lorsque j’ai compris  cet âne bâté de roi, têtu comme une mule  ne reviendrait pas,  sur son idée de faire de sa fille une religieuse. Il va donc falloir se montrer plus malin.

–         Certes, mais comment ?

–         J’ai constaté que ce roi avait fâcheuse tendance à me regarder de façon assez peu respectueuse vis-à-vis de la nonne que je suis sensée être. En d’autre terme, je suis persuadée qu’il aimerait certainement passer quelques bons moments en ma compagnie.

–         Et tu accepterais ces « bons moments » ?

–         S’il le fallait…  Après tout l’essentiel  est de parvenir à nos fins et calmer une fois pour toute, les désirs insensés de ce roitelet au sujet de l’avenir de sa fille.

Florian, connaissait l’imagination débordante de son amie pour trouver des solutions adaptées aux circonstances, mais il répugnait de la voir s’offrir aux caprices royaux. Lui qui n’avait jamais éprouvé, au cours de ses nombreuses expériences amoureuses,  le moindre sentiment de jalousie, en éprouvait tout à coup la morsure cuisante. Et la fine Odinette s’en aperçut ; aussi, pour calmer les contrariétés  de son compagnon, se fit-elle soudain la plus tendre des femmes, la plus experte aux jeux de l’amour, lui prodiguant les plus tendres caresses, les plus folles cajoleries, les plus exceptionnelles éreintes,  les menant tous deux au summum d’un plaisir qui les terrassa.

Ils s’éveillèrent soudain car on frappait rudement à la porte, et de façon insistante.

–         Sœur Sidonie, le roi désire votre présence immédiatement !

I l était temps de se rhabiller…

Odinette, sous la conduite du majordome royal fut introduite dans un coquet cabinet privé, où le roi, légèrement revêtu d’une tunique de soie bleue, attendait en souriant son arrivée.

On parla de chose et d’autre avant que le souverain, qui s’était approché très près de son invitée et lui avait pris la main, interrogea soudainement :

–         Comment une jeune femme aussi ravissante que vous a-t-elle pu prendre la décision d’entrer dans les ordres ?

–         Mais Sire, je n’ai rien décidé ; on a décidé pour moi, tout comme vous êtes en train de le faire pour votre Renata. Vous le savez très bien, les pères décident, les filles obéissent et leur avis est superflu. On n’imagine même pas qu’elles puissent en avoir un.  

–         Mais moi je suis le roi et le Ciel m’a donné tous les droits, tous les pouvoirs.

–         Y compris celui de disposer d’une fille que vous ne connaissez même pas, dont vous ne vous êtes jamais préoccupée et dont le bonheur ne vous intéresse pas.

–         Mais qui êtes-vous pour vous adresser de la sorte à un roi ? 

–         Sire, je suis une femme, qui elle, se préoccupe du bien-être de ses semblables.

–         Eh bien si vous êtes une femme, je tiens à m’en rendre compte dans l’instant.

Le roi, sans aucun respect pour cette nonne pleine d’arrogance, aventura ses mains sur ce corps à la recherche des agréments qui font le bonheur des hommes, les seins, les fesses, qu’il palpa avec insistance à travers la robe de bure, qu’il releva bientôt afin d’atteindre une intime peau douce.

C’en était trop. Odinette ne put accepter la caresse impie de ce monarque sans pudeur. Elle se débattit pour refouler ces mains fouineuses qui tentaient de l’envahir.

–         Sire,  je vous prie de cesser cette conduite indigne d’un roi, sinon….   

–         Sinon ?

Pour toute réponse, Odinette leva très haut son genou et le roi de Chypre se mit à hurler en  tenant ses couilles endolories….

Raimondo (à suivre)- 2013

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