Emeline et Adalbert 17

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XVII

 Dans les longs couloirs du palais ducal dijonnais, Florian se laisse guider par Odinette. C’est une très jolie femme au corps harmonieux que l’habit de nonne dans lequel il l’avait rencontrée ne mettait pas en valeur ; dans le bliaud qui la moule Florian est émerveillé et de coquines pensées commencent à lui trotter dans l’esprit. Il aimerait en savoir plus sur elle, sur ses activités, sa vie, mais pour l’heure, il se contente d’observer un silence poli, en se laissant griser par les fragrances qu’elle dégage.

Ils se retrouvent dans un logement situé à l’extrémité du palais dont les fenêtres donnent sur un parc magnifique ou croissent des arbres et plantations florales de toutes sortes. Une jeune soubrette, affectée au service d’Odinette entretient les lieux, et en cette fin de jour, elle a préparé un copieux souper arrosé d’un succulent vin de Beaune que les convives apprécient à leur juste valeur. Florian profite de ce moment d’intimité pour évoquer sa vie, ses activités auprès du Roi et surtout, puisque sa présence le justifie, ses rapports avec Marco.

         _Et vous, chère  Odinette, si  vous me permettez de vous appeler  ainsi, qui êtes-vous ? Je ne connais de vous que votre inoubliable parfum.

Cette remarque la fit sourire ; elle prit alors la main de son hôte et le conduisit vers une douillette chambre parée de tentures colorées dans laquelle une cheminée dispensait une douce tiédeur. Et là sous les yeux émerveillés de Florian elle se dépouilla de son bliaud apparaissant complètement nue.

        _ En religieuse, vous étiez charmante, le bliaud vous conférait une allure enchanteresse, ainsi parée de votre seul parfum vous êtes féérique.

        _ Florian mon ami, vous êtes un charmeur et un si joli compliment mérite récompense.

Florian fut récompensé comme il se doit et Odinette ne put qu’apprécier la maestria dont, en réponse, il fit preuve.

Après quelques délicats préliminaires, faits de tendres frôlements, d’effleurements furtifs, d’enlacements passionnés, vinrent les embrassades enfiévrées, bientôt suivies de folles étreintes aptes à faire naitre des fourmillements précurseurs à d’autres ébats menant vers l’extase. Quand Florian s’immisça dans l’antre feutrée qui s’était ouverte, impatiente de le recevoir, Odinette montra aussitôt  par ses longs gémissements toute la satisfaction qu’elle en avait éprouvée. Au cours des longs va et vient qui suivirent, elle fut à plusieurs reprises frappée par un bienfaisant plaisir ;  Florian se donna alors le droit d’exploser à son tour.

Ils s’endormirent comme s’endorment tous les amants après l’amour, terrassés par le plaisir.

Lorsqu’ils revinrent à la réalité, Odinette, couchée sur le ventre exposait une croupe musclée, que Florian regrettait d’avoir un peu trop délaissée jusqu’ici. Avec  douceur, il caressa cette splendide anatomie, pendant que la jeune femme l’informait de son rôle dans la disparition de son ami Marco.

Odinette, fille de petit artisan aisé, avait eu de privilège de poursuivre des études dans une institution monacale. C’est là qu’elle avait connu celle qui devait devenir la Duchesse de Bourgogne du temps où elle était simple pensionnaire  au couvent dans l’attente de prononcer des vœux de religieuse. Toutes deux avaient sympathisé et échangé maintes confidences. Lorsqu’elles se séparèrent, les deux amies promirent de ne jamais perdre le contact.  Et de fait, Odinette devint, le moment venu, l’une des suivantes de cette amie devenue  Duchesse de Bourgogne.

Un jour qu’elles évoquaient de vieux souvenirs, la Duchesse émit le désir de retrouver la Sœur Bénédicte dont elle n’avait plus aucune nouvelle. L’idée vint à Odinette de partir à la recherche de cette nonne qu’elle avait vaguement connue autrefois. Et pour dissimuler la raison  de ses prospections, elle adoptait souvent pour aller et venir, le costume des moniales que tous  respectent en général.

–        _ Je me suis heurtée à quelques difficultés mais j’ai finalement retrouvé cette Sœur qui vivait des jours malheureux dans un couvent où elle servait, pour expier ses fautes, de bonne à tout faire. Heureusement, grâce à la bienveillante intervention de la  Duchesse, sa situation a bien changé. Demain nous irons lui rendre visite ; elle vous parlera de Marco.

*****

Et pendant que Florian allait de découvertes en découvertes, au manoir de Coursy, Emeline surveillait avec attention les travaux d’embellissement qu’on y avait entrepris. Chaque jour elle inspectait avec le maître d’œuvre l’avancée de l’ouvrage et chaque jour ce dernier assurait, répondant aux légitimes questions d’Emeline : « Tout va très bien Madame la Marquise ».

Note de l’éditeur: Ce qui tend à prouver que l’expression que l’on croit devoir à Monsieur Paul Misraki, est en fait une phrase datant du Moyen-Age, que le génial Raimondo, notre érudit, a retrouvé au cours de ses recherches historiques. Qu’il soit ici assuré de notre gratitude pour sa contribution aux Sciences humaines en général et à Gigaproduction en particulier.

Adalbert Flavien Gaétan de Coursy avait regagné la Cour de France pour y assurer ses fonctions de Grand Veneur auprès de son roi ; Emeline, de ce fait, se sentait parfois un peu seule et quémandeuse de tendresse. Aussi organisait-elle des fêtes, au cours desquelles, il se trouvait toujours une bonne âme pour lui apporter un peu de bien-être dans l’intimité ; elle inventa pour l’occasion, le menuet de la marquise, qui, on le sait,  comporte toujours plusieurs figures…

*****

Florian, tout en écoutant le récit d’Odinette, n’avait cessé de caresser la magnifique croupe qui s’offrait à lui. Au fil des minutes sa main devenait de plus en plus fureteuse et ses doigts plus insinuants

        _ Mon cher Florian si vous continuez ainsi, je sens que je vais bientôt exploser.

Et de fait, elle explosa. Et même elle explosa à plusieurs reprises. Enfin repue, elle remercia son bienfaiteur ; une bouche goulue, une langue tournoyante, infligèrent  à Florian ce merveilleux supplice dont le propre est de libérer les trop-pleins d’énergie.

Le lendemain, deux cavaliers, dont une nonne revêtue de bure grise, la tête enserrée dans une guimpe blanche, se dirigeaient vers Saint Apollinaire, situé à quelques lieues de Dijon, au couvent des Ursulines. En chemin ils croisèrent des paysans qui, avec déférence, saluaient cette religieuse que Florian regardait respectueusement par égard au costume qu’elle portait, mais qui ne pouvait oublier cette dualité capable de  transformer en une impétueuse furie, celle qui prenait parfois l’allure d’une auxiliaire de Dieu.

Au couvent, ils rencontrèrent Sœur Bénédicte, devenue par l’intermédiaire de la Duchesse de Bourgogne  abbesse de la communauté ; elle conta sa malheureuse aventure avec le jeune prêtre qui avait fait battre son cœur.

 » Lorsque nous nous sommes aperçus que j’étais enceinte, mon jeune amant organisa notre fuite. Nous nous retrouvâmes à Padoue où il avait fait ses études théologiques. Hélas pour moi, il disparut soudainement, me laissant seule, à la veille d’accoucher. Des religieuses me recueillirent par charité dans l’attente de mes couches, mais il était hors de question qu’elles se chargent de cet enfant du péché qu’on déposa, comme cela se fait d’ordinaire, dans le porche d’une église. Dès lors je n’ai plus jamais entendu parler de cet enfant, qui pour moi restait l’enfant de l’amour. »

  Sœur Bénédicte observa un long silence, durant lequel elle se remémora la vie pénible qui désormais fut la sienne ; comme une quelconque sœur converse elle fut affectée aux travaux ménagers les plus pénibles qui soient, afin d’expier  le péché de la chair qu’elle avait commis.

       _  Heureusement ces douloureuses années sont révolues. Grâce à mon amie la Duchesse et aux incessantes recherche d’Odinette, je vis des jours heureux et j’ai enfin le bonheur de connaitre mon fils….

   _ Dont je ne sais toujours pas ce qu’il est devenu, interrompit Florian.

     _   Ne soyez pas préoccupé pour lui, le Duc de Bourgogne, à la demande de son épouse, mon amie,  l’a enrôlé parmi les écuyers.

      _  Actuellement, il est à Chevigny, non loin d’ici, où il s’occupe des chevaux de l’écurie ducale,  ajouta Odinette.

Durant le voyage de retour à Dijon, Florian resta pensif ; il ne pouvait effacer de son esprit le récit de Sœur Bénédicte ; il n’admettait pas le sort cruel qu’on lui avait infligé et déjà il avait en tête quelques projets de représailles.

On imaginera volontiers l’allégresse qui s’empara de Marco lorsqu’il retrouva enfin son ami Florian, venu en compagnie d’Odinette, dans la petite cité de Chevigny.

Marco travaillait dans les écuries ducales, s’initiant, aux diverses tâches de la filière équine.  Sans cesse par voies et par chemins, les grands personnages de l’époque, se devaient de prêter une attention  particulière à ce moyen de transport usuel en entretenant des écuries où l’on soignait ces animaux chargés de leurs déplacements. Le duc de Bourgogne possédait, à quelques lieues de son palais, à Chevigny, de luxueuses écuries que menait d’une main de fer, depuis quelques décennies un oncle d’Odinette, Jehan. C’est lui qui ce matin-là accueillit les visiteurs.

        _ Je suis aise,  ma chère nièce, de te voir décemment vêtue  et non avec cette robe de bure, véritable repoussoir de concupiscence.

        _ C’est la raison pour laquelle j’en suis revêtue  lorsque je voyage seule : ce costume assure ma protection. Mais aujourd’hui je suis en excellente compagnie, avec Florian parti à la recherche de son ami Marco.

        _ Soyez le bienvenu et permettez-moi de vous de vous féliciter pour avoir distingué, par-delà les monts un garçon courageux et qui apprend avec facilité l’art de panser les chevaux.

Marco et Florian tombèrent dans les bras l’un de l’autre, heureux d’être enfin réunis après de longues semaines sans nouvelles l’un de l’autre.

        _ Comme je suis heureux de te retrouver, mon Marco, d’autant que je te sais en de bonnes mains et satisfait de cette nouvelle situation.

       _  Je suis, tu t’en doutes, plus  à mon aise ici,  dans les écuries du duc de Bourgogne  que sur les voiliers vénitiens.  Depuis ma rencontre avec cette étrange religieuse ma vie a été transformée.

Et Marco conta à son ami ce qu’il  avait vécu depuis ce fameux soir, où  dans les quartiers malfamés de Dijon il trainait son ennui : ses retrouvailles avec une mère, fut-elle  nonne, malheureuse femme au destin peu ordinaire, sa vie dans ces  écuries où il découvrait le plaisir de s’occuper des  destriers du duc, sa connivence avec Jehan, le maitre des lieux qui l’entourait de toute sa sollicitude.

        _ Je ne pensais pas te revoir, je te croyais reparti avec le roi, consacré à de nouvelles tâches.

        _ Tu te trompais ; ta disparition m’a tout de suite alarmé et je dois dire que la « Sœur Odinette » s’est ingéniée à  guider mes recherches.

L’expression fit bien rire, et il vint à l’esprit de Florian, quelques images de cette nonne particulière dont il ignorait les sentiments profonds en matière religieuse mais dont la vie sexuelle bénéficiait d’une longue expérience.

*****

Alors qu’en Bourgogne Florian et Marco se grisaient, tout à la joie des retrouvailles, au palais royal de Paris où il résidait, s’octroyait  une petite sieste crapuleuse en compagnie d’une dame d’atours de la reine, qui savait avec virtuosité calmer les ardeurs du Grand Veneur. Après une longue série de tâte-moi partout les deux coquins s’adonnaient à cette posture qu’Adalbert avait baptisé la sauce Grand veneur ; l’expression  faisant bien rire la blonde dispensatrice de cette fantaisie. On arrivait  presque  à la conclusion, lorsque soudain un écuyer s’en vint frapper à la porte.

            _ Qu’est-ce que c’est, hurla Adalbert !

        _ Monsieur le Marquis, le roi souhaite votre présence en son cabinet privé le plus rapidement possible.

Certes, cela ne faisait pas les affaires d’Adalbert, mais lorsqu’un roi demande, il faut savoir obéir rapidement. La blondinette fut navrée de cet imprévu ; il  venait mettre fin à quelques autres réjouissances qu’elle avait en tête. Adalbert avait l’art de consoler les affligés et avant  de rejoindre le roi il ordonna a son écuyer de vouloir bien éteindre l’incendie qui couvait en cette jouvencelle ; après une petite tapette sur ses fesses rebondies, un petit câlin à ses seins et à la duveteuse toison de son sexe,  il se pressa auprès de son souverain.

Le roi avait le visage sombre des mauvais jours, préoccupé sans doute par quelque difficulté que rencontrent les chefs d’Etat dans la conduite de leur tâche.

        _ Dites-moi Marquis,  vous m’aviez bien raconté qu’une fille naturelle du roi de Chypre avait épousé un bâtard du comte de Savoie ?

        _ Oui Sire ; le souverain chypriote, avait confié  à Florian cette encombrante progéniture dont il souhaitait se débarrasser en la cloitrant dans un monastère vénitien.

        _ J’avoue que le procédé manque un peu d’élégance, mais c’est bien souvent ainsi que l’on résout ces cas un peu difficiles.

        _ C’est la raison pour laquelle, nous avons, avec l’accord du comte de Savoie et sous l’égide du prélat de Chambéry, trouvé une solution plus humaine agréée par tous, en mariant ces deux enfants naturels qui avaient l’un pour l’autre une réelle inclination.

        _ Par tous, sauf par ce roitelet chypriote, qui soudain se découvre des sentiments paternels et m’enjoint d’intervenir pour qu’on retrouve sa     chère enfant, dont il manque de nouvelles.

        _ Permettez-moi Sire mon roi, de trouver cette envie bien tardive et surtout incompréhensible.

        _ A cela près que cet âne couronné menace de se faire assister par les Turcs pour récupérer la chair de sa chair ;  et je n’ai pas besoin que les ottomans viennent visiter mon royaume.

L’entretien se poursuivit et  l’on jugea opportun de faire appel pour organiser une mission à Chypre, au savoir-faire de Florian.

       _  Marquis, nous approchons de l’hiver, aucune chasse n’est prévue dans l’immédiat ; vous allez donc me retrouver ce feu-follet de Florian et lui apporter mes ordres. Avant de partir voyez mon trésorier, il vous remettra des lettres de créance pour couvrir les  frais de cette expédition.

Adalbert Flavien Gaétan de Courcy prit donc la route du sud en direction de son manoir où il pensait retrouver son ami. Mais, on le sait, Florian était à Dijon à la recherche de Marco. Emeline calma la déception de son époux trouvant les mots nécessaire pour temporiser.

        _ Adalbert, soyez sans inquiétude, mon cousin m’a promis de repasser par ici lors de son retour sur Paris. En l’attendant, nous allons nous payer une petite lune de miel, dont je rêve depuis longtemps.

Dans les jours qui suivirent, notre Marquis fit preuve de toute son imagination pour renouveler les délices de l’intimité et sa Marquise n’eut aucune peine à le suivre dans cette merveilleuse voie. Que ce soit dans les bois, les divers salons  du manoir, les étroits escaliers en colimaçon ou devant la cheminée, ils firent quelques mémorables prouesses telles : le retour de l’enfant prodigue, ou le marathon de Coursy  sans oublier la grimpette aux peupliers.

Florian en route pour Paris fit étape à Coursy. On avait tant de choses à se dire que la soirée se prolongea et comme Florian avait rapporté de Dijon quelques bouteilles de ce nectar qui fait la renommée des abbayes  bourguignonne, on trouva vite le sommeil, sauf peut-être Emeline qui montra assez d’énergie pour se  procurer un petit délassement manuel, ces petits frottis intimes qu’elle appréciait et ne rechignait pas à exécuter.

Florian, tôt levé, s’en vint aux écuries afin de panser un cheval qui allait le conduire vers la Provence. Il avait décidé de  rejoindre Chypre par la Méditerranée en contournant la Sicile, pour s’éviter la traversée des Alpes afin de  gagner la Mer Adriatique. Il était assuré de trouver à Marseille l’un de ses nombreux navires qui assuraient le commerce avec l’Orient.

Occupé à brosser soigneusement sa monture il n’entendit pas venir à lui une femme, qui n’hésita pas à  venir se serrer dans son dos :

        _ Alors, beau damoiseau, on a oublié la vieille Aglaé ?

Florian songeait à la réponse qu’il devait faire. Il gardait de cette servante le souvenir d’un intime moment des plus agréables qu’il avait vécu avec cette femme mûre à l’allure et aux  formes aptes à éveiller les plus  indifférents. Il ne répondit rien, mais la prenant dans ses bras, il la déposa avec ferveur sur  un douillet tas de foin ; il sut alors lui montrer que son charme restait intact, qu’il n’avait rien oublié d’elle, et désirait renouveler la romance d’autrefois.

Aglaé répondit par le  » aaaaaaaaaaa !!!!!   » des amantes comblées.

Raimondo (à suivre)

 

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