Emeline et Adalbert 15

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XV

     Rien ne va plus dans la caravane royale. Le roi  a dormi seul durant la nuit précédente et ne décolère pas de la disparition d’Emeline. Il affiche sa mauvaise humeur auprès de son Grand veneur qui n’en peut mais, ne sachant pas ce que son épouse est devenue. Florian suggère au souverain de lui trouver une accueillante baronne ou une soubrette délurée, afin de calmer ses ardeurs. Le roi a esquissé une vague moue dans laquelle son entourage a cru déceler un sourire, mais sa mauvaise humeur persiste et il décide finalement de reprendre la route de Paris où l’accouchement de la reine est imminent.

   Et voilà qu’apparait Emeline ; elle est  en pleurs et ses vêtements souillés attestent qu’une mésaventure lui est advenue :

–         Sire mon roi, j’ai été enlevée par l’infâme Birgit et ses sbires Boubrain et Dugour  qui m’ont séquestrée durant la nuit pour se venger de mon époux qui avait organisé  la chasse à courre pour vous divertir.

–         Ma pauvre Emeline, j’en suis tout marri.  Ces malandrins seront châtiés comme il convient. Florian mon ami, occupez-vous en, et corrigez moi ces malotrus sur le champ. 

   Voilà comment Emeline conta l’histoire.

   On l’aura compris, il n’y avait pas une once de vérité dans ce récit. Comme prévu elle avait,  en compagnie d’Aude,  passé de délicieuses heures  durant lesquels les deux amies, heureuses de renouveler les doux instants qu’elles avaient connus autrefois, se donnèrent l’une à l’autre.

   Ah quelle nuit ! Que de folies, que d’extases, que de cris d’amour, que d’orgasmes, que de gémissements témoignant d’une réelle fusion de ces deux femmes. A peine se retrouvèrent-elles nues sur la couche douillette que…

Stop!

 En ma qualité d’éditeur je suis au regret d’arrêter ici le  récit de Raimondo. Lui qui d’ordinaire sait nous émerveiller par sa  prose raffinée et son verbe délicat, s’est soudain lancé dans une description d’un érotisme torride dont la salacité aurait valu au siècle dernier les foudres de la censure et en des temps plus anciens, la relégation dans l’enfer de la bibliothèque vaticane. Il me parait indispensable, de maitriser la verve scripturale de cet auteur dont je veux bien excuser pour cette fois  les égarements, me contentant de   supprimer un scabreux paragraphe.  Certains fâcheux me reprocheront peut-être de jouer les censeurs ; si tel était le cas, je leur conseille de consulter des sites appropriés : sucelamoi.com ou faismoijouir.fr, qu’il m’arrive de parcourir à l’occasion. Cette mise au point faite, je laisse la parole à Raimondo pour la suite de son récit.  (Dixit l’éditeur) Note du vrai éditeur : Non, mais ça va pas la tête ! Voilà-ti pas que l’ami Raimondo se fait les demandes et les réponses. Et qu’il me met en cause. Moi, petit être fragile et dévot, qui ne fréquente que vatican.com, témoignagechrétien.org et lepèlerin.fr )

   Au petit matin les deux amies se quittèrent, souhaitant se revoir dès que possible pour de nouvelles aventures et d’autres délicieuses expériences. On connait la suite : Emeline conta ses balivernes, Florian se mit à la recherche de l’infâme Birgit et ses comparses. Quant au roi, il partit à bride abattue vers la capitale au chevet de sa parturiente épouse. Il arriva à temps pour entendre le premier cri d’un  garçon plein de vie ; cette naissance acheva d’estomper la mauvaise humeur qu’il avait éprouvé toute la journée. Enfin un héritier ! Enfin un prince apte à régner après lui et comme lui, destiné à gouverner le beau royaume de France et mener les troupes au combat.

   Le souverain décida de fêter dignement cet heureux évènement et  il jeta son dévolu sur  une des dames d’honneur de la reine, pour lui tenir compagnie durant la nuit et lui apporter une salutaire  détente.  Il avait volontairement écarté Emeline et tout porte à croire que le règne de notre héroïne  avait pris fin ; aussi ce soir-là  regagna-t-elle la couche conjugale où les deux époux connurent de mémorables retrouvailles. Car au fond, malgré leur vie dissolue, une véritable complicité unissait ces deux êtres, faite comme les mouvements de flux et de reflux d’une mer, qui reste toujours la même, malgré son éloignement de la côte au gré des marées. Ce soir-là, Adalbert et Emeline firent l’amour avec passion : cela ne leur était pas arrivé depuis longtemps, et ils apprécièrent ces retrouvailles à leur juste valeur, n’hésitant pas à mettre toute l’originalité dont ils savaient faire preuve.  Ils s’endormirent dans une béatitude qui laissait apparaitre que tous deux ne faisaient qu’un.

Quant à Florian, selon les ordres de son souverain, il s’en fut à la recherche de Birgit. Il eut tôt fait de l’apercevoir au bord d’une rivière, mollement allongée sur l’herbe de la rive ; nue, elle devait se sécher, sans doute après un bain, sous les chauds rayons d’un soleil parvenu à son zénith. Cette sublime vision ne put laisser Florian indifférent et son cœur battant un peu plus fort il sentit en son corps de patentes  transformations, préludes d’ordinaire, à des jeux coquins. Birgit constatant le phénomène eut un sourire d’envie et une main tendue ;  c’était de toute évidence une invite discrète à faire plus ample connaissance avec ce beau chevalier. Point d’inutiles paroles, on aborda les choses sérieuses et l’on se donna du bon temps.  Birgit promena sur le corps dénudé de Florian ses longs cheveux blonds, faisant naitre de savoureux frissons. Florian révéla à Birgit les secrets de la joute forestière et ceux de la cavalcade bellifontaine. Bientôt les frondaisons environnantes résonnèrent de langoureux « aaaaaaaaaa..!! » de plaisir exhalés par les deux amants, qui n’hésitèrent pas à renouveler à plusieurs reprises leurs prouesses.

   Reprenant leur souffle, ils devisèrent ; Florian se rendit compte alors que sa cousine avait menti effrontément et que ni Birgit, ni ses comparses n’étaient responsables de son absence nocturne. Certes il cacherait à tous cette nouvelle mais se faisait fort de connaitre un jour les raisons profondes qui avaient conduit Emeline à conter pareilles sornettes.  Il caressa une dernière fois la généreuse croupe de sa compagne, s’attarda également sur les rondeurs de son buste, regrettant  de ne pouvoir prolonger plus longtemps ces délicieux instants puis enfourcha son cheval pour rejoindre la caravane royale.

   En cours de route, il rencontra Boubrain et Dugour ; certes ils n’étaient pas coupables, mais finalement, pour obéir aux ordres du roi qui demandait un châtiment, il les bastonna vertement. Ces pauvres bougres, qui ne comprirent pas la cause d’une telle vindicte,  s’en tirèrent avec de multiples contusions, mais Florian, l’esprit soulagé d’avoir fait son devoir, poursuivit sa route vers Paris, l’âme en paix.

   En parvenant aux portes de Paris, il perçut derrière lui, le galop d’un cheval ; il constata alors que ce cavalier était en fait, une cavalière et qui plus est, une religieuse, qui s’arrêta à sa hauteur. D’une voix où perçait un rien de moquerie, elle s’adressa à Florian :

–         Votre belle amie Birgit m’a permis de retrouver votre trace. De vous à moi, j’ai crus comprendre  que vous lui avez fait grand effet.

–         Et, toute plaisanterie mise à part, concernant mes rapports avec cette femme, pour quelles raisons teniez- vous à retrouver ma trace ?

–         Parce que j’ai un message pour vous qui êtes à la recherche de Marco. A l’occasion si vous revenez en Bourgogne, allez présenter vos hommages à la duchesse et demandez-lui de vous faire connaitre sœur Bénédicte.

–         Puis-je savoir au moins…

   Il n’eut pas le temps d’en dire davantage ; la nonne éperonnant sa monture, s’éloigna au galop et disparut laissant derrière elle un effluve que Florian ne reconnut pas sur  l’instant mais qui ne lui était pas inconnu.

 *

*         *

   Le roi de France  a retrouvé son palais parisien. En bon roi, il prend chaque matin connaissance des dépêches venues des divers points du royaume, qu’apportent de  nombreux hérauts affectés à l’administration royale. Comme tous ses prédécesseurs, il veille à la croissance de son  pays et à la renommée de la lignée capétienne, par une attitude responsable face à la gestion des affaires. Tout à l’heure, les hérauts repartiront, afin de faire connaitre dans les fiefs de la couronne les décisions royales.

   Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, en sa qualité de Grand Veneur, a décidé de parcourir  les forêts proches de la capitale, de  l’Orléanais à la Picardie et se tiendra prêt à organiser une chasse, au gré des désirs  de son roi.  Emeline ne l’a pas suivi et n’ayant plus de raison de rester auprès du souverain qui a définitivement tourné la page de leur passagère intimité. Elle a décidé de regagner son château qu’elle a quitté depuis de longs mois afin de s’y ressourcer.

   Avant son départ, elle a revu  Florian qui  a bien sûr tenté d’en savoir plus sur son escapade nocturne, mais Emeline n’a pas pipé mot, malgré l’insistance  de son cousin. Elle lui simplement lâché cette phrase sibylline, avec un coquin sourire :

–         A l’occasion, tu le sauras un  de ces jours.

   Ils se sont séparés après quelques légers frôlements. Elle offrit ses lèvres qu’il goûta avec ravissement  mais à son grand regret, ce fut la seule privauté à laquelle  il eut droit ce jour-là.

   Emeline retrouva son château avec un évident bonheur. Aglaé, sa fidèle servante, courut  vers elle pour l’accueillir et  lui  tomba dans les bras contenant difficilement des larmes d’émotion.

–         Ma reine, vous voici enfin de retour.

–      Je t’en prie, il y a belle lurette que je ne suis plus reine, même s’il m’est arrivé de jouer les reines de la nuit, à plusieurs reprises.

–         Entendez-vous par là, comtesse que votre vie intime…

–         Ne sois pas inquiète, tout est redevenu parfait de ce côté-là et depuis longtemps je n’ai plus besoin de potion magique pour atteindre le septième ciel et faire grand bien autour de moi.

   Bientôt Emeline vit venir vers elle Renaud accompagné d’Albine, qui tenait par la main un bébé au pas encore hésitant. On se souvient que l’écuyer d’Adalbert Flavien Gaétan de Coucy avait décidé de ne pas s’en retourner en Terre Sainte pour demeurer auprès de son amie enceinte.

–         Bienvenue chez vous comtesse ; il nous tardait de vous revoir  en ces lieux bien tristes en votre absence. Nous sommes ravis de vous  présenter le plus jeune de vos sujets, le petit Arnoul.

   L’enfançon tendit les bras vers cette belle dame, savamment vêtue d’habits faits étoffes chatoyantes,  le cou paré d’un collier de pierreries. Emeline, émue de cette attention le prit dans ses bras, le serrant très fort contre elle, songeant sans doute aux joies de la maternité qu’elle n’avait pas connues.

   Renaud et Albine avaient maintenu les lieux en parfait état ; que ce soit dans les jardins ou les diverses salles du château, tout avait été entretenu ou rénové avec un goût certain et il va sans dire que la comtesse fut ravie des services de ces dévoués serviteurs qu’elle félicita chaleureusement. Avant de passer à table, elle se donna le temps de se détendre dans les étuves du château regrettant qu’un beau galant ne soit pas près d’elle pour lui laver le dos. Tout naturellement elle se remémora les instants heureux qu’elle partagea autrefois avec Guillaume et décida de l’aller voir au plus tôt.

   Dès le lendemain, elle  lui rendit visite  à l’étude notariale qu’il avait reprise à la suite de son père. Les deux amis fêtèrent avec ivresse leurs retrouvailles ; point ne fut besoin de réfléchir longuement pour retrouver les gestes d’autrefois et mirent un point d’honneur à imaginer diverses fantaisies pour se donner du plaisir. Ils ne prirent pas garde, qu’à tout moment, quelqu’un pouvait, attiré par de bruyants « Aaaaaaaaaaa… » de jouissance, pénétrer en l’étude. C’est d’ailleurs ce qui se produisit, le jeune clerc qui travaillait dans une pièce voisine, craignant que son maitre ne soit pris d’un malaise, entra et  surprit les amants en un moment capital.

–         Tout va bien Maitre ?

–         Fous-moi le camp, je t’ai déjà dit de ne pas me déranger lorsque je suis avec un client.

   Le ton était sans réplique et le pauvre garçon se retira tout penaud, honteux de son intervention inopinée qui lui vaudrait tôt ou tard une bonne  bastonnade patronale, suivant la coutume de la maison.

   Emeline sortit ravie de son entrevue avec Guillaume qui lui avait apporté la détente et la sérénité indispensables à son équilibre. En quittant la riche demeure du notaire, elle croisa Guillemette,  la sœur de  Guillaume. Celle-ci avait perdu le sourire moqueur qu’Emeline lui connaissait autrefois, et c’est au bord des larmes qu’elle sollicita une entrevue avec notre comtesse. Les deux femmes se retrouvèrent donc dans un des petits salons du château et là entre deux sanglots, la jeune fille se confia, expliquant l’angoisse qui l’étreignait à la veille d’un mariage forcé avec un vieil homme, veuf, cacochyme, mais riche comme crésus et acceptant de l’épouser sans dot.

–         Ma pauvre Guillemette, tel est l’injuste sort des filles de bonne famille que l’on marie au gré des intérêts.

–         Mon Dieu comtesse, vous avez l’air de trouver cela normal !

–         Certainement pas ;  je  me borne à constater la méprisable habitude des pères qui préfèrent les considérations  financières au le bonheur de leur enfant.

–         Et que peut-on faire pour éviter l’injuste sort qu’on nous réserve ? Ne serait-il pas préférable de consulter les jeunes filles sur leur désir  au lieu de les livrer comme des génisses au Minotaure.

–         Voudrais-tu dire que ton cœur a fait un autre choix ?

   Effectivement, Guillemette, depuis sa tendre enfance était amoureuse de Roland, le fils cadet du meunier. Ils avaient partagé les jeux innocents de l’enfance, puis au fur et à mesure qu’ils avançaient en âge, d’autres beaucoup moins innocents, mais somme toute fort agréables. Roland constata avec ravissement les transformations de son amie dont les seins s’épanouissaient de jour en jour. On en arriva  à des initiatives plus hardies mais combien exaltantes. Comme on disait à l’époque,  on éprouvait les joies de « la main dans le pipi ou du pipi dans la main », prélude au nirvana généré par le « pipi dans le pipi ». Si nos adolescents n’avaient pas encore abordé cette ultime étape, ils n’en étaient cependant pas éloignés.

   Emeline, prodigua de sages conseils à Guillemette, l’exhortant à la patience et lui conseillant de s’en tenir, sans réserve aucune, à ces jeux agréables  qui ne risquaient pas de provoquer  une maternité, évènement qui  apporterait plus d’inconvénient que de solutions, au problème matrimonial de la fille du notaire. Elle assura Guillemette de réfléchir à son problème et lui promit d’intervenir pour éviter un mariage qu’elle jugeait  contre nature.

   Cette promesse rendit le sourire à la jeune fille qui alla retrouver son Roland afin de lui annoncer la bonne nouvelle. Les deux amoureux fêtèrent l’évènement échangeant de douces caresses.

   Heureuse époque que ce Moyen Age où les dames ne portaient ni culotte, ni slip, ni string ; bienheureuses étaient les mains des amants, capables de parvenaient sans encombre  dans ces recoins secrets auxquels ils rendaient grâce avec ferveur !

Raimondo (à suivre)- 2013

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