Raimondorama 01

Je crois avoir déjà dit ici que Raimondo est un auteur prolifique. Il m’a paru normal qu’un article mensuel lui soit entièrement consacré. Ce que nous aimons en lui, outre son art de ciseler la métrique, c’est sa malice. Malice qu’il met au service d’une polissonnerie qui l’aurait, à coup sûr, rendu célèbre au XVIII ou au XIXème siècle. Hélas, de nos jours, nos jeunes ne s’embarrassent pas de périphrases ou d’euphémismes. Ils sont plutôt du genre « direct », c’est dommage car nos compagnes ont souvent gardé ce côté « fleur bleue » qui les fait craquer. Eclectique, vous pourrez juger, entre autres, de sa sensibilité très « comme il faut »  dans « Ode à Ninon » et de son sens de l’humour dans « Sans rime ni raison ». Il me fait penser à cette chanson de Georges Moustaki  « Fleur de méninge » que Barbara et, plus tard, Serge Reggiani, interprétèrent:  (http://www.dailymotion.com/video/xi2sn_barbara-fleurs-de-meninges_music ) :

« …Quand je joue au bel oiseleur
Je peux tout prendre avec des fleurs
De méninge
Pour étourdir la midinette
Pas besoin de roses ni de pâquerettes
Au dancinge
Suffit pour ce gentil labeur
De savoir faire pousser les fleurs
De méninge »
Continue dans cette voie, ami, ce n’est pas moi qui m’en plaindrai!

La main de singe 

La main de singe est une pièce qui fut représentée autrefois au Grand Guignol, théâtre aujourd’hui disparu, dont le répertoire puisait largement dans des histoires fantastiques. Le récit poétique qui suit est inspiré de ce drame. 

Le soir dans la taverne à l’heure de la veillée

L’homme nous racontait toutes ses équipées

Lorsqu’il était coiffé de ce beau képi blanc

Qu’autrefois il portait alors très noblement.

Pour nous, cet homme-là était le légionnaire ;

Il avait bourlingué par delà les frontières,

En Afrique, en Asie, en de lointains pays,

Dans des lieux où la guerre avait besoin de lui.

Nous étions fascinés au récit des actions

Qu’il racontait alors avec tant de passion.

Un soir, il nous montra  la Main  parcheminée

D’un grand singe africain qu’on lui avait donné.

Celui qui possédait ce précieux talisman,

Verrait trois de ses vœux exaucés pleinement ;

Et tous les gens présents, en voyant ce gri-gri,

Souhaitaient ardemment le posséder aussi,

Mais cet ancien guerrier,  malgré tous leurs soupirs

Négligea de répondre à leurs moindres désirs ;

On aurait dit qu’en lui  une image lointaine

Etait soudain venu réveiller une peine. 

Peu après, il mourut et l’on ne parla plus

De cette Main magique au pouvoir absolu.

Tous avaient oublié, sauf un fermier malin

Qui de cette amulette avait fait le butin ;

Longtemps il la garda tout au fond d’un tiroir

Jusqu’au moment venu ou vinrent des jours noirs :

Cette année là, les champs avaient très peu donné

Et cet homme emprunta pour pouvoir subsister,

Auprès de créanciers qui lui firent injure

Pour recevoir leur dû et le fruit de l’usure.

Alors il prit en main la précieuse  amulette

Qui pourrait  l’assister pour acquitter ses dettes

Et il cria bien fort « Il me faut mille écus

Pour que mes créanciers ne m’importunent plus ».

La Main se contracta ; rien ne se produisit,

Et il se retrouva avec tous ses soucis.

Mais quelques jours plus tard on vint lui annoncer

Que son fils, bûcheron,  était accidenté,

Ecrasé par un chêne au cours de son labeur.

Le patron généreux, pour payer ce malheur,

Fit don à ses parents d’une somme élevée

Et offrit mille écus pour les  indemniser.

A la ferme, la vie repris, mais le chagrin

Etait sans cesse là et du soir au matin

Ces gens pleurait leur fils hélas partit trop  tôt

Les laissant à leur peine en gisant au tombeau.

La mère obstinément suppliait son conjoint

De faire un nouveau vœu pour que leur fils enfin

Revienne parmi eux comme avant son trépas,

Ramenant au logis le bonheur et la joie.

Mais l’époux  hésitait, il songeait  constamment

Au corps déchiqueté du malheureux enfant.

Puis, peut-être lassé de toutes les suppliques

Il s’adressa enfin à cette Main magique

« Redonne à notre fils le souffle de la vie

Pour qu’il revienne enfin avec nous vivre ici »

Et de nouveau la Main soudain se contracta.

Aussitôt quelques chiens hurlèrent à la mort

Un vent impétueux s’éleva, soufflant fort ;                                

On entendit aussi aux abords du chemin

Une voix languissante criant  dans le lointain

Qui disait : chers parents je reviens parmi vous

Ouvrez donc votre porte, ouvrez votre verrou,

Je veux comme autrefois partager vos repas

Et retrouver chez vous le bonheur d’être à trois.

Oui, mais cette voix-là respirait la souffrance,

Et le père aussitôt eut en sa souvenance

Le corps du bûcheron broyé sous le grand chêne,

Dont il eut à nouveau la vision inhumaine.

Alors prenant la Main il prononça ces mots,

« Que le corps de mon fils retourne à son tombeau »

          Et une ultime fois

          La Main se contracta.

Ode à Ninon

I 

Ce matin là, à la rivière,

Ninon allait quérir de l’eau ;

Elle portait une brassière

Très fine car il faisait chaud.

En chemin elle rencontra

Un assez jeune adolescent

Qui bien fort la complimenta

Sur son très bel accoutrement.

Ma mie, dit-il d’un ton badin,

A travers ce tissu léger

On devine de jolis seins

Que j’aimerais tant caresser.

Ninon qui était demoiselle

Plein de pudeur et de vertu

Rougit ainsi qu’une pucelle

Au compliment inattendu.

Dès son retour à la maison

Elle conta à sa maman

Ce que le bien joli garçon

Avait susurré galamment.

Ma fille, répondit la mère,

Garde-toi des complimenteurs

Je te rappelle que ton père

Joua un jour le joli cœur,

Et qu’après t’avoir enfanté,

Il reprit son chemin errant

Me laissant avec mon péché :

Joli péché assurément ;

Car tu es très belle ma grande

Ta peau a la couleur du lin

Et tes grands yeux noirs en amande

Sont comme ceux de ce gredin

Qui un matin à la rivière

Après m’avoir fait compliment

Sut user de jolie manière

Pour me donner un bel enfant.

II

Ninon n’écoutant pas les conseils de sa mère

S’en alla de nouveau au bord de la rivière

Espérant retrouver le bel adolescent

Au sourire si doux et aux propos galants.

Lorsqu’il la retrouva très vite il s’élança

Et avec  passion il la prit dans ses bras.

Puis il saisit sa main qu’il serra longuement

Avant d’y déposer ses lèvres tendrement,

Et leurs bouches amoureuses qui s’étaient recherchés

Se trouvèrent aussitôt en un ardent baiser.

La suite, on la devine, ce furent des folies,

Des mains qui s’égaraient, des gestes plus précis,

Ou des attouchements qui devinrent bientôt

Source de volupté et d’amoureux sanglots.

Très vite ils furent nus, offrant leurs corps brûlants

A leurs plus fous désirs, à leurs baisers d’amants.

Quand ils ne furent qu’un, s’échappa une larme

Pour ce geste nouveau faisant d’elle une femme.

Puis ils dormirent là, heureux sous les feuillus

Près du ruisseau coulant sur les rochers moussus.

Lorsque Ninon revint, sa mère remarqua

Le changement profond, les grands yeux plein d’éclat

Le sourire extasié, la mine réjouie

Et l’allure puérile soudain évanouie.

Elle comprit alors à ces bouleversements

Que sa jolie Ninon n’était plus une enfant.

ODE RONSARDIENNE

Mignonne  remontre moi la chose

Que l’autre jour j’ai découvert

Soulevant  une  jupe rose

Faite d’un fort soyeux mohair.

Ce jour là, c’était merveilleux,

Tu n’avais pas mis de culotte

Et j’ai contemplé radieux

La rousseur d’une belle motte.

Lorsque tu m’as tourné le dos

Ce fut une réelle ivresse

De constater le beau duo

D’une très jolie paire de fesses.

Je fus comblé par ces beautés

Et mes mains  tremblantes d’amour

Longuement se sont attardées

Sur ces délicieux contours,

Mes lèvres assoiffées de désir

Bien vite se sont mise à baiser

Cette peau nue faisant frémir

Tout mon pauvre  corps enflammé.

Alors d’une langue goulue

J’ai titillé le fin bouton

Exhibé d’un sexe velu

Qui faisait mon admiration.

Tu t’es ouverte à mon envie

Ouvrant tes cuisses fuselées

Pour laisser pénétrer mon vit

Au creux de ton intimité.

Dès lors ma caresse  fougueuse

S’exprima avec fulgurance

Et une onde voluptueuse

Te fit crier de jouissance.

Pour répondre à ta volupté

A son tour prenant son essor

Mon sexe  s’en vint se vider

Dans l’antre tiède de ton corps.

Mignonne, viens, recommençons

Ce que l’autre jour on se fit

Aimons- nous  avec la passion

Dont nos corps ont la folle envie.

 Sans rime ni raison

 Tous les matins dans la cuisine

Elle aimait caresser ma joue

Et quand venait le crépuscule

Elle désirait que je l’embrasse.

En promenade, dans la rue

Elle mettait ses mains sur mon dos

Et un certain soir de juin

J’en vins à peloter ses bras.

Elle fut ravie de la caresse

Et bientôt me  montra sa joie

En enlevant son pantalon

Pour que je tâte son genou.

Un salaud a volé mon dictionnaire de rime

Et depuis ce jour-là je vis dans la débauche

Mes vers n’ont aucun sens, mes écrits sont  hideux

Et je me réconforte  en tripotant ma main

  1. Roméra dit :

    Où vont-ils chercher toutes ces délectables grivoiseries qu’ils nous proposent. Des textes succulents, léchés, si j’ose dire, pour beaucoup d’entre eux. Ces lascars sont des artistes de la paillardise, de la gauloiserie que dis-je de la bagatelle. S-V-P continuez à nous amuser avec la fraicheur d’esprit dont vous faites montre à chaque parution. Merci de me compter parmi les destinataires de vos bienfaisantes fantaisies. Avec plaisir et circonspection.
    Jean-Claude Roméra.

  2. Alicia dit :

    Aloha mate! Great site! I really liked reading it.

  3. Galvin Clarke dit :

    Do you’ve a presence on twitter? I can’t seem to see Gigaproduction Gérard C. » Blog Archive » Raimondorama 01 – Elucubrations à base de Bombaytv… et autres balivernes on there and I would love to connect with you there. I like your writing style, thanks Galvin Clarke

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