Variations montastrucoises 02

Comme pour la 1ère fois, tout ce qui suit est dédié à Vincent M., notre habitant de Montastruc dont le sens de l’humour et l’esprit de tolérance ne sont plus à démontrer. Salut Vincent, notre amical salut à tout le Conseil Municipal dont Monsieur le Maire qui doit être, à n’en pas douter, un bien brave homme!

Amis lecteurs, avec Adhémar, nous vous engageons vivement, si vous êtes sur Facebook, à rejoindre sans tarder, ainsi que vos parents et amis, « Les amis de Montastruc la Virtuelle ». Plus on sera nombreux, mieux cela vaudra!

Avertissement coutumier: Tout est faux! Montastruc-la-Conseillère est une villégiature admirable: tout ce qui est dégoisé ici l’est uniquement pour rigoler. 

RONDE ENFANTINE (Vers libres)

Danse danse près de la fontaine

Comme le fit le Grand Duc

Celui qui vola tes mitaines

Dans l’église de Montastruc

Et la faridondaine

Et la faridondon

Hurle hurle dans la cour de l’école

Où l’on apprend des tas de trucs

La maîtresse est à moitié folle

A l’image de Montastruc

Et la faridondole

Et la faridondon

Chante chante les chansons égrillardes

Qui glorifient les trouducs

Il y a donc des personnes paillardes

Qui habiteraient Montastruc

Et la faridondarde

Et la faridondon

Cite cite les produits de la terre

Dont tu connais tous les sucs

Ville-dortoir ou cimetière

On fait des choses à Montastruc

Et la faridondaire

Et la faridondon

Saute saute rivière ruisseaux et liquides

Il n’y a là aucun viaduc

Le Maire a empoché les subsides

C’est ça la vie de Montastruc

Et la faridondide

Et la faridondon

Ouille ouille la sécurité y règne

Tout en prenant des coups sur la nuque

Mais la Police dit que tout baigne

Tout est OK à Montastruc

Et la faridondaigne

Et la faridondon

Siffle siffle tout un tas de bouteilles

Y compris l’exquis vin de Montluc

Et autres bons jus de la treille

On est soulots à Montastruc

Et la faridondeille

Et la faridondon

Cause cause la Conseillère

Qui parle quelque volapuk

Comme à la Légion Etrangère

Cosmopolite est Montastruc

Et la faridondère

Et la faridondon

Gérard 2010

Week-ends au pays de la soif.

Lien utile (voire indispensable): Picoll Club Montastruc sur facebook)

A Montastruc, ils ont, comme partout ailleurs,

Un Comité des Fêtes qui mène et se démène,

Il est, n’en doutons pas, ni pire ni meilleur,

Mais toute année ayant cinquante deux semaines,

C’est la croix, la bannière pour occuper les gens

En permanence. Et, malgré tout leur entregent,

Toute continuité fait qu’elle se scinde,

Et qu’il n’y a rien à foutr’ pour de nombreux ouiquindes(1).

Que doit faire la Jeunesse pendant ces temps morts?

A Montastruc, on a trouvé! Ah! Ils sont forts!

Et c’est donc à la bière qu’ils font une cure,

Ainsi qu’un tas d’alcools pour la Grande Biture!

Dès le Vendredi soir, on voit ces trous du cul

Beuglant, déjà beurrés comme des Petits LU;

Et ça continue le Samedi de plus belle,

Où ils sont tous bien ronds comme des queues de pelle.

Je saute le Dimanche où ils sont tous fins saouls,

En squattant les recoins pour « appeler Raoul »!

Ah! Cette belle Jeunesse montastrucoise

Qui carbure grave à la blonde munichoise!

Admirez donc ces biberonneurs, ces pochtrons

Descendant « en danseuse » tout un tas de litrons!

Rétamés, torchés, imbibés comm’ des éponges,

Et se gaussant bien des cirrhoses qui les rongent.

Sous l’effet de la cuite, ils font le coup de poing…

La Police, elle, s’en fout, bourrée comme un coing,

Elle cuve, elle aussi, tant elle est quasi raide,

C’est pas de ces gars-là qu’il faut attendre une aide!

D’ailleurs, que vous soyez en raison ou en tort,

Passez votre chemin: Ils sont pétés à mort!…

Revenons à ceux qui, tout abreuvés de pintes,

S’en foutent plein la vue et plein la coloquinte,

Tout ça, c’est demi-mal s’ils ne prennent un volant.

Que d’hécatombes dues au Gaillac gouleyant!

Ici, le croque-mort jamais ne se repose

De tous ces conducteurs, cornacs d’éléphants roses!

C’ n’est pas le Maire qui noircira… le tableau,

(Mais il est lui aussi, notons le, alcoolo!)

Si ses administrés sont blindés ou pompettes,

Il les incite à faire le plein et la fête!

Il a fondé, pour eux, le Parti des Poivrots

Qui conclut ses meetings par un concours de rots.

Ah parlez-moi encor de la Jeunesse folle!

De ces adolescents vénérant la Picole,

Las! Le Dimanche soir, encor dans le colletar,

Arriveront au turf, Lundi, bien en retard.

Gérard C. 2010

(1) = Signifierait « fin de semaine » dans cette région bien spécifique d’Occitanie.

RETOUR AU PAYS

ou

MONDO CA(R)NE

A Raimondo,

pour lui dire combien ce n’est pas difficile

d’écrire sur le Moyen-Age.

« Fatalitas fatalitatum! »

(Tarsien le Sensible,

« Vies des 12 Escartefigues »)

Il ne se souvenait pas que la région fut si froide. Nous étions à la fin de Janvier de l’an de grâce 1278 , au coeur d’un hiver particulièrement rigoureux. Jeannet PLINLECOUL De MOUNTASTROUC rentrait chez lui après trois douzaines de Noëls passés à guerroyer dans toute la chrétienté d’Europe et dans ce que furent plus tard les Echelles du Levant. Il les avait tous servi, ces seigneurs qui s’offraient des mercenaires comme d’autres s’offrent un coup de Gaillac ou d’Armagnac à l’estaminet du coin: Les Ducs de Xamburgie, l’Electeur de Polkh, les Margraves du Tchorkassy, le Prince de Fellazzione, le Président des Peseurs-Jurés de Marselha, les Barons du Wilttenstein, il Sindaco della Hansa de Pola à Otrante, le Grand McFlunch (…à la petite frite toutefois!) et son clan des Kouiqueburgés, le Comte d’Antwerpjam, et aussi Tamer, le Grand-Maître de l’Ordre des Chevaliers Tektonik, et encore l’Alcade-Sénéchal de Guardalacojones… Il y en eut tant que Jeannet s’était résolu à en effacer un bon nombre de sa mémoire. C’est en grande partie pour cela qu’il avait fini par parler une sorte de sabir étrange, salmigondis brouillon fusionnant toutes sortes de langues. Il pensait à ça depuis une heure environ; en fait depuis qu’à la pointe du jour, il avait quitté cette cabane de charbonnier, à la sortie de Toulouse, juste après le franchissement du Girou, mais surtout, juste à l’entrée de la Grande Forêt. Le brave homme qui lui avait offert l’hospitalité pour la nuit, avait également essayé de le dissuader de traverser l’immensité végétale; principalement en cette saison où les loups sont affamés, les congères traîtresses et les chemins rendus méconnaissables. Plein de nostalgie, bouillant d’impatience, il avait passé outre l’avertissement, mais, maintenant qu’il commençait à être sous le couvert des bras squelettiques des grands ormes et des châtaigniers imposants, il se demandait comment le pays avait pu tant changer depuis son départ. Gêné par les branches basses, il descendit de son cheval pour continuer désormais sa route à pied; la brave bête, ainsi allégé, péta de contentement.

Il n’allait pas vite, il avait perdu une jambe à la bataille de Skoronej, et le pilon qu’on lui avait ajusté ne lui permettait pas de se déplacer comme lorsqu’il avait 16 ans… Ah ses 16 ans! Où étaient-ils? Il maudissait la destinée qui l’avait fait naître cadet dans une famille de six filles, mais de seulement deux mâles. Il avait dû s’effacer, se retirer sine die pour que son aîné, Cassoul dit « le-laid », puisse régner sans partage sur le petit bailliage de MOUNTASTROUC. Las! Les lois de l’indivision n’avaient pas joué en sa faveur, et il avait dû aller tenter sa chance ailleurs… « Crac! » Une énorme branche gaînée de glace venait juste de s’abattre derrière lui, à l’endroit exact où ils étaient, son cheval et lui, il n’y avait pas deux secondes. La pauvre bête péta de frayeur rétrospective.

Heureusement que le bruit fut proche, car Jeannet entendait fort mal depuis qu’à la bataille de Gringolocos un biscaïen, récente invention du Démon liée à la généralisation de la poudre noire, lui avait emporté l’oreille droite. Et c’était tant mieux, parce que, les hurlements de loups dans les lointains, ce n’était pas ce qui manquait ce matin-là: Et d’entendre ces lugubres mélopées ne lui aurait pas arrangé le moral… Ces mêmes oreilles avaient pourtant été bercées par les mélodies ravissantes que lui psalmodiait Bertrande-Esclarmonde D’AYGRAUSSE-TESTASSE, la très jolie demoiselle qui enchanta ses 17 ans, lui fit tâcher ses draps et lui donna un ticket dans la file d’attente de ses soupirants. Comme il avait le numéro 137, il finit par se dire que, ses chances d’être l’élu du coeur de la donzelle étant minces, il valait mieux laisser tomber ce genre de compétition. Un revers de fortune de plus… Il revint un instant à la réalité pour constater que ce que laissait tomber Mastapur, son aérophagique destrier, était loin d’être comparable aux parfums de l’Orient (du nard de l’Arabie heureuse au vomi de phacochère de Saba) … C’est en s’arrêtant à Toulouse, il y avait à peine un couple de jours, qu’il avait appris ce qu’était devenue Bertrande _ sa Bertrande, son amour de jeunesse! _ Elle avait fini par épouser un de ses amis d’enfance, Septime SAYMY, Chevalier D’ ESCLOUX-HANPAGAILLE, un hobereau certes beaucoup plus riche et plus titré que lui, mais aussi une immonde crevure, un gros phlegmon qui ne prenait un bain que tous les 29 Février. Bertrande fut emportée par une furonculose géante à seulement 23 ans!

Il tenait la bride de son compagnon par la main gauche, car il lui manquait quatre doigts à la main droite depuis le grand carnage de Spoutarnak où, avant de le tuer en le perçant de part en part avec son arme d’hast, un géant gueulard de la tribu des Gougolgeeks avait eu le temps d’user d’une énorme hache pour le mutiler. Il lui restait le majeur, mais l’évêque d’Augsbourg lui révéla, par la suite, que c’était plutôt indécent d’avoir ce doigt brandi en permanence, et qu’il valait mieux le cacher. Jeannet finit par ne plus s’en servir que pour savoir d’où venait le vent, après l’avoir humecté avec sa bouche, ou pour rentrer ses hémorroïdes au bercail. Hélas! Mille fois hélas! C’est grande pitié qu’historiquement parlant, dans les incunables des moines, les grimoires des clercs, les palimpsestes des alchimistes ou les parchemins des chroniqueurs du temps, aucun ne soit capable de préciser objectivement dans quel ordre chronologique s’effectuaient ces deux opérations… Mastapur n’avait sans doute pas de problème de ce côté-là mais, putentraille, il en avait certainement un autre au niveau des pétarades qu’il délivrait maintenant à un rythme soutenu!

La forêt devenait de plus en plus impénétrable, le couvert était tellement dense que les flocons n’avaient pu atteindre le sol, ils étaient restés en suspension sur les houppiers de certains arbres. Par pesanteur, ces amas de neige finissaient à un moment par tomber, mais cela se faisait dans un grand silence qui n’altérait en rien l’atmosphère feutrée du sous-bois. Nous étions aux premières lueurs blafardes du matin, et pourtant on se croyait presque encore à la nuit dans les profondeurs de ces frondaisons. Nulle réverbération, les chênes sombres alternaient avec les noyers violacés et les bouleaux noirâtres…

C’est à peine si l’on distinguait fort vaguement le mauvais chemin que suivait l’équipage. Puisqu’on parle vision, il faut préciser encore que Jeannet était borgne et que son oeil valide n’avait plus les qualités d’il y avait seulement cinq ans. Il pensa à cette malchance _ Une de plus! _qu’il eut à la bataille de Ninissanlegod où lui et quelques camarades se trouvèrent encerclés par une horde conséquente de trabugondes. Ils ne pouvaient que demander merci; Putoulthan, le seigneur des trabugondes, fit les choses en règle: Il ordonna qu’on empalât, sur des lances enduites de tabasco (une plante locale), tous ceux qui étaient roturiers. Pour les nobles, il fit envoyer des courriers (en latin s’il-vous-plaît!) à cheval (re-s’il-vous-plaît!) dans tout l’Occident pour réclamer des rançons. Beaucoup de temps passa dans les geôles putrides de Krassépèss, la capitale des trabugondes. Jeannet voyait ses codétenus partir un beau matin soit sur leurs pieds car les familles avaient craché au bassinet, soit les pieds en avant car les conditions de détention étaient loin de remplir les impératifs du cahier des charges de la Convention de Genève qui, de toute façon, ne serait promulguée que près de sept siècles plus tard… Et pourtant, pour ce qui le concerne, une réponse de son frère aîné finit par arriver: Maniant fort médiocrement le latin, à la demande de rançon, Cassoul-laid avait répondu par un petit dessin qui représentait, lui aussi, le majeur de sa main droite. (Une tradition familiale qui était en train de s’instaurer télépathiquement sans doute?) Putoulthan le prit assez mal et, la première année, lui fit couper la langue aux deux tiers; la deuxième année, il lui fit casser pratiquement toutes ses dents de devant; la troisième année, il lui fit couper les génitoires (ses compagnons de misère affublèrent alors Jeannet du patronyme de « Rienasecouer »); enfin, un peu las et surpris de l’endurance du bonhomme, la quatrième année, il lui fit crever un oeil avant de le relâcher pour qu’il aille se faire pendre ailleurs. Jeannet était en effet le dernier prisonnier restant, et le seigneur, tarabusté par son acariâtre épouse, envisageait de récupérer l’espace pénitentiaire pour faire une cuisine d’été, voire même une piscine…

Il marchait, il marchait… Il ne reconnaissait rien des vues qui avaient égayé sa jeunesse. Le bois était toujours aussi épais. La matinée s’avançant, il baignait maintenant dans une espèce de lueur glauque qui était propice à vous donner des hallucinations. Il pressentait confusément que les trolls de la sylve étaient tapis près de lui, parés pour une embuscade maléfique; qu’ils le dépèceraient avant qu’il n’ait eu le temps de s’emparer de son épée. Son cheval devait avoir aussi la même impression car il n’arrêtait pas de péter de peur. C’est curieux, comme l’âge venant, il était de plus en plus enclin à croire au magique et au surnaturel. On lui aurait dit qu’une bande d’elfes était à ses trousses pour le transformer en aumônière ou en saucisson d’âne, il l’aurait cru sur le champ! Alors que trente ans auparavant, il aurait bien ri de ces billevesées irrationnelles.

Ah oui, son épée! Il lui revenait en mémoire comment il avait quitté Krassépèss, quasi nu, sans aucun bien matériel si l’on excepte son collier de mauvais cuir au médaillon d’un mauvais bois, quelques minables guenilles loqueteuses (un ensemble plus que « harde », je dirais « très pléonasmique »!) sur le dos et c’est tout. Pour survivre, il avait eu l’idée d’esbaudir les populations des villages qu’il traversait en se positionnant son pilon dans le fondement, ce qui amusait à coup sûr ces gens un peu frustes. Il y gagnait très souvent quelques piécettes, mais immanquablement le gîte et le couvert. Il faisait son trou, comme il disait, mais c’était seulement une image. C’est ainsi qu’arrivé à Mouchigorsk, il avait repris du poil de la bête et avait suffisamment gagné d’argent pour se vêtir de façon plus convenable. La grande foire annuelle de la Saint Vlourch de Mouchigorsk battait justement son plein, il s’inscrivit au Grand Concours du lancer de bouse de yak. Le premier prix était un séjour, frais d’ hébergement compris, à la Tour de Londres pour 2 personnes pendant 8 ans. Manquant d’exercice, Jeannet (sous le pseudonyme de « Vudautres ») ne décrocha que le troisième prix qui était une épée d’occasion qui avait appartenu, disait-on, à Phichkapour-le-diabétique, ce dont tout le monde se fichait éperdument. Mais Jeannet ne fit pas son sucré, et jugea, lui, de bon augure d’avoir désormais une épée à son côté. Il allait de nouveau pouvoir vendre ses services aux nobles en mal de stipendiés pour les causes les plus extravagantes. C’est ainsi qu’on le retrouva, moins d’un an plus tard, à la solde du Marquisat d’ Ochcobourg. Hélas! Il n’avait plus le même allant que naguère! C’est surtout la perte de son oeil qui était le plus sérieux handicap. Il était plutôt mal latéralisé, et dans les batailles, il pourfendait aussi bien l’ennemi que la gent alliée… Cette petite imperfection lui valut d’être de moins en moins employé, et, si c’était le cas, d’être de moins en moins bien rémunéré. La dernière fois qu’il fit une prestation, ce fut à Mouchamerd-sur-Aytron, pour les Moines-Soldats du Saint Prépuce des Premiers Jours, et on le paya en nature avec un mauvais bidet prêt à partir chez l’équarrisseur. Mais c’est également à Mouchamerd qu’il rencontra deux jeunes et nouveaux confrères, les jumeaux Yvan et Loup MESSOUCY, qui étaient, eux aussi, les cadets de MESSOUCY, donc par conséquent mercenaires, et originaires des environs de MOUNTASTROUC. Ils apprirent à Jeannet que son frère était mort l’été de la grande canicule, de la chtoucrate scrofuleuse, déjà veuf, sans descendance et intestat. Ce qui intronisait « de facto et de jure » Jeannet nouveau seigneur de MOUNTASTROUC et de ses dépendances (surtout celle au fond du jardin). Enfin une opportunité plutôt bénéfique!!! Notre ami prit alors le chemin du retour. Le bilan de sa longue errance existentielle n’était pas bien reluisant (Yes, I know, ça ne veut rien dire, mais vous savez, D’Ormesson a certainement écrit bien pire; non Monsieur, pas la mère Veil! Elle n’a jamais rien écrit, elle! Et ces deux-là sont Immortels! Nul doute que l’Acacadémie ne pourra faire autrement que de m’accueillir pour faire la juste moyenne…): Il allait revenir au nid bien diminué physiquement, avec une épée de deuxième main et un cheval péteur…

Qu’importe! Il le ressentait maintenant physiquement: Il approchait du but! Il était patent que son fainéant de frère n’avait rien fait pour conquérir de nouvelles terres arables en défrichant la forêt. Au contraire, bien des soles étaient retournées à la sauvagerie, et les arbres, surtout d’énormes pins, ne s’étaient pas gênés pour reprendre possession de l’ager. Encore une bonne heure de marche excessivement pénible, et il aperçut, sur le mitan du sentier, une forme noire qui semblait figée. Il assura son épée dans sa main valide et s’approcha à pas mesurés. « Macarel de capindiou dediou dediou dediou! », se répétait-il, ébranlé, « Mais c’est ce grand escogriffe de Pignolat De MAIN! », le collecteur-mégisseur de peaux-de-mouton de toute la contrée. Il avait vieilli, bien sûr, mais Jeannet le remettait bien; c’était d’autant plus facile qu’il était noir, chose assez rare à cette époque dans toute l’Occitanie. Mais nonobstant cela, il l’aurait quand même reconnu, comme tout un chacun, à l’odeur. Il l’interpella jovialement: « Oh niaouique arbuchasse aouatoul costron médol! » L’intéressé ouvrit de grands yeux, puis la bouche encore plus grande, et détala à la vitesse d’une flèche sarrasine en criant comme cent mille diables: « Belzébuth! Belzébuth est sur nous! Fuyons! » S’il est bien une chose dont il savait se servir depuis le temps, c’était de l’épée. Jeannet la lui balança dans les jambes (avec son fourreau toutefois, précisons-le), pour faire tomber l’autre abruti. «  Putindiou! _ songea-t-il _ J’oublie chaque fois que le peu de langue qui me reste me rend plus qu’incompréhensible, disons infailliblement inintelligible! » Il s’approcha de l’homme à terre, terrorisé, qui n’arrêtait pas de se signer en recommandant son âme à Saint Sissettuit, le patron des causes en cascade; il ouvrit son col de chemise, dégagea son collier, et montra au pauvre bougre son médaillon qui représentait les armes de MOUNTASTROUC: Deux pétasses de gueules sur le sable, sans fourrure aux flancs, mais au coeur d’artichaut, couronnées au chef d’ ovaires, de ver en dévers, sur envers de vair et les cantons portant, eux, des conseils généraux*. Voilà quelque chose que tout le monde, dans la région, devrait reconnaître au premier coup d’oeil, à moins d’être bredin comme une basse pute du Frontonnais. Aussitôt, l’étalé prit une mine déférente, il passa de la position horizontale à la génuflexion mielleuse en susurrant: « Hé bé, merdédidiou, ça fait un bout de temps qu’on vous attendait! On se demandait même si vous étiez pas crevé comme votre putassier de frère!… Bon, ça va, vous êtes sur la bonne route! Continuez, moi, j’ai un tas de moutons à tanner dans le coin! Adiou mounsignour! » Aaah l’accent du pays! Même énoncé par quelqu’un certainement natif des côtes sénégalaises, ça mettait quand même du baume au coeur!

La forêt était toujours aussi enténébrée, mais il sentait pourtant, au-dessus de sa tête, que la course du soleil avait bien progressé. De temps en temps, à travers les ramures noueuses et les feuillages persistants de certaines essences d’arbres, il y avait un rayon de soleil qui illuminait pour un moment une petite superficie de mousses sur le sol. De toute évidence, Jeannet approchait une zone marécageuse, l’humidité glacée de l’air et des miasmes pestilentiels plus entêtants que les vents de sa monture en témoignaient. Heureusement que nous étions en hiver, et que tout cela était en grande partie pétrifié par un gel impitoyable. Il était évident qu’un tel périple à la saison chaude se serait terminé asphyxié par les émanations de méthane ou d’autres gaz fétides, ou enseveli sous une fondrière, ou noyé dans des lises mouvantes, ou rendu exsangue par les piqûres de myriades de moustiques… Il se rappela qu’en bas de la butte que constitue le Mont Astruc, il y avait une petite rivière, presque un ruisseau (qui admet plusieurs graphies en langue d’oc: vallat, valade, valadou, valadon, etc) qui paressait… Mais oui, c’était bien ça! Et même, à senestre, il devait y avoir le vieux cimetière d’origine gallo-romaine qui abritait la dernière demeure de quelques-uns de ses plus lointains ancêtres. C’était effectivement là! Le muret de pierres sèches (façon de parler!) qui entourait la petite nécropole était palpable sous sa rude main gauche. Les lichens, les stèles et les croix moussues qu’on devinait plus qu’autre chose, la grande voûte des arbres rendaient ce lieu encore plus noir et plus sinistre. Mais Jeannet sentait, par toutes ses fibres, les présences bienveillantes d’Angügüs, Petrus dit Lanusse, Colombin-le-moulé, Sigismond-des-parpaïouns, Michou-la-fofolle, Renaud-le-touingaud, etc… Ils étaient tous là, les ectoplasmiques de sa lignée, pour le voir retourner au pays! Il éclata d’un rire sonore qui, se répercutant d’écho en écho sous les grands couverts végétaux, affola Mastapur, lui faisant produire une émission gazeuse encore plus tonitruante. Si intense que toute la forêt sembla alors reprendre vie, si fort que de Pampérigouste on en huma le fumet!

 Jeannet n’en avait cure (…Tiens! A retenir ça: Du genre Jeannet Rienacirer), il hâta le pas de son mieux. Oui, la forêt inamicale allait prendre fin. Tiens! Voilà le premier contrefort pour attaquer la montée vers MOUNTASTROUC, le fameux mur d’Angalinat, les champs bien lisses, le village, le Château, la vie quoi! Il leva la tête de nouveau, mais cette fois, la vue était dégagée car elle dépassait le faîte des arbres. On devait être aux alentours de midi et un franc rayon de soleil de Janvier faisait flamboyer d’un ocre rassurant le rempart Sud du castel. Sa joie éclatait! Le cheval se mit à l’unisson de son maître et il pétouilla longuement de bonheur, lâchant rafale sur rafale! « MOUNTASTROUC ! _ pensa-t-il _ Moun païs! The MOUNTASTROUC nadin’trouk! Fuck dello skata groumije! Nasdrovié van porca Madonna der schweïne bastard di mierda! MOUNTASTROUC! J’y suis arrivé! Montjoie! Noël! Noël! » C’est là qu’il se pressa un peu trop, son pied valide glissa sur le verglas, la jambe de bois ripa de même. Il tomba la tête en avant sur des petites stalagmites de glace et l’une d’elles lui creva l’ oeil unique qui lui restait!

Cette fois-là, le canasson regarda l’allongé d’un air interdit et se retint de péter, mais c’est Jeannet qui laissa échapper, dans une interminable et terrible flatulence, le trop-plein des rancoeurs qu’il avait en lui depuis tant de décennies.

Jeannet Plinhanrézerve alias Gérard 2010

 

* = Ces magnifiques armoiries, viriles et éclatantes, furent remplacées par une mièvrerie aseptisée sous les Chiracovingiens, pendant le règne de Jacques Ier; je vous demande un peu: Un pommier sur un tertre avec une devise cucul-la-praline: « Mangez des pommes! » (cf l’illustration dans « Le Mont Astruc » )

  1. lorme dit :

    Mékilétarchikon! Mékeucébon!

  2. oswaldo dit :

    Putain Gégé, c’est un vrai délire déconomaniaque. Félicitations, tu as du passer pas mal de temps à potasser « les quatre fils Aymon » ‘(Cussé du Poullai) afin d’enrichir ton vocabulaire médiéval. Quoi qu’il en soit , je me suis bien marré à lire ta prose;
    Oswaldo

  3. gerard dit :

    Merci Oswaldo, t’es sympa! En e-mails, j’en ai aussi reçu 3 autres:
    1/Bonjour Gérard. J’ai parcouru avec délectation la dernière mouture de Gigaproduction. J’ai cherché un superlatif susceptible de définir votre excellent travail et je n’en ai trouvé aucun d’assez fort. Tu lirais ça, même, au cheval de n’importe quel croisé, qu’il en hennirait jusqu’à faire chuter son cavalier. Partant du postulat (méconnu) que le hennissement facétieux se communique aux lads, cela prouve qu’un Haras où l’on rit est incontestablement supérieur à Hara-kiri. Et pourquoi pas un petit journal ? Amitié.J-C R.
    2/ « …Je viens de lire ta prose médiévale et tiens à t’en féliciter. Ta façon de jouer avec les mots, constitue une originalité… » (R.)
    3/ « …Mais où vas-tu chercher tout ça? J’ai failli me faire pipi dessus à certains passages… » (J-L. T.)
    Mais tu as choisi le bon endroit; je pense que c’est effectivement mieux de donner son avis directement à propos de l’article examiné.

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